Livres

La vie est facile, ne t’inquiète pas

Dimanche 5 mai

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Avril a tourné sa page et le joli de mois de mai a pointé le bout de son nez. Les brins de muguet embaument peut-être votre jardin à qui il faut refaire une petite beauté en attendant des journées plus chaudes pour profiter de quelques lectures à l’ombre des arbres et auprès des rosiers.

Peut-être aurez vous envie de lire ce roman que je vous conseille : La vie est facile, ne t’inquiète pas, d’ Agnès Martin-Lugand.

Après avoir raconté dans Les gens heureux lisent et boivent du café le deuil de Diane qui a perdu sa petite fille et son mari dans un accident de voiture, Agnès Martin-Lugand nous propose de retrouver Diane quelques années plus tard. Elle tient un café littéraire  et son ami gay Félix essaye désespérément de lui trouver une âme sœur sur Meetic. Diane se trouve à un moment charnière de sa vie : est-elle prête pour entamer une nouvelle histoire d’amour après Colin ? Alors que toute présence d’un enfant la replonge dans la douleur de la perte de sa petite Clara, comment faire pour reconstruire une famille avec quelqu’un? Finalement, elle fait la rencontre d’Olivier qui de manière douce, compréhensive et attentionnée va réussir à la conquérir. L’avenir semble rayonner pour Diane jusqu’au jour où elle tombe nez à nez avec Edward, qu’elle avait rencontré en Irlande où elle était aller se ressourcer après le décès de Colin et Clara. Il lui apprend alors une terrible nouvelle. D’un seul coup, les certitudes de Diane sont bousculées et le chemin tout tracé semble vouloir faire quelques virages.

« Nous nous dirigeâmes vers la sortie, je restai blottie contre lui, regardant mes pieds. Nous étions presque dehors quand, de la musique et du brouhaha général émergea une voix. Une voix qui me tétanisa. Une voix qui me renvoya à Mulranny. Une voix qui me donnait le goût des embruns sur les lèvres. Une voix rauque qui sentait le tabac et que je pensais ne jamais réentendre.

– Attends, dis-je à Olivier en le lâchant.

Je le plantai là, et revins sur mes pas guidée et hypnotisée par l’écho de cette voix, qui résonnait comme le chant des sirènes. C’était impossible. J’avais fabulé, perturbée par le flot de souvenirs qui resurgissait dans cet endroit. Pourtant je devais en avoir le coeur net. Je traquai les silhouettes, les visages, j’épiai les conversations, bousculai ceux qui entravaient ma recherche. Et je me figeai. C’était bien sa voix. Quelques centimètres me séparaient de lui. Il était là : de dos, grand, débraillé, en chemise, une cigarette entre les doigts, qui n’attendait que d’être allumée. Si je humais l’air, son parfum envahirait mes narines et me renverrait dans ses bras. Je tremblais, ma bouche était sèche, mes mains moites, j’eus froid, j’eus chaud.

– Edward…, murmurai-je sans le vouloir.

J’eus l’impression que tout le monde m’avait entendue. Lui seul comptait. Son corps se contracta, il baissa le visage quelques secondes, serra les poings, et alluma son briquet nerveusement plusieurs fois de suite. Puis il se retourna. Nos regards s’accrochèrent. Le mien lui transmettait ma surprise et mes questions. Le sien, après m’avoir détaillé de la tête aux pieds, me renvoya de la froideur, de la distance. Ses traits étaient toujours aussi durs, arrogants, mangés par sa barbe. Sa chevelure, aussi décoiffée que dans mon souvenir, était désormais striée de quelques fils blancs. Il semblait épuisé, marqué par quelque chose que je n’arrivais pas à définir. »

J’ai lu ce roman d’une seule traite en étant prise par l’histoire de Diane. La lecture est aisée avec de nombreux dialogues et les décors bien plantés entre Paris et la côte irlandaise et même si l’on n’a pas lu Les gens heureux lisent et boivent du café, on dispose bien de tous les éléments pour comprendre le récit.

Ce roman aborde le thème de la résilience avec beaucoup de justesse dans l’expression des sentiments. On est forcément touché par les doutes, les ambivalences ressenties par Diane et l’on se dit qu’on aimerait bien retrouver encore ces personnages auxquels on s’attache. ♥♥

« L’aboutissement d’un deuil normal n’est en aucune façon l’oubli du disparu, mais l’aptitude à le situer à sa juste place dans une histoire achevée, l’aptitude à réinvestir pleinement les activités vivantes, les projets et les désirs qui donnent de la valeur à l’existence. »

Monique Bydlowski, Je rêve un enfant

 

Livres

Les Grands Espaces

Dimanche 21 avril

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Après une petite escapade sur la belle île de Madère, Elsy et Caramel sont de retour pour vous faire partager lectures, poésies et douceurs.

En ce beau week-end prolongé, on profite de la glycine qui refleurit, des premiers boutons des rosiers et du gazouillis des oiseaux. A l’ombre des pruniers ou cerisiers, je vous invite à découvrir le dernier album nature et empli de poésie de Catherine Meurisse : Les Grands Espaces.

« Un songe d’âge d’or, un mirage d’innocence champêtre, artiste ou poétique, m’a prise dès l’enfance et m’a suivie dans l’âge mur. »

George Sand

C’est ainsi que débute le recueil de Catherine Meurisse, parallèle posé entre la femme de lettres et la dessinatrice pour exprimer à sa manière combien la campagne où elle a grandi constitue pour elle une source d’inspiration et le fondement de sa vocation d’artiste.

 

Dans Les Grands Espaces, Catherine Meurisse se dépeint enfant, avec sa sœur et ses parents qui viennent de racheter une veille ferme en ruines sur un immense terrain dans la campagne charentaise. Catherine dessine sa vie de petite fille au grand air entre boutures, plantations, fouilles dans le jardin, tout en instillant par petites touches les transformations écologiques de notre monde au cours des 30 dernières années avec l’évolution de l’agriculture et l’urbanisation du monde rural. Comme fil conducteur de ces transformations et du socle chez Catherine Meurisse, il y a la littérature et l’art. Comme elle l’avait exprimé dans son album d’après Charlie La Légèreté, l’art et la beauté sont les ingrédients qui ont permis à Catherine Meurisse de se construire et de se reconstruire après le drame. La campagne, les arbres, les fleurs, les animaux et leur observation révèlent une beauté qui se traduit en art.

Catherine Meurisse sait reproduire à travers ses dessins la sacralité des rosiers de Proust ou de Montaigne, la délicatesse des digitales pourpres, des lupins bleus, des belles de nuit ou encore des héliotropes, la majesté du cèdre ou du hêtre lorsqu’ils sont centenaires.  Elle sait également nous amuser, avec beaucoup de finesse et de justesse avec les musées et collections des deux sœurs, l’horreur exprimé devant la construction des lotissements ou encore la découverte du Futuroscope rebaptisé Futuroland.

Comme pour le précédent album, cet ouvrage de Catherine Meurisse est à lire et à relire. C’est un pur objet de poésie, de rêverie et de finesse. A travers elle, on se retourne sur le passé en ayant un peu le sentiment d’un petit paradis perdu, comme une madeleine dont on aurait perdu le goût, mais qu’il n’est peut être pas difficile de retrouver si l’on s’en donne la peine…. ♥♥♥♥

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Arts

Les chats de Dubout

Dimanche 24 mars

chat et landeauSi comme Elsy vous êtes un amoureux des chats, vous avez sans doute déjà remarqué ces drôles de chats noirs et blancs que l’on retrouve en figurines ou illustrant des tasses, des torchons, des dessous de verres. Par contre, on sait moins que nous les devons à Albert Dubout, dessinateur et illustrateur du XXème siècle, ami de Marcel Pagnol et de San-Antonio.

Comme beaucoup d’artistes, Albert Dubout partageait sa vie avec des chats qui l’ont inspirés en permanence. A travers ses dessins, il a croqué avec justesse et  malice les caractères des matous sous toutes leurs facettes : le chasseur, la mère, le bagarreur, l’acrobate, le dormeur, le gourmand…

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Des toits de la ville au moelleux de l’édredon, les chats de Dubout sont plus vrais que nature et toute ressemblance avec des êtres existants ou ayant existé n’est pas fortuite !!

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Ces dessins sont à la fois amusants et remplis de tendresses et la caricature, si elle n’est jamais loin, révèle un regard affectueux posé sur cet animal mystérieux et terriblement attachant.

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« Petit à petit, les chats deviennent l’âme de la maison »

Jean Cocteau

 

Films

Le mystère Henri Pick sur grand écran

Dimanche 17 mars

Le mystère Henri Pick

Il y a un peu plus d’un an jour pour jour, je vous parlais d’une lecture coup de cœur, Le mystère Henri Pick de David Foenkinos. Pour retrouver mon article, c’est ici : Le mystère Henri Pick.

Si vous avez aimé ce livre comme moi, vous aurez sans doute envie d’aller retrouver les personnages sur grand écran puisque l’adaptation du roman vient de sortir au cinéma sous la réalisation de Rémi Bezançon.

Pour rappel, Le mystère Henri Pick raconte la découverte d’un manuscrit oublié dans une petite bibliothèque de Crozon, manuscrit écrit par un pizzaiolo, Henri Pick, mort depuis deux ans et qui à la connaissance de sa veuve, n’a jamais écrit la moindre ligne. Une jeune éditrice décide de le publier et le succès est immédiat.

Jean-Michel Rouche, critique littéraire, ne croit pas une seconde à ce qu’il qualifie de supercherie et décide de mener son enquête pour retrouver le véritable auteur de ce chef d’œuvre.

Quand on a aimé un roman, on court forcément le risque d’être déçu par son adaptation au cinéma car on s’est imaginé les personnages, on s’est imaginé les décors, on s’est imaginé les ambiances et surtout on connaît déjà l’histoire et son dénouement. Pas de souffle retenu, pas d’hypothèse construite au fur et à mesure que l’intrigue avance, pas de surprise à la fin !

Pour autant, j’ai pris plaisir à retrouver l’univers de ce roman au cinéma et d’en découvrir le parti pris par le réalisateur de faire du critique littéraire Jean-Michel Rouche, antipathique et arrogant, le héros, fil conducteur du film, incarné par un Fabrice Lucchini toujours aussi génial dans son jeu et qui au fil de l’histoire va, au contact  de Joséphine (Camille Cottin), la fille d’Henri Pick, laisser entrevoir ce qu’il cache sous sa carapace.

Pour retrouver la bande annonce, c’est ici

Ceux qui ont aimé le livre et son intrigue aimeront forcément ce film porté par Fabrice Lucchini, Camille Cottin, Alice Isaaz et Bastien Bouillon. Que de plaisir à suivre les personnages en vélo dans les ruelles bretonnes, à rire face à ces personnages plus vrais que nature et pour ceux qui n’en connaissent pas la fin à chercher avec Jean-Michel Rouche qui a bien pu écrire ce bestseller…

 

 

 

Poésie

A l’intérieur d’une perle : le bassin d’Arcachon

Dimanche 3 mars

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« Aucun lieu de France ne ressemble à ce qu’était alors la rive occidentale du Bassin d’Arcachon : un pays sans terre, sans pierres, sans chemins ; rien que du sable, une eau transparente, des forêts de pins, des huttes de planches. Au milieu du Bassin, l’île-aux-Oiseaux, les parcs à huîtres, semblables à marée basse, à des villes lacustres en miniature ; à marée haute, indiqués seulement par une ligne de points ; au loin, montagne de neige, Fujiyama de ce paysage japonais, la grande dune du Pyla. A la fin du jour, le ciel, l’eau et le sable étaient du même rose : on se croyait à l’intérieur d’une perle ».

C’est ainsi que Jean Hugo, petit-fils de l’illustre Victor dépeint la beauté du bassin d’Arcachon.  Elsy et sa petite famille y ont séjourné quelques jours pendant les vacances scolaires et le temps était tellement beau que l’on se serait cru au mois de juin s’il n’y avait pas eu cette luminosité plus basse caractéristique d’un mois de février.

Le bassin qui court depuis la dune du Pyla jusqu’au Cap Ferret est une sorte de lagune qui vient comme une brèche dans la longue Côte d’Argent de sable et de dunes longue de 250km. On y vit du tourisme et de l’ostréiculture.

Nombreux sont les écrivains qui ont séjourné sur le bassin, Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Raymond Radiguet, Jean Anouilh ou encore Marcel Aymé. Beaucoup ont retracé à travers leur écriture la plénitude de ce lieu.

Je vous propose de partir à la découverte de leurs mots et du bassin, Pyla, le Cap Ferret, les villages de pêcheurs où l’on cultive l’huitre, l’île aux Oiseaux et les cabanes tchanquées. Laissez vous baigner par la lumière de cet fin d’hiver et par l’odeur des mimosas qui fleurissent partout.

La balade commence par Arcachon depuis le front de mer jusqu’à la ville d’hiver et ses grandes maisons bâties au XIXème siècle et se termine à l’observatoire Sainte-Cécile pour admirer le panorama.

Un détour par la dune du Pyla s’impose. Après un peu d’exercice pour gravir la dune,   la vue sur le bassin et le banc d’Arguin est une magnifique récompense.

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« Étrange lieu que cette montagne sablonneuse, d’où l’on domine à la fois la mer et la forêt. Toutes deux s’étendent sous un ciel pur et bleu, dans un silence que rien ne trouble. On a là une impression de désert et de paix ».

Henri de Régnier

En bateau,pinasse,  l’île aux Oiseaux et les typiques cabanes tchanquées deviennent accessibles.

« Le bassin d’Arcachon, ce « Tahiti bordelais »

Harald Friedl

En dehors des sentiers battus, les ruelles des villages de pêcheurs de Gujan-Mestras à l’Herbe jusqu’au Cap Ferret sont un havre de paix. Et, au pays de l’huitre et de la pêche, nos amis matous ont eux aussi trouvé leur petit coin de paradis.

« Autour de ce rond miroir d’eau, le Bassin d’Arcachon, un cirque sinueux profile ses lisières de pins et de sable, boursouflées de dunes, les unes boisées d’un vert de bronze, d’autres sauvagement nues, aux crêtes d’argent rose, couleur de désert. Partout un océan de silence et de solitude. Les petits villages de pêcheurs ressemblent à des vols d’oiseaux de mer posés sur la plage ».

Jean Balde

Rien ne vaut enfin un couché de soleil depuis la grande jetée d’Andernos les Bains

« La marée a recouvert les bancs de sable. Le soleil déclinant dessine à la surface des eaux un éventail immense de clarté »

François Mauriac

 

 

Livres

Le reste de leur vie

Samedi 23 février

Le reste de leur vie

 

Il arrive quelque fois à la lecture de la quatrième de couverture que l’on ne sache pas trop sur quelle genre d’histoire on va tomber mais que l’on se dise : « Tiens je me laisserais bien surprendre. Alors oui, je tente. »

Pour le coup, c’est avec un peu de surprise que j’ai entamé la lecture du roman de Jean-Paul Didierlaurent, Le reste de leur vie, et j’ai bien pensé arrêter au bout de quelques pages,  lorsque j’ai compris que notre héros n’était pas Ghislaine de Montfaucon, « devenue maîtresse dans l’art de créer des mots », mais Ambroise, thanatopracteur de profession. Ambroise a beau être dépeint comme un très beau jeune homme, je ne m’attendais pas à lire les descriptions de l’exercice de son art. Pourtant, j’ai insisté un peu car en parallèle, le roman racontait les journées de Manelle, aide à domicile auprès de personnes âgées et cette dernière laissait apercevoir un caractère bien trempé comme je les aime. J’ai donc poursuivi la lecture de cette histoire qu’il est difficile de raconter sans trop en dire.

Manelle s’occupe de ses petits vieux avec beaucoup de respect et d’attention et Ambroise met toute sa bienveillance au service des morts et de leur famille. Autour d’eux gravitent un petit monde, Beth la grand-mère d’Ambroise, le professeur Henri Larnier, prix Nobel de médecine, la vieille Madame Isabelle de Morbieux, Boubacar et Abelardo, les compères de la morgue toujours prêts à blaguer, Odile Chambon et ses pantoufles roses folle amoureuse d’Ambroise, Madeleine Collot qui se rend tous les matins faire ses courses chez Maxini, M. Samuel Dinsky et son numéro tatoué à l’encre violette à l’intérieur de son avant bras et bien d’autres encore. Et enfin, il y a  Le Griffu, un matou borgne et miteux promis à la piqure du sommeil profond après le décès de son maître.

« Ambroise eut un mouvement de recul en découvrant la boule de poils roux lovée entre les mollets du défunt et qu dardait vers lui un œil courroucé. Le chat borgne se cramponna de toutes ses griffes au pyjama du mort lorsque l’on tenta de le déloger de sa place. Il fallut agiter un balai et frapper des mains pour que la bestiole daigne enfin quitter les lieux. Le matou s’enfuit de la pièce en crachant et sifflant avant de filer vers la cuisine pour disparaître dans le jardin par la porte-fenêtre entrouverte. Personne parmi les membres de la famille présents ne souhaitait récupérer ce vieux matou galeux de plus de seize ans d’âge. Comme souvent, la mort du maître scellait le sort du chat. Rendez-vous avait d’ores et déjà été pris auprès du véto du coin pour le faire piquer dès le lendemain des funérailles. Ambroise se glissa dans sa combinaison et s’attela à pratiquer les soins. Il fallut moins d’une heure quinze au jeune homme pour traiter le corps. Après un dernier coup de peigne sur la chevelure clairsemée, il rangea son matériel, ôta gants, masque et combinaison, chargea la voiture et pris congé. Ce soir, la troupe jouait. Le temps de prendre une douche, d’avaler le morceau que Beth lui aurait d’office mis dans le bec et il filerait en direction du village où avait lieu la représentation. Ne pas oublier de recharger le vanity en flacon de lait démaquillant. Il en était là de ses réflexions lorsque la chose jaillit d’entre ses pieds tandis qu’il s’arrêtait au feu rouge. Le matou poussa un miaulement rauque, bientôt recouvert par les cris d’Ambroise lorsque l’animal entreprit d’escalader sa jambe droite en plantant ses griffes au travers du pantalon. Le jeune homme attrapa le chat par la peau du cou et l’arracha de son mollet avant de le jeter sur le tapis de sol côté passager. Ramassée sur elle-même, les oreilles couchées en arrière, la bestiole dardait vers lui son œil borgne. De multiples cicatrices zébraient son pelage roux. Une longue balafre courait en travers de sa gueule, de l’oreille gauche jusqu’au museau, dessinant un rictus moqueur. La queue, coupée aux deux tiers, donnait à l’ensemble du corps efflanqué une impression de déséquilibre. Le poil terne et peluché n’engageait pas à la caresse. Un ancien combattant qui avait dû participer à toutes les guerres de son quartier, jugea Ambroise. Le jeune homme ne savait que faire. Le ramener à son point de départ? Le matou n’avait pas survécu à autant de combats pour finir entre les mains d’un type en blouse blanche qui allait lui injecter un ticket simple pour rejoindre son maître. L’abandonner lâchement en le jetant hors de la voiture et laisser le destin s’occuper de lui? Il ne se le pardonnerait pas. »

Sur fond de joyeux périple en corbillard vers la Suisse, les routes de Manelle et d’Ambroise vont se rencontrer. A la croisée des chemins, ils trouveront un nouveau départ.

Le roman alterne entre la vie et la mort, les deux sphères se côtoient se frôlent et se lient à travers le prisme de la maladie, de la vieillesse, de la fin de vie. Pourtant, c’est bien la vie qui domine au fil des pages, la vitalité qui anime ces personnages attachants, terriblement vivants. Le roman joue sur des tons différents, humour, amour, bienveillance, cynisme. C’est l’évanescence qui donne sens et l’on se raccroche au goût du Kouign-Amann et du Far Breton de Beth, à la bise sur la joue de M. Dinsky, à la voix de Fabrice Luchini qui résonne depuis le GPS de la fourgonnette d’Ambroise. L’atmosphère du roman nous rappelle celui d’Anna Gavalda, Ensemble c’est tout, car on se sent tout simplement bien au milieu de cette petite troupe pétillante et charmante. ♥ ♥

 

Livres

In the moment

Lundi 18 février

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Qu’il fait du bien ce beau soleil qui rayonne depuis quelques jours, nous faisant oublier la grisaille d’un hiver qui commence à tirer sa révérence! Les jours rallongent et l’on se plaît, même si nous ne sommes que le 18 février, à cet avant goût de printemps qui nous permet de laisser la douce chaleur du soleil s’infiltrer dans tous les pores de notre peau.

Peut-être êtes vous en vacances et avez vous la chance de partir pour quelques jours vous ressourcer. Si ce n’est pas le cas, je vous invite à filer dans votre maison de presse la plus proche pour vous procurer un magazine féminin dont la parution est toute récente : In the moment. Ce bimestriel renouvelle le genre en oubliant les articles du type « comment perdre 5 kilos en 3 semaines avant l’été » ou « comment j’ai opté pour l’épilation définitive« , certes autant d’articles qui peuvent vous donner des trucs et astuces, mais qui sonnent dans votre esprit comme une pression supplémentaire exercée sur votre corps de femme !

Avec In the moment, l’approche est différente, vous entrez dans un monde de zénitude et de bien-être par le prisme de la lenteur dont Elsy adore faire l’éloge, de l’inspiration positive et du moment présent.

Les articles abordent les thèmes que vous retrouvez dans les autres magazines féminins, cuisine, voyage, lifestyle et bien-être, mais sous le prisme de la nature et de la psychologie positive qui nous fait du bien au fil des pages. Le magazine jongle entre conseils lecture, astuces beauté et culinaires et réflexions sur ces petites choses qui font la vie plus douce comme le yoga, l’écriture, aller marcher dans la nature même en hiver.

Dans le bimestriel n°7 de janvier-février, découvrez comment manger mieux en adoptant le régime ayurvédique, comment rester calme sous la pression ou encore rompre le cycle de la solitude invisible.

J’ai beaucoup aimé l’article « visualiser vos rêves pour les réaliser ». C’est un peu du développement personnel, mais l’article vous invite à prendre une pause pour vous poser les bonnes questions et structurer votre pensée au lieu de laisser les idées fourmiller dans votre tête. Que souhaitons-nous apporter et ressentir dans notre vie? Quelles sont nos aspirations profondes ? Comment rendre nos objectifs plus réels? Après cette lecture, le vision board ou tableau de visualisation n’aura plus de secret pour vous. Sans doute une autre façon de se réapproprier sa vie et ses envies !

Le design global du magazine est lui aussi apaisant avec beaucoup de dessins dans les tons pastels et des photos pleines de sourires et de nature.

Vous l’aurez compris, ce magazine renferme tout ce qui fait l’univers du Teatime d’Elsy et Caramel et invite à profiter pleinement des choses de la vie tout en cultivant son bien-être intérieur. Extrêmement ressourçant !

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Recettes

Gaufres liégeoises

Dimanche 3 février

Après plusieurs semaines à manger des galettes, voici venu le temps des crêpes et des beignets.  Rien de tel pour se remonter le moral après toutes ces semaines passées sans voir le soleil qui nous boude allègrement…. Je suis certaine que vous ne manquerez pas aujourd’hui de sortir votre poêle pour préparer de délicieuses crêpes en les accompagnant de confiture, miel ou caramel au beurre salé. Retrouvez la recette d’Elsy en cliquant sur mon article Faites sauter les crêpes !!

Et si vous voulez varier les plaisirs, pourquoi ne pas faire quelques gaufres. Je vous propose aujourd’hui une recette de gaufres liégeoises, histoire d’aller faire un tour en Belgique grâce à vos papilles !

  • Mélangez 190 cl de lait et 20g de levure fraiche de boulanger
  • Ajoutez 375 g de farine, 1 œuf entier et 1 jaune d’œuf, 1 sachet de sucre vanillé et 1 pincée de sel et pétrissez bien l’ensemble
  • Couvrez la préparation d’un torchon et placez là dans un endroit chaud pendant 3/4 d’heure afin qu’elle lève.
  • Ajoutez ensuite à la préparation 140g de sucre perlé et 180 g de beurre mou et mélangez bien le tout pour obtenir une pâte bien homogène
  • Beurre ensuite les plaques d’un gaufrier et versez l’équivalent d’une cuillère à soupe sur la plaque avant de refermer et de faire cuire environ 3 minutes

Servez immédiatement les gaufres qui se dégustent tièdes natures ou tartinées de chocolat et de chantilly pour les plus gourmands !!

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Et comme je vous propose d’aller faire un petit tour culinaire en Belgique, il fallait bien faire un clin d’œil au plus célèbre des chats belges!

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Livres

Le secret du mari

Dimanche 13 janvier

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Une nouvelle année qui débute et avec elle une première lecture  : Le secret du mari de Liane Moriarty, auteure australienne.

Cécilia est une mère de trois enfants qui organise sa vie comme elle range ses tupperwares, avec ordre et rigueur. Tout est parfaitement huilé dans son quotidien, pas de place pour l’imprévu ni la fantaisie. Tout se déroule sans encombre entre ses activités de vente à domicile et de bénévolat en tant que parent d’élève de l’école St Angela.  Pourtant, en découvrant dans le grenier une lettre ancienne écrite de la main de son mari avec ces mots : « A n’ouvrir qu’après ma mort. », elle se trouve placée devant un véritable dilemme, faut-il ouvrir cette lettre ou respecter le vœu de John-Paul, son époux aimant et père de famille admirable ?

« Voilà. Et cinquante ans plus tard, Cécilia ne serait pas tombée sur cette lettre qui lui donnait l’impression d’être…comment dire?

A côté de ses pompes. C’était exactement ça. Ce qu’elle aimait, c’était être à ce qu’elle faisait. Elle excellait en la matière, en retirait même une certaine fierté. Son quotidien se constituait d’un millier de petites tâches – « Acheter de la coriandre », « Emmener Isabel chez le coiffeur », « Trouver quelqu’un pour aller chercher Polly à la danse ce mardi pendant que j’emmène Esther chez l’orthophoniste »-, comme ces puzzles géants qui absorbaient Isabel pendant des heures. Si Cécilia n’avait aucune patience pour les puzzles, elle savait exactement où caser chacune des minuscules pièces qui composaient sa vie car toutes avaient une place précise.

L’existence qu’elle menait n’avait peut-être rien d’exceptionnel. […] Évidemment, Cécilia n’avait jamais aspiré à autre chose qu’à la normalité. Moi? Je suis mère de famille dans une banlieue tranquille, se prenait-elle parfois à penser comme pour se défendre de vouloir passer pour quelqu’un d’autre, quelqu’un de mieux. « 

En parallèle, Tess qui jusque là filait le parfait amour avec Will et pouvait être fière de l’entreprise de communication qu’elle avait montée avec lui et sa cousine Felicity à Melbourne apprend que les deux personnes qui sont les plus proches d’elle sont tombés amoureux. Piquée au vif, elle décide de partir s’installer quelques temps chez sa mère à Sydney avec son fils Liam qu’elle inscrira pour le trimestre à l’école St Angela.

Enfin, Rachel septuagénaire, qui travaille à l’école St Angela, apprend que son fils Rob et sa belle-fille Lauren viennent de décider de partir s’installer aux Etats-Unis pour deux ans, emmenant ainsi avec eux leur fils Jacob qui est la seule lumière dans la vie de Rachel, totalement effondrée depuis qu’elle a perdu sa fille Janie de manière dramatique.

« Mais à quoi bon jouer les belles-mères parfaites? Vu le résultat, elle aurait bien pu se comporter en marâtre. Parce que maintenant, ils partaient à l’autre bout du monde et emmenaient Jacob avec eux. Comme s’ils en avaient le droit. Oui, bon, d’accord, techniquement, ils en avaient le droit.

Un deuxième bébé? Pas du tout. En réalité, Lauren s’était vu proposer un nouveau job. Un poste génial. A New York. Pour deux ans. A les voir se réjouir, on aurait dit qu’elle avait décroché un boulot au paradis.

Ils lui avaient annoncé la nouvelle au dessert (chaussons aux pommes industriels et boules de glace), tandis qu’elle tenait Jacob sur ses genoux, son petit corps solide et anguleux s’abandonnant tout contre elle avec la délicieuse indolence d’un bambin épuisé. Les lèvres posées au creux de sa nuque, elle respirait le parfum de ses cheveux.

La première fois qu’elle l’avait pris dans les bras pour embrasser son front délicat et fragile, qu’elle avait humé son odeur de nouveau-né, elle avait eu le sentiment de revenir à la vie, comme une plante desséchée que l’on arrose enfin. D’être libérée d’un poids trop lourd qu’elle avait dû porter pendant des années. Ses poumons s’étaient emplis d’oxygène. Sa colonne vertébrale s’était redressée. Le monde s’était recolorisé sous ses yeux à l’instant où elle avait quitté la maternité.« 

L’intrigue alterne entre le secret de John-Paul, les états d’âme et les relations des différents personnages qui se croisent et interagissent dans le petit microcosme de l’école. On est tenu en haleine au fil des pages, et l’on se prend à réfléchir en même temps que les personnages sur le sens de la vie, les liens amoureux, familiaux et sociaux. Les questions jaillissent au fil des pages : jusqu’où est on prêt à aller par amour?  Jusqu’où peut-on pardonner? Les principes et certitudes sont-ils inébranlables? Et avec toutes ces questions, surgissent les thèmes du deuil, du lien filial, et du poids des événements sur notre vie et le déroulement de nos existences.

Le titre de ce roman n’est pas très accrocheur, on pourrait même dire un peu plat et pourtant ce n’est pas par hasard s’il est devenu un best-seller aux Etats-Unis. Sous une apparence un peu lisse de roman feel good, on découvre une intrigue rondement menée, des personnages profonds, ambigus et attachants et des questionnements qui font le sens de la vie.♥♥

Poésie

Gourmandises au château d’Azay le Rideau

Jeudi 3 janvier

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La fin des vacances approchent pour les enfants, il est temps de dénuder le sapin de ses guirlandes et de ranger dans des boites les boules scintillantes. C’est avec une pointe de regret que l’on sent s’éloigner l’ambiance joyeuse et douillette des fêtes de fin d’année

Alors, si vous souhaitez faire encore durer la magie de Noël, je vous invite à aller faire une petite visite au château d’Azay-le-Rideau où l’on fête Noël jusqu’au 7 janvier. Le château, qui revêt ses apparats de fête dans un intérieur très cosy aux lumières chatoyantes, replonge en l’année 1880 à l’époque où il était habité par le Marquis de Biencourt qui s’apprête à célébrer somptueusement  les fêtes de Noël.

 

Nous arrivons au bon moment, car c’est bientôt l’heure du goûter. Au fil des salons, cuisines et salles à manger, se succèdent, gâteaux à la broche, biscuits, fruits confits, cakes et pièces montées dans un décor chaleureux drapé de rouge, or et vert.

Le temps de cette visite gourmande qui sent bon la cannelle et l’orange, on se croirait tombé dans les pages du roman de la Comtesse de Ségur Les malheurs de Sophie quand Sophie ne pense qu’à une chose, goûter les fruits confits qui viennent d’être livrés à Mme de Réan:

« Après le dîner, Mme de Réan appela les enfants.
« Nous allons enfin ouvrir le fameux paquet, dit-elle, et goûter à nos fruits confits. Paul, va me chercher un couteau pour couper la ficelle. » Paul partit comme un éclair et rentra presque au même instant, tenant un couteau, qu’il présenta à sa tante.
Mme de Réan coupa la ficelle, défit les papiers qui enveloppaient les fruits, et découvrit douze boîtes de fruits confits et de pâtes d’abricots.
« Goûtons-les pour voir s’ils sont bons, dit-elle en ouvrant une boîte. Prends-en deux, Sophie ; choisis ceux que tu aimerais le mieux. Voici des poires, des prunes, des noix, des abricots, du cédrat, de l’angélique. »
Sophie hésita un peu ; elle examinait lesquels étaient les plus gros ; enfin elle se décida pour une poire et un abricot. Paul choisit une prune et de l’angélique. Quand tout le monde en eut pris, la maman ferma la boîte, encore à moitié pleine, la porta dans sa chambre et la posa sur le haut d’une étagère. Sophie l’avait suivie jusqu’à la porte.
En revenant, Mme de Réan dit à Sophie et à Paul qu’elle ne pourrait pas les mener promener, parce qu’elle devait faire une visite dans le voisinage.
« Amusez-vous pendant mon absence, mes enfants ; promenez-vous, ou restez devant la maison, comme vous voudrez. »
Et, les embrassant, elle monta en voiture avec M. et Mme d’Aubert et M. de Réan.
Les enfants restèrent seuls et jouèrent longtemps devant la maison. Sophie parlait souvent de fruits confits.
« Je suis fâchée, dit-elle, de n’avoir pas pris d’angélique ni de prune ; ce doit être très bon.
– Oui, c’est très bon, répondit Paul, mais tu pourras en manger demain ; ainsi n’y pense plus, crois-moi, et jouons. »
Ils reprirent leur jeu, qui était de l’invention de Paul. Ils avaient creusé un petit bassin et ils le remplissaient d’eau ; mais il fallait en remettre toujours, parce que la terre buvait l’eau à mesure qu’ils la versaient. Enfin, Paul glissa sur la terre boueuse et renversa un arrosoir plein sur ses jambes.

« Aïe, aïe ! s’écria-t-il, comme c’est froid ! Je suis trempé ; il faut que j’aille changer de souliers, de bas, de pantalon. Attends-moi là, je reviendrai dans un quart d’heure. »
Sophie resta près du bassin, tapotant l’eau avec sa petite pelle, mais ne pensant ni à l’eau, ni à la pelle, ni à Paul. À quoi pensait-elle donc ? Hélas ! Sophie pensait aux fruits confits, à l’angélique, aux prunes ; elle regrettait de ne pas pouvoir en manger encore, de n’avoir pas goûté à tout.
« Demain, pensa-t-elle, maman m’en donnera encore ; je n’aurai pas le temps de bien choisir. Si je pouvais les regarder d’avance, je remarquerais ceux que je prendrai demain… Et pourquoi ne pourrais-je pas les regarder ? Je n’ai qu’à ouvrir la boîte. »
Voilà Sophie, bien contente de son idée, qui court à la chambre de sa maman et qui cherche à atteindre la boîte ; mais elle a beau sauter, allonger le bras, elle ne peut y parvenir ; elle ne sait comment faire ; elle cherche un bâton, une pincette, n’importe quoi, lorsqu’elle se tape le front avec la main en disant :
« Que je suis donc bête ! je vais approcher un fauteuil et monter dessus ! »
Sophie tire et pousse un lourd fauteuil tout près de l’étagère, grimpe dessus, atteint la boîte, l’ouvre et regarde avec envie les beaux fruits confits. « Lequel prendrai-je demain ? » dit-elle. Elle ne peut se décider : c’est tantôt l’un, tantôt l’autre. Le temps se passait pourtant ; Paul allait bientôt revenir.
« Que dirait-il s’il me voyait ici ? pensa-t-elle. Il croirait que je vole les fruits confits, et pourtant je ne fais que les regarder… J’ai une bonne idée : si je grignotais un tout petit morceau de chaque fruit, je saurais le goût qu’ils ont tous, je saurais lequel est le meilleur, et personne ne verrait rien, parce que j’en mordrais si peu que cela ne paraîtrait pas. »
Et Sophie mordille un morceau d’angélique, puis un abricot, puis une prune, puis une noix, puis une poire, puis du cédrat, mais elle ne se décide pas plus qu’avant.
« Il faut recommencer », dit-elle.
Elle recommence à grignoter, et recommence tant de fois, qu’il ne reste presque plus rien dans la boîte. Elle s’en aperçoit enfin ; la frayeur la prend.
« Mon Dieu, mon Dieu ! qu’ai-je fait ? dit-elle. Je ne voulais qu’y goûter, et j’ai presque tout mangé. Maman va s’en apercevoir dès qu’elle ouvrira la boîte ; elle devinera que c’est moi. Que faire, que faire ?… Je pourrais bien dire que ce n’est pas moi ; mais maman ne me croira pas… Si je disais que ce sont les souris ? Précisément, j’en ai vu une courir ce matin dans le corridor. Je le dirai à maman ; seulement je dirai que c’était un rat, parce qu’un rat est plus gros qu’une souris, et qu’il mange plus, et, comme j’ai mangé presque tout, il vaut mieux que ce soit un rat qu’une souris. »
Sophie, enchantée de son esprit, ferme la boîte, la remet à sa place et descend du fauteuil. Elle retourne au jardin en courant ; à peine avait-elle eu le temps de prendre sa pelle, que Paul revint. »

Après cette visite, vous n’aurez envie que d’une chose, filer dans les ruelles pavées du village pour aller vous installer bien au chaud dans un salon de thé et savourer un bon chocolat chaud et une pâtisserie !

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« le château d’Azay diamant taillé à facettes serti par l’Indre monté sur des pilotis masqués de fleurs » Honoré de Balzac – Le  Lys dans la Vallée