Et tu n’es pas revenu

Lundi 27 février

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Aujourd’hui, je souhaitais vous parler d’un livre bouleversant Et tu n’es pas revenu de Marceline Loridan-Ivens écrit en collaboration avec la journaliste Judith Perrignon. Il aborde un sujet sans doute traité et revisité maintes et maintes fois : la déportation des juifs dans les camps de concentration pendant la deuxième guerre mondiale. Mais cette fois-ci, l’auteur raconte comment elle et son père Shloïme ont été emmenés dans les camps de Pologne, comment elle a survécu à cette horreur alors que lui n’en est pas revenu.

Cet ouvrage est en fait une lettre que Marceline Loridan-Ivens écrit à son père dans laquelle elle se rappelle comment, alors qu’elle n’avait que 15 ans, ils ont été emmenés et séparés. Elle décrit ce qu’elle a vécu à Birkenau tandis que son père était lui enfermé à Auschwitz. Elle repart dans sa mémoire pour évoquer les souvenirs d’une enfance volée, d’une vie brisée par la barbarie, la haine et l’horreur absolue.

« Alors à Drancy, tu savais bien que rien ne m’échappais de vos airs graves à vous les hommes, rassemblés dans la cour, unis par un murmure, un même pressentiment que les trains s’en allaient vers le grand Est et ces contrées que vous aviez fuies. Je te disais « nous travaillerons là-bas et nous nous retrouverons le dimanche. » Tu m’avais répondu : « Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas. » Cette prophétie s’est inscrite en moi aussi violemment et aussi définitivement que le matricule 78750 sur mon avant-bras gauche, quelques semaines plus tard. Elle devint malgré moi une redoutable compagne. Je m’y accrochais parfois, j’aimais les premiers mots quand, une par une, disparaissaient mes amies, et celles qui ne l’étaient. Puis je la repoussais, je détestais ce « moi, je ne reviendrai pas » qui te condamnait, nous séparait, semblait offrir ta vie en échange de la mienne. J’étais vivante encore et toi? »

Impossible, pour elle et les autres, au retour, de reprendre une vie « normale ». Le traumatisme inscrit à vie dans la chaire et la culpabilité d’être revenue rendent insurmontable le rapport simple à l’existence.

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Les mots sont clairs, les images dures, le livre court mais efficace pour rappeler qu’il ne faut surtout pas oublier…

« Nous allions au Canada, c’est comme ça que les Polonaises avaient baptisé le triage des vêtements, parce que c’était le moins dur des postes de travail, celui qu’on espérait toutes, celui où l’on pouvait tomber sur un vieux crouton de pain au fond d’une poche, ou sur une pièce d’or dans un ourlet. [..] Quand nous passions, certaines s’approchaient derrière les barbelés électrifiés, nous murmuraient des questions, elles n’avaient déjà plus leurs enfants, mais elles voulaient espérer encore. Nous leur demandions : Vous avez un numéro? Non disaient-elles. Alors nous levions les bras au ciel en signe de désespoir. Notre matricule était notre chance, notre victoire et notre honte. J’avais participé à la construction de la deuxième rampe du crématoire où venaient d’être poussés leurs enfants. J’allais maintenant trier leurs vêtements. « 

Difficile de parler de ce livre tellement il est percutant et remue en profondeur ce qui fait notre humanité. Il est à lire absolument et à mettre entre les mains de nos ados!!!

Et pour ceux qui veulent aller plus loin, il faut revoir l’échange de Marceline Loridan-Ivens avec François Busnel lors de l’émission du 5 février 2015 où elle était venue présenter son livre. Elle s’y révèle sans illusion sur la portée de son ouvrage. Le plus jamais ça n’existe pas pour elle : « l’antisémitisme est une donnée fixe, qui vient par vagues avec les tempêtes du monde ».  Pour revoir l’émission, c’est par ici

coquelicot

« Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. »

Romain Rolland

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