Pour l’amour d’une île

Jeudi 2 mars

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Dans mon article Un goût de Bretagne, je vous avais dit que je lisais actuellement Pour l’amour d’une île d’Armelle Guilcher. J’ai profité du week-end pour en terminer la lecture. Je vous raconte aujourd’hui, ce livre.

Pour commencer, il faut parler du décor : l’histoire se passe en Bretagne sur une petite île, très souvent battue par les vents et la tempête. On sent l’embrun, la pluie battante et le vent, on voit les côtes rocheuses et les ruelles tortueuse, on admire l’océan immense. Bref, on est en Bretagne avec tout ce qu’on aime de cette région.

On y découvre la jeune Marine qui, à la fin des années 60, début des années 70 vient de terminer ses études de médecine et décide d’aller s’installer sur l’île de son enfance. Rapidement, elle se heurte à l’hostilité des habitants qui la boudent. Marine nous raconte alors son adolescence, avec son frère Yves, ils ont été élevés par un grand-père affectueux et bienveillant après la mort de leurs deux parents. Petit à petit, le puzzle de l’histoire de Marine se reconstruit : le passé nationaliste de son père, ses amitiés d’adolescence qui l’ont marquées et surtout une société méfiante, qui cancane ou pire calomnie  et humilie.

Armelle Guilcher dévoile des personnages multiples et on retrouve les figures incontournables du village breton de l’après-guerre : le curé qui organise des cours de breton, le médecin respecté qui veille sur ses patients, les marins taiseux et rustres, les jeunes qui rêvent d’un avenir plus rose, loin de l’île sur le continent et bien entendu celui de Marine, personnage central, au caractère affirmé, une jeune femme droite et volontaire, profondément attachée à ses racines.

Le livre est agréable à lire et tous les personnages prennent vie aisément au fil des pages. On vous recommande ce premier livre que l’on a bien aimé.

« La nuit s’était écoulée, interminable. L’appréhension de la matinée à venir l’avait tenue éveillée. Toutes les péripéties l’ayant conduite à son choix de vie et de carrière s’étaient déroulées dans son esprit, insidieusement : les bonnes ou mauvaises fortunes qui avaient jalonné son existence, […]. Aujourd’hui, mûrie par ces divers éléments, Marine était devenue médecin, sans vocation et sans altruisme. Mais elle se connaissait assez pour savoir qu’elle accomplirait sa mission avec la rigueur voulue.

Elle se leva et après avoir déjeuné, inspecta la salle d’attente, aligna les chaises, les revues sur la table basse, se dit machinalement qu’il faudrait les renouveler car elles n’étaient plus d’actualité. Puis, elle passa dans le bureau où elle constata le bon rangement des instruments et accessoires dont elle aurait à se servir. Les horaires de consultation étaient affichés à la porte d’entrée. Elle voyait les gens s’arrêter et lire les inscriptions. Bientôt, grâce au bouche-à-oreille, l’île disposerait des renseignements touchant le nouveau fonctionnement du cabinet médical. Inutile de stresser. Elle n’avait plus qu’une chose à faire : patienter.

Et Marine patienta la matinée entière, guettant le claquement des pas qui lui signalerait la venue d’un malade. Ponctuellement, elle ouvrait la porte de la salle d’attente pour vérifier que quelqu’un ne s’y était pas introduit à son insu. A chaque fois elle ravalait sa déception. La pièce était vide, inexorablement vide. […] A seize heures et une minute, elle partit se promener au bord de l’océan. C’était l’avantage, étant inoccupée, de pouvoir jouir  pleinement d’un environnement privilégié. Par habitude, elle s’achemina vers le secteur de l’île ou habitait sa tante. Le temps était gris, mais il ne pleuvait pas. Les mouettes sur la grève becquetaient le sable en quête de nourriture. D’autres planaient dans le vent. Elle croisa plusieurs marins, quelques femmes en coiffe. Elle s’appliqua à les saluer, selon les recommandations du docteur Le Guen. Les femmes la dévisageaient sans aménité et sans répondre à son bonjour. Les hommes, après un temps de réflexion comme pour s’interroger sur l’attitude à adopter, hâtaient le pas, le regard fuyant.

Elle rejoignit le chemin qui menait au phare et dès lors, elle ne vit plus personne. C’était l’endroit de l’île qu’elle prisait, quasi désertique et loin de l’agitation du bourg. Elle marchait sur une bande de terre, avec l’océan de part et d’autre. Et la sérénité qui émanait de ce paysage, simplement rythmé par la marée et le cri des mouettes, apportait au corps un bien-être si intense qu’il en était douloureux.

Rien hormis cette quiétude n’avait plus d’importance. Tant pis si les patients la boudaient, tant pis si elle allait devoir batailler pour gagner leur confiance, elle était sur son île. C’était ce qu’elle avait désiré le plus au monde. »

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