L’Eden

Samedi 18 mars

Les hommes meurent, les femmes vieillissent

Aujourd’hui, je vous propose de vous présenter le livre d’Isabelle Desesquelles Les hommes meurent, les femmes vieillissent. L’article est intitulé l’Eden car c’est le nom du salon d’esthétique où se retrouvent tous les personnages de ce roman et je trouvait cela moins triste que le titre du livre d’Isabelle Desesquelles. Ce court roman est en fait une série de portraits des personnalités qui régulièrement fréquentent le salon d’Alice, l’Eden.  Alice tient une fiche pour chacun de ses clients sur laquelle elle note les petites choses à savoir d’eux. Alice leur fait du bien, les rend plus beaux… Elle a décidé de déménager son salon et ce soir elle a invité ses clientes les plus fidèles, l’occasion pour elle de relire ses fiches et de retracer à travers elles l’histoire d’une famille, marquée par le deuil , mais aussi l’amour. Il y à Jeanne, la doyenne qui a perdu il y a 4 ans Lucien l’amour de sa vie et qui vient de quitter sa maison de famille pour la maison de retraite. Il y a Manon, 20 ans qui elle aussi veut devenir esthéticienne. Elle est « définitivement romantique » et un peu rebelle. Il y a Yves, le petit-fils de Jeanne qui se sent plus femme qu’homme. Il y a Lili, la sœur de Jeanne qui ne veut pas vieillir, ses filles Clarisse et surtout Ève, qui a décidé de partir brutalement après la mort de son amour Pierre et qui vit à travers toutes les femmes que nous raconte Alice. Le roman recompose au fur et à mesure l’histoire de ces femmes, leurs malheurs, leurs petits et grands bonheurs, leur rapport, parfois cru, à leur corps. Et comme un fil conducteur, omniprésent, le mystère de la lettre qu’Ève a laisse à son garçon avant de partir au ciel. Ce sont des vies qui passent et qui sont liées les unes aux autres par le désir d’amour, d’attachement à leur enfance, à la terre qui les a vu grandir.

Ce livre n’est pas à ranger dans la catégorie des » livres qui font du bien ». Pour autant l’écriture est belle, les sentiments qu’il fait naître sont touchants et quand on referme le livre, on a envie de profiter de chaque instant de la vie tellement il nous dit que la vie et l’amour sont des biens précieux qu’il faut chérir,  que le temps passe bien vite et qu’il est donc impératif de profiter de ceux qui nous sont chers… Un beau livre, émouvant ♥ ♥

« Lili, quatre-vingt-trois ans, blond platine, guette le regard des hommes dans la rue, passe volontairement sous les échelles, n’a jamais laissé un de ses amants prendre ses aises et saloper sa salle de bains. N’aime pas gâcher une allumette, l’utilisera jusqu’à ce brûler les doigts, préfère Milady à d’Artagnan, cherche encore celui qui la fera danser comme Vittorio de Sica dans Madame de… Ne comprend pas pourquoi Romy Schneider à la fin de César et Rosalie retourne avec Montand si c’est pour être triste. Infichue de savoir à son âge si Noël s’écrit avec un tréma ou un accent circonflexe, tient à ses sourcils trait de crayon comme un battement d’ailes, accro à I Will Survive de Gloria Gaynor. A réussi à éviter le dentier jusque là, s’autorise une pinte de bière le dimanche soir, à hâte d’être arrière-grand-mère, nage nue l’hiver dans la mer de Chine en fermant les yeux depuis que sa fille Ève est morte, il y a quinze ans.« 

Clarisse

 » Pendant un temps, avec Eve, elles m’appelaient « l’insaisissable. » Le jour de mon mariage, je les ai entendues dire à Léonard que je ne serais pas une femme confortable. Je le prends comme un compliment. On n’a jamais pu me mettre dans un moule, ou une case. On n’a jamais dit de moi : « elle, par exemple ». Je ne veux être l’exemple de personne. Je veux rester quelques jours dans la maison de Jeanne et continuer d’attraper le vent. Je crois que j’essaierai toujours d’attraper le vent. […] Chaque été de notre enfance, mes cousins, Ève et moi, nous avions notre journée de joie absolue. La sortie annuelle dans la voiture de Lucien à Saint-Guilhem-le-Désert. On partait avant le lever du soleil, on prenait notre petit déjeuner debout dans la cuisine et déjà c’était différent. On pouvait engloutir autant de tartines que l’on voulait mais pas une goutte de lait, histoire d’épargner la voiture. Cinq gosses à l’estomac retourné vous retapissent la banquette arrière en moins de deux. Une fois arrivés à destination, on avait droit à une baguette de pain entière par personne avec au choix saucisson sec ou barres en chocolat. Ce n’était plus des casse-croûte, c’était une fête. Elle commençait  avec Lucien au volant, Jeanne en copilote, Caroline, ses frères, Ève et moi, tous dans la 504. Au début, on se sentait un peu serrés, mais après un kilomètre, on aurait traversé le monde. Il me semble que c’est le seul jour de l’année où je ne voyais pas mon oncle et ma tante en sabots. Nous, les trois filles, on avait des couettes et on s’amusait à les faire danser en secouant la tête à tout bout de champ. On y ajoutait des rubans, on se sentait des femmes. On roulait vers une histoire tragique, vers la petite bergère des grottes de Clamouse. J’attendais moins la visite sous terre que la noyade de la bergère racontée par le guide. Je ne quittais pas des yeux les tourbillons d’eau à mes pieds, j’étais sauve, moi. Je n’ai pas voulu y retourner, même avec mes fils. Le passé se regarde de loin quand il est ce que l’on a de meilleur. »

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