Télésnober

Jeudi 23 mars

semaine de la francophonie

Bonjour les amis. Cette semaine, nous célébrons la semaine de la langue française et de la francophonie. C’est l’occasion de goûter au plaisir des mots de notre belle langue, de découvrir ou redécouvrir les auteurs qui jouent avec elle et en sont les ambassadeurs. Plusieurs manifestations sont associées à cette célébration et notamment celle intitulée « Dis moi dix mots » qui propose à chacun de jouer avec 10 mots sur une thématique. Cette année, le thème est : « Dis moi dix mots sur la toile » pour montrer comment la langue française s’adapte aux évolutions du numérique et comment elle transpose des attitudes ou des pratiques. J’ai ainsi découvert un mot nouveau télésnober qui veut dire Consulter fréquemment son téléphone intelligent en ignorant les personnes physiquement présentes

 CITATION « Élodie se leva brusquement de sa chaise, se dirigea vers Kevin (qui n’avait pas même daigné relever les yeux) et lui arracha des mains son téléphone portable pour le projeter violemment sur le sol : elle ne supportait plus que l’adolescent télésnobât toute la tablée à chaque souper. » Famie j’vou hè, Frédéric Saenen, Éditions du Veston en tweet

Télésnober, le mot est court mais bien évocateur de nos pratiques ou de celles de la génération « tête baissée ». Allez y avec vos ados, vous pourrez maintenant leur dire « Arrête de me télésnober et pose ton Iphone pendant que je te parle! »

La francophonie évoque surtout pour moi des hommes et des femmes de culture différentes mais qui, à travers la langue française, expriment ou ont exprimé une vérité qui leur était propre, leur histoire et leur identité. Alors, je vous partage la beauté des mots d’Aimé Césaire…

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’œil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.

Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes

Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage – mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme – la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »

Aimé Césaire – Cahier d’un retour au pays natal
escalier aux esclaves
L’escalier aux esclaves – Guadeloupe

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