Croire au merveilleux

Mardi 4 avril

croire au merveilleux

Je vous avais parlé rapidement de ce livre dans mon article Les emplettes de printemps. Ça y est, la dernière page est refermée, alors je vous en dis un peu plus…

Croire au merveilleux s’ouvre sur la mort, celle de César, veuf, qui malgré son petit garçon de 6 ans qui devrait le raccrocher à la vie, ne parvient plus à trouver sens après la disparition de Paz au fond de l’océan.

César a décidé de mourir, il a tout prévu et programmé. Il a envoyé son fils en vacances chez ses parents et va avaler les médicaments les uns après les autres.

« Faire propre

Aujourd’hui je vais mourir.

Je ne suis pas malade.

Je ne suis pas ruiné.

Je n’arrive plus à vivre, c’est tout.

Amputé à ce point, est-ce qu’on peut même employer le mot : vivre? »

J’ai longtemps cru que j’y arriverais. Cru tout ce qu’on m’a raconté : l’apaisement qui suit l’acceptation de la mort de l’être aimé, puis sa renaissance sublimée sous forme de souvenirs… Tu parles. Je ne pense plus qu’à ces cendres flottant sur l’eau. J’ai leur goût dans la bouche.

La nuit, on tend les bras et il n’y a plus personne, plus rien.

Je ne peux pas la faire revenir, mes mots ne me servent à rien, or je n’ai que les mots, alors je veux mourir.

Plus personne? J’aggrave mon cas : il y a quelqu’un. Un enfant, notre fils, six ans. Mais l’amour que j’ai pour lui, l’amour qu’il me donne, et même la somme de ces amours ne parviennent pas à équilibrer le plateau de la balance. Ça penche beaucoup trop, de l’autre côté, sur le plateau vide, celui qui m’attire. 

Lorsque je le regarde, lui, je la vois, elle. Et je lui en veux, à lui, comme à elle. Les mêmes traits, le même défi dans le regard sombre, la même grâce, la même peau, les mêmes colères.

Alors, en finir. Je sais que je bafoue tous mes engagements de père en écrivant ça, mais en suis-je encore un? »

Pourtant, alors que les cachets sont alignés sur la table, quelqu’un frappe avec insistance à la porte de l’appartement de César. Il finit par aller ouvrir. Face à lui, Nana, une grande blonde qui dit être sa voisine, étudiante en architecture grecque, lui demande d’entrer car elle a oublié ses clés. César est perdu, il a l’impression de l’avoir déjà croisée quelque part, mais pas sur le pallier, sa voisine est une petite dame de 80 ans.

Nana vient perturber ses plans, elle commence à lui parler de la Grèce, des antiquités et des livres de ces auteurs antiques qui trônent dans la bibliothèque de César. Jour après jour, Nana revient et petit à petit, César reprend goût à la vie à la fois à travers la culture, l’art mais aussi à travers le désir, charnel, que fait naître en lui Nana. Il retrouve le bonheur de partager des moments avec son fils qu’il emmène sous le soleil de l’Espagne , le pays de Paz.

Croire au merveilleux est l’histoire d’un retour à la vie mais il est aussi un concentré de soleil, de culture méditerranéenne et antique. Christophe Ono-Dit-Biot nous entraine à la suite de César vers l’Italie et la côte Almafitaine jusqu’en Grèce. Il nous parle de statues, de temples, de mythologies et créatures étranges. C’est un peu érudit, comme si pour retrouver la lumière vers la vie, César devait replonger vers les sources de ce qui a fait notre civilisation et de ce qui doit en être encore le ciment aujourd’hui : la civilisation antique, l’art et la culture.

« – Ça m’intéresse beaucoup, dit-elle, ajoutant à l’autorité de son ton celle de ses yeux verts posés sur moi. J’avais l’impression qu’elle voulait me donner confiance. Je lui racontai, alors, comment, à l’origine de cette collection, il y avait un homme, un linguiste de vingt-neuf ans, qui en 1914, appelé sous les drapeaux, avait voulu emporter avec lui l’Iliade, ce grand texte sur la guerre et les hommes. Était-ce simplement pour relire ces pages fondatrices de la civilisation qui allait se disloquer sous les obus? Pour se donner du courage? Pour trouver des idées? Se souvenir avec Ulysse que la ruse permet de vaincre? On ne l’a jamais su. Toujours est-il que notre linguiste n’avait pas trouvé, comme édition savante, qu’une édition allemande, et que c’était fort peu patriotique dans les tranchées. Il s’était donc promis, s’il survivait, de créer une collection de référence dont chaque volume puisse tenir dans la poche d’un honnête homme. « Et la chouette, c’est en hommage à Athéna?

_ Oui la déesse de la guerre et aussi de la sagesse. Je ne sais pas si faire la guerre est sage, mais… »

Elle m’interrompit :  » Vous connaissez Fornasetti ?

_ Le designer? »

Elle hocha la tête.

J’adorais Piero Fornasetti. Dans les années 50 et 60, cet expert en jeux graphiques dingue d’Antiquité et de surréalisme avait conçu un nombre incalculable de meubles, assiettes, objets divers dictés par sa fantaisie. Un homme qui déclarait que s’il avait été ministre, il aurait créé immédiatement cent écoles de l’imagination. »

Fornasetti
Les céramiques de Fornasetti

Croire au merveilleux est un beau roman qui raconte l’amour, le deuil, l’attachement et la transmission sur fond de culture hellénique. On vous le recommande ♥ ♥

Paestum
Paestum -Italie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s