Le chat qui venait du ciel

Mercredi 21 juin

En cette période de chaleur torride qui règne sur la France depuis le début de la semaine, on aime profiter du jardin à la tombée de la nuit pour chercher un peu de fraîcheur.

Alors, pour occuper ces soirées où le sommeil tarde à venir, je vous propose de découvrir ce court roman de Hiraide Takashi Le chat qui venait du ciel.

Le chat qui venait du ciel

Hiraide Takashi, poète et écrivain japonais contemporain, choisit de nous raconter une histoire pleine de charme entre un couple et un chat.  Largement inspiré de faits autobiographiques, le narrateur nous décrit, comment, au fil du temps, Chibi, ce chat énigmatique et surprenant entre dans leur vie, s’y installe et finit par occuper leur existence. Des liens particuliers se tissent et la présence du chat devient incontournable, indispensable, vitale….

« Cependant, si la conviction que Chibi était un chat exceptionnel commençait de nous habiter, ce n’était pas pour autant notre chat.

J’entendais le tintement du grelot et comme il apparaissait ensuite, il m’arrivait de l’appeler non pas Chibi mais Dingding. Quand j’étais saisi, sans m’expliquer pourquoi, de l’envie qu’il vienne, c’était ce nom qui me montait aux lèvres.

« Dingding ne vient pas! »

En même temps, le tintement se faisait entendre. Le voilà ! C’était la plupart du temps au niveau de la deuxième bifurcation du passage de l’Eclair que l’exclamation de ma femme fusait. Chibi était passé par l’entrée de la maison voisine et venait sans doute de traverser une déchirure dans le grillage qui marquait la limite du terrain. Puis, longeait notre pavillon, il arrivait à la véranda, se faufilait sous la petite galerie, posait les pattes de devant sur le rebord de la fenêtre qui s’arrêtait à hauteur des genoux, tendait le cou et jetait un coup d’œil à l’intérieur.

L’hiver arriva. Insensiblement, ce rite avait fini par faire partie de notre vie quotidienne, de la même manière qu’un penchant pour ainsi dire inexistant se développe pour peu qu’on le nourrisse. Déjà cependant, ce qu’on pourrait nommer le destin accompagnait de flux qui rythmait notre temps. »

Il règne dans ce livre une ambiance apaisante, faite de plénitude, à la lisière d’un monde onirique comme le voile cotonneux d’un ciel rempli de nuages qui s’étiolent. Au milieu du jardin florissant, le chat Chibi incarne tout ce que sont les chats  : mystérieux, élégants, affectueux mais toujours indépendants, et parfois amusants.

« Chibi, pourtant sans égards pour les êtres humains qui occupent le pavillon, opère une métamorphose intégrale dès qu’il pénètre dans le jardin depuis la maison voisine. Reniflant dans tous les coins de la véranda, il jette des regards obliques, s’arc-boute sur les pattes de devant, bondit, court parfois en tous sens à une vitesse folle comme s’il avait perdu tout contrôle. […] Quand on flânait ensemble dans le jardin, son corps était à certains moments soulevé par des vagues, il communiait avec le lieu avant de se mettre à courir loin comme un fou, escaladait le sommet d’un arbre, et comme s’il voulait s’échapper davantage encore, il balançait son corps dans le vide, tremblait avant de se préparer à bondir… Il m’a été donné d’être le témoin de tous ces instants extrêmes. »

Hiraide Takashi chante dans son livre l’attachement à un lieu et à un petit être, dénué de parole, mais capable de remplir une vie au-delà de l’imaginable. Ceux qui partagent la leur  avec une petite boule de poils se retrouveront forcément dans les situations et sentiments décrits. Un beau livre félinement touchant… ♥ ♥ ♥

Ebène banc
Ébène

 

Un livre pour la fête des pères

Jeudi 15 juin

fête des papa

 

Dimanche prochain sera l’occasion pour les petits et grands enfants de souhaiter une bonne fête à leur papa, papou ou papounet. Un moment de tendresse toujours touchant. Les touts petits offriront fièrement leur plus belle réalisation composée de pinces à linges, lentilles ou nouilles colorés que les papas garderont avec tendresse dans le fond d’un tiroir pour la ressortir avec nostalgie quand le petit commencera à grattouiller sa barbe. Pour les plus grands, pourquoi ne pas choisir d’offrir un bon livre?

Elsy vous suggère Le Tour du monde du roi Zibeline de Jean-Christophe Rufin.

Vous connaissez sans doute Jean-Christophe Rufin. Dans le tour du monde du roi Zibeline, il s’inspire de l’histoire vraie d’un jeune aristocrate, Maurice Beniowski, né au milieu du 18ème siècle qui se lance dans des voyages extraordinaires. De la Chine à la Sibérie, jusqu’à Madagascar où il deviendra roi, le lecteur suit son destin extraordinaire.

« – Mes amis, s’écria Benjamin Franklin, permettez-moi de dire que, pour le moment, votre affaire est strictement incompréhensible.
– Nous ne demandons qu’à vous l’expliquer, dit Auguste. Et d’ailleurs nous avons traversé l’Atlantique pour cela.
– Eh bien, allez-y.
– C’est que c’est une longue histoire.
– Une très longue histoire, renchérit Aphanasie, sa jeune épouse que Franklin ne quittait plus des yeux.
– Elle traverse de nombreux pays, elle met en scène des drames et des passions violentes, elle se déroule chez des peuples lointains dont les cultures et les langues sont différentes de tout ce que l ‘on connaît en Europe…
– Qu’à cela ne tienne! Au contraire, vous mettez mon intérêt à son comble.. »

Peut-être que l’un des papas qui aura lu ce livre nous postera un petit commentaire…

 

Trésors du jardin…

Mardi 13 juin

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Il fait bien chaud ces derniers jours et nos amis les chats profitent des longues soirées pour aller se balader à la fraîche. Cela fait quelques temps, maintenant, qu’Elsy voit passer dans son jardin, le soir, un beau et grand matou, blanc et noir, qui paraît porter un masque. Pour l’instant, il est encore craintif et se sauve vite quand il la voit, mais peut-être voudra-t-il bien s’approcher d’ici quelques temps. Je crois que c’est le chat des voisins… J’espère pouvoir vous partager une photo si ce grand félin accepte de prendre la pose!!

En attendant, je vous livre aujourd’hui une petite recette toute fraîche de dessert, idéal pour terminer un repas en douceur : un tiramisu revisité façon crumble!!

  • Avec un fouet électrique, montez 3 blancs d’œuf en neige et réservez
  • Dans un bol, mélangez 250g de mascarpone, 75g de sucre et 3 jaunes d’œuf
  • Ajoutez délicatement et progressivement les blancs en neige à la crème pour obtenir une préparation homogène et légère. Mettez la au frais pendant une heure
  • Dans une coupelle, déposez l’équivalent d’une nectarine coupée en fines tranches
  • Déposez sur les tranches de fruit 3 cuillères à soupe de la préparation au mascarpone
  • Émiettez grossièrement un palet breton dessus et servez aussitôt ♥ ♥

Vous pouvez varier les fruits en fonction de vos goûts : fraises, cerises, framboises, abricots….

Clématite

« Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! »

Edmond Rostand

 

Un été avec….???

Jeudi 8 juin

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Certains d’entre vous profitent peut-être chaque été dans la matinale de France Inter à 7h55 de la chronique « un été avec… » qui permet de découvrir ou redécouvrir un auteur classique. Au volant, en roulant vers le boulot, la radio nous emmène pendant quelques minutes en voyage à travers les mots d’un auteur célèbre, Proust, Machiavel, Hugo… Pour Elsy c’est un vrai moment de plaisir et d’évasion.

Quelques mois plus tard, les chroniques sont compilées dans un ouvrage et c’est l’occasion alors de se replonger dans les textes lus et entendus à la radio, de prendre le temps de les relire à tête reposée, tranquillement. On est certain de ne pas être sorti de sa rêverie par le bruit sursautant d’un klaxon émanant de la voiture de derrière parce qu’on s’est laissé aller à écouter les vers de Baudelaire et que l’on a pas vu que le feu était passé au vert…. Il est vrai que la voix de Guillaume Gallienne n’a pas son pareil pour vous transporter.

Aussi, aujourd’hui, je voulais vous parler de l’un des  ouvrages de cette série :

Un été avec Montaigne d’Antoine Compagnon

Dans ses chroniques Un été avec Montaigne, Antoine Compagnon nous invite à poser un autre regard sur les Essais de Montaigne. Alors que l’on pourrait penser l’œuvre du philosophe difficile à aborder, il nous la rend intelligible et pleine de modernité et nous invite à suivre ces préceptes : prendre le temps de vivre, profiter de l’instant présent et des belles choses que nous offre la vie… Quel beau programme!!

Dans la chronique l’ami, Antoine Compagnon expose l’amitié que portait Montaigne à Etienne de la Boétie et les mots écrits pour décrire ce sentiment si particulier :

« ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodités, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et se confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent, et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Il expose également sa conception de l’école, préférant un homme à « la tête bien faite » plutôt que « bien pleine » et dit son amour pour les livres. Il raconte parfois de manière un peu crue ce qu’est l’Homme, sa sexualité, sa violence dans la guerre. Il évoque la mort, mais sa philosophie tient en ceci :

« Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors. Voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues des occurrences étrangères quelque partie du temps : quelques autre partie, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi.

L’éthique de la vie que se propose Montaigne est aussi une esthétique, un art de vivre en beauté. La saisie du moment devient une manière d’être au monde, modeste, naturelle, simplement et pleinement humaine. « 

Un traité de méditation datant de plus de cinq siècles mais d’une modernité étonnante.

Dans un prochain article, je vous parlerai d’un autre ouvrage de cette série paru en 2016, Un été avec Victor Hugo de Laura El Makki et Guillaume Gallienne.

papillon Lubéron

« Qu’un homme tel que Montaigne ait écrit, véritablement la joie de vivre sur terre s’en trouve augmentée. »

Friedrich Nietzsche

 

Dans l’île de Ré, je t’emmènerai…

Samedi 3 juin

coucher de soleil île de réLa semaine dernière Elsy et sa petite famille ont fait une escapade sur la belle île de Ré. Ce fût l’occasion de profiter de la mer et de partir à la rencontre des oiseaux au plumage blanc ou gris perchés sur de longues pattes au milieu des marais que l’on parcourt à vélo. Une vraie bouffée de verdure et de nature le long des petites maisons blanches aux volets colorés. On y déguste aussi de bonnes galettes au beurre. Bref, cette petite île est un vrai bijou de nature, inspirante et revigorante…

Nougaro,  qu’Elsy aime tant, l’a chanté, alors je vous partage aujourd’hui les paroles de sa chanson Dans l’île de Ré, sans doute moins connue qu’Amstrong ou Tu verras, mais dans laquelle il joue, comme à son habitude, avec les mots, les images et les couleurs.

Dans l’île de Ré
Ma belle adorée
Je t’emmènerai
Bientôt
Au mois le plus tendre
Le mois de septembre
Où l’on peut s’étendre
Bien seuls
Regardant la plaque
Des flots et les flaques
Que les soirées laquent
D’argent,
Regardant les teintes
Allumées, éteintes,
D’une toile peinte
Par un génie clair

Dans l’île de Ré
Ma belle adorée
Je t’emmènerai

Tout beau
Remontant l’aorte
D’une route accorte
Nous irons aux Portes
Au bout
Mes parents y vivent
Tout près de la rive
Brodée de salives
Nacrées
Là, la fleur marine
Par les deux narines
Grise la poitrine
D’un encens sucré

Sur le tapis mousse
De la plage rousse
Soudain je te pousse
Alors
Voici le célèbre
Cliché de vertèbres,
De bras et de lèvres
Roulant
Sur le drap de sable
Que l’eau imbuvable
Lessive inlassable
Nettoie
Effaçant l’empreinte
Pourtant sacro sainte
De la longue étreinte
De nos cœurs en croix

Quand la lune brûle
L’îlot majuscule
Dont tintinnabulent
Les ports
Sur les pierres vieilles
Je nous appareille
De phrases vermeilles
Partons
Nous jetterons l’ancre
Dans le flacon d’encre
D’une nuit qu’échancre
Là bas
Le phare sirène
Du cap des Baleines
Tournant la rengaine
D’amour d’au delà

Dans l’île de Ré
Ma belle adorée
Je t’emmènerai
Demain
Ta main dans la mienne
Come rain or come shine
Comme reine ou comme chaîne
Je t’aime
Rois mages en cohorte
Barbe Bleue des Portes
L’océan t’apporte
La clé
La clé du mystère
Pour toi, ma Miss Terre
Que tu sauras taire
Dans l’île de Ré.

On y rencontre également de beaux matous…celui-ci m’a fait de la concurrence!!

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“Une île est par définition fragile, nomade. Tout le monde a peur qu’elle se dissolve à un moment donné ou parte à la dérive.”

Erik Orsenna