Le secret de la manufacture de chaussettes inusables

Mardi 26 septembre

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables

Aujourd’hui, je souhaite vous faire découvrir un livre d’une romancière dont je vous ai déjà parlé : Le secret de la manufacture de chaussettes inusables d’Annie Barrows. Je vous avez présenté l’un de ses romans dans un article précédent :   Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Dans ce nouvel ouvrage, dont l’histoire débute en 1938, Annie Barrows nous emmène à Macédonia, petite ville des Etats-Unis où vient d’arriver la jeune Layla Beck. Elle est chargée d’écrire un livre sur l’histoire de cette ville, commandé auprès de l’agence gouvernementale pour laquelle elle travaille. Elle est hébergée chez la famille Romeyn et partage la vie de Jottie, de ses frères et sœurs et de ses deux nièces Bird et surtout Willa, 12 ans. La famille Romeyn a été autrefois propriétaire de la manufacture de chaussettes de la ville et tenait au sein de la société macédonienne une place de premier rang, place qu’elle a perdu au lendemain d’un mystérieux incendie.

La jeune Willa, curieuse d’en apprendre davantage sur l’histoire de sa famille, décide de se mettre en quête d’informations qui lui permettront de reconstituer le puzzle et de percer les secrets des adultes auxquels elle ne devrait peut-être pas s’intéresser de trop près.

« Je n’étais peut-être pas du tout la confidente de Jottie, en fin de compte. Peut-être que je m’étais bercée d’illusions. Je réfléchis un instant. Cet homme à la parade, M. McKubin, celui qui avait fait rougir Jottie: elle ne m’avait rien confiée sur lui. Elle n’avait même pas répondu à ma question à son sujet : la vue de Mlle Kissining l’avait distraite. Sauf que – je la regardais les yeux écarquillés- peut-être qu’elle n’avait pas été distraite du tout : peut-être qu’elle l’avait évoquée pour me distraire !

Ça alors !

A bien y réfléchir, toute cette matinée avait été ponctuée de silences. De mystère même. Une bonne chose que ce vieux Félix ne soit pas là. Qu’est-ce que ça signifiait? Et M. Russell – pourquoi s’était-il mis en colère quand il avait appris que mon père était en voyage? Et qui était cette nouvelle pensionnaire qui travaillait pour le gouvernement? Les mystères abondaient, mais le plus mystérieux dans tout cela, c’était que Jottie ne m’avait parlé d’aucun d’eux.

J’avais été dupée.

Moi qui pensais être sa conseillère, la personne en qui elle avait confiance, la dépositaire de ses pensées les plus intimes. C’était faux. J’avais été trompée, tenue à l’écart. Endormie, écartée. Mais c’était terminé ! Je résolus de changer. Là, à cet instant précis, je pris solennellement la décision d’être attentive à tout ce qui m’entourait et de m’appliquer à découvrir toutes les vérités que les adultes essayaient de me cacher. Je saurai tout ce qu’il y a à savoir, me promis-je intérieurement. J’irai au fond des choses. A dater de tout de suite. « 

On retrouve, dans ce roman, la patte d’Annie Barrows et la peinture, savoureuse à souhait, à la fois drôle et juste, de personnages aussi vrais que natures :  des notables de Macédonia aux ouvriers de la manufacture, en passant par les commères de la ville. L’intrigue, que l’on suit sur les pas de la jeune Willa, est bien ficelée avec des rebondissements et l’on s’attache à la figure féminine de ce roman, Jottie, qui nous interroge, entre les lignes, sur la condition des femmes à la fin des années 30.

« Avant qu’elle eût le temps de la réprimer, une pensée s’imposa à elle : si Willa avait un père comme Sol, elle n’aurait plus jamais rien à craindre. Et, plus impensable encore : si je l’épousais, je pourrais assurer sa sécurité. C’était une pensée choquante. Grisante. Ça voulait dire aussitôt la respectabilité, la délivrance du passé. Les préparations pour crèmes instantanées pour pudding, se gaussa-t-elle toute seule. Ça ne va pas être simple d’épouser quelqu’un à qui tu ne parles plus depuis dix-huit ans. […] Elle soupesa cette possibilité tandis que Sol s’éloignait de son pas tranquille. 

Non.

Et pourquoi pas? Elle avait compté pour lui autrefois. […] Imagine-toi mariée à Sol. La vie serait si facile. Repasser des chemises et offrir des tasses de café, rien de plus, rien de compliqué. Et en échange : une condition honorable, le charme sans fard de l’irréprochabilité, la sécurité pour toujours et à jamais, amen. Jottie se peignait tout cela avec les couleurs de l’envie : Willa et Bird, le balancement de leurs jupes immaculées alors qu’elles gravissaient les marches d’une terrasse fraichement repeinte, insouciantes, ignorantes. Et elle, à la porte, une assiette de cookies dans sa main tendue, avec son sourire simple, franc, et rien à ajouter à ce tableau ni à y soustraire. Les filles s’en sortiront, se dit-elle sans grande conviction ; je suis membre d’un club non? »

Un gros roman, foisonnant de personnages drôles et attachants, avec leurs part d’ombre et de lumière, en bref d’humanité. On vous recommande cette lecture. ♥ ♥

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