Le sentier poétique des amis des bords du Gave

Mardi 31 octobre

Alors que les enfants se préparent à fêter les sorcières et les monstres et à manger des tonnes de bonbons aux couleurs pop, je préfère vous inviter à  un peu de rêverie en vous faisant découvrir un sentier poétique et parfumé à proximité des bords du Gave d’Oloron à Sauveterre de Béarn. Vous me direz, c’est un bien joli port de pêche? Peut-être qu’effectivement, c’est un endroit peu connu mais qui, pourtant, mérite le détour.

Cette cité médiévale renferme des petits trésors et en descendant l’escalier depuis la ville vers le Gave et le Pont de la Légende, on découvre, entourés de petites fleurs et d’herbes en tout genre, les mots de poésie qui sont autant de pauses sur le chemin…

Sauveterre

G. de Nerval

Et parce qu’en ce 31 octobre, on aime quand même raconter aux enfants des histoires qui font peur et remplies de mystère, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager la légende du Pont de Sauveterre.

Mille cent soixante dix, ce fut terrible année, 

Ecoutez la légende du vieux pont Béarnais…

L’infante Léofas, Sancie la navarraise

A perdu son époux en terre béarnaise.

Gaston V de Béarn s’en est allé vers Dieu

Au paradis des preux, rejoindre ses aïeux.

Leur enfant nouveau-né, difforme en tout son corps

A son tour est frappé par la cruelle mort.

La médisance alors se donne libre cours :

Elle a tué son fils en lui donnant le jour !

Et la colère gronde, la raison s’égare,

Les barons aussitôt, appellent de Navarre

Le roi Sanche son frère : « Sancie, sur le pont Vieux

Devra subir par l’eau, le jugement de Dieu ! »

O ! la terrible épreuve… Sont venus par milliers

la voir en robe blanche, les pieds, les mains liés.

Soudain, du haut du pont est projetée Sancie !

Un effroyable cri et puis c’est le silence…

L’onde comme un linceul avec indifférence

S’est refermée bien vite sur sa proie.

L’angoisse étreint chacun et le remplit d’effroi.

Se glissent alors dans les cœurs et le doute et la peur,

Sinistres anges noirs de mort et de malheur.

C’est alors tout à coup dans l’écume des flots

Qu’une forme a surgi, soulevée par les flots.

A trois portées de flèches, elle atteint le rivage,

Et chacun reconnaît le douloureux visage !

Eclate alors la joie : Sancie est bien vivante !

Hosanna, Sancie est innocente !

Sancie fit un manteau de pierreries

Brodé de longs fils d’or pour remercier Marie.

Elle l’offrit à notre dame du vieux Rocamadour.

Passe, passe le temps, mais nous chantons toujours

La justice rendue dans la cité ibère

Et la belle légende du pont de Sauveterre.

pont de la légende2

pont de la légende

 


Muffins aux pépites de chocolat

Dimanche 29 octobre

muffins aux pépites de chocolatEn ce dimanche, le temps, bien maussade,  nous rappelle que nous sommes à la fin du mois d’octobre. Nous avons retardé la grande aiguille de l’horloge et ce soir il fera nuit plus tôt comme pour nous dire que l’automne est bien installé et qu’il est temps, bientôt, de rallumer le feu dans la cheminée. On va ressortir notre kit Hygge : chaussettes, couvertures, bougies et bouquins et prendre nos chats sur nos genoux pour nous réchauffer davantage.

Et pour compléter ce moment cocooning,  je vous propose une recette de muffins gourmands aux pépites de chocolat.

  • Dans un saladier, mélangez 150g de farine, 1 sachet de levure chimique et 120g de sucre
  • Ajoutez 3 œufs et quelques gouttes d’arôme naturel de vanille
  • Faites fondre 100 g de beurre et versez le ensuite dans la préparation
  • Complétez la préparation en ajoutant 100g de pépites de chocolat
  • Mélangez bien l’ensemble et versez dans des moules à muffins
  • Faites cuire à four chaud 180° pendant 20 minutes
Réglisse
Réglisse, la minette de Franck et Alexandra

Réglisse 2

« Rêvons, c’est l’heure. »

Paul Verlaine

Les passeurs de livres de Daraya

Jeudi 26 octobre

les passeurs de livres de Daraya

Aujourd’hui, je souhaiterais vous faire partager un livre que j’ai découvert en regardant mon émission préférée, La Grande Librairie de François Busnel. Il s’agit du dernier livre de Delphine Minoui, qui est grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient, Les passeurs de livres de Daraya – une bibliothèque secrète en Syrie. 

Daraya est peu connue de nous occidentaux, mais elle a subi entre 2012 et 2016 un siège d’une rare violence, imposé par le régime de Damas pour combattre la rébellion de ceux qui aspiraient à plus de démocratie. Les habitants de cette  ville ont subi les bombardements, les attaques chimiques, la faim et la mort de leurs proches. Dans cette ville où les êtres humains ressemblent à des ombres, un groupe de jeunes révolutionnaires pacifistes de la première heure, exhument des ruines, des livres, ouvrages en tout genre, et les rassemblent dans un sous-sol pour créer une bibliothèque. Ils s’y retrouvent entre deux attaques, ils ouvrent avec les livres des fenêtres sur le monde qui malheureusement les oublie. Pétris d’idéaux, ces jeunes vont raconter à Delphine Minoui à travers des liaisons Skype souvent bien précaires, l’enfer de leur quotidien mais aussi la force qu’ils trouvent pour ne pas céder à la barbarie et préserver leurs idéaux.  La culture devient alors comme un rempart contre l’oppression et l’horreur. Quand il ne reste plus rien, quand le quotidien est cauchemardesque et que l’inhumain est omniprésent, la lecture apparaît comme le dernier fil auquel se raccrocher, comme un étendard brandi pour crier sa liberté et son humanité.  C’est un livre poignant qui nous obligent à regarder notre impuissance en face et à ne pas détourner nos regards…

« Istanbul, 15 octobre 2015

L’image est singulière. Un cliché énigmatique, sans trace de sang ni de balles, échappé de l’enfer syrien. Deux hommes de profil, entourés de murs de livres. Le premier se penche sur un ouvrage ouvert en son milieu. Le second sonde des yeux une étagère. Ils sont jeunes, la vingtaine, veston de sport jeté sur les épaules pour l’un d’eux, une casquette vissée sur la tête pour l’autre. Dans ce huis clos sans fenêtre, la lumière artificielle qui balaie leur visage accentue l’incongruité de la scène. Comme une fragile respiration dans les interstices de la guerre.

Ce cliché m’interpelle. Je l’ai découvert par hasard sur Facebook, à la page « Humans of Syria », un collectif de jeunes photographes syriens. Je lis la légende : elle évoque une bibliothèque secrète au cœur de Daraya. Je répète à voix haute : une bibliothèque secrète à Da-ra-ya. Les trois syllabes s’entrechoquent. Daraya, la rebelle. Daraya, l’assiégée. Daraya, l’affamée. « 

« Comment raconter de qu’on ne voit pas, ce qu’on ne vit pas? Comment ne pas tomber dans le travers de la désinformation, dont Assad est loin d’avoir le monopole? Au-delà des ouvrages qu’ils feuillettent, quel projet politique ces jeunes portent-ils? Sont-ils des soldats de l’islam, comme le régime veut nous en convaincre? Ou de simples militants qui refusent la soumission? D’Istanbul, je calcule la distance qui me sépare de Daraya : mille cinq cent kilomètres. D’Istanbul, j’étudie les mille et un moyens d’y accéder. En vain. Depuis un dernier voyage à Damas en 2010, lorsque j’habitais Beyrouth, je n’ai jamais décroché de visa de presse pour la capitale syrienne. Et, si j’y parvenais, comment accéder à sa banlieue assiégée? En cet automne 2015, même les Nations Unies ont échoué à y acheminer la moindre aide humanitaire. Existe-t-il un tunnel, un chemin de traverse, un sentier clandestin? Au bout du fil, Ahmad me confirme que tous les accès sont bouchés. Reste la brèche de Moadamiya, sa voisine, empruntée par les plus téméraires. Mais la traversée se fait de nuit, sous la menace des snipers et des obus.

Faut-il pour autant enterrer cette histoire à cause du rideau de fer imposé par la force? Se contenter d’être les témoins impuissants d’une barbarie sans pareil qui se déroule en direct sur nos téléviseurs?

Ouvrir les yeux sur une ville qui se donne à voir à travers un écran d’ordinateur, c’est prendre le risque d’écorcher la réalité. Fermer les yeux, c’est la condamner au silence. Bachar al-Assad a voulu mettre Daraya entre parenthèses, entre crochets. J’aimerais lui ouvrir les guillemets. Faire défiler d’autres images que ce premier cliché. S’il faut se contenter de dessiner la silhouette d’une ville interdite, je suis prête à prendre le risque de tracer des lignes imparfaites. Quand toutes les portes se ferment à double tour, ne reste-t-il pas, justement, les mots pour raconter?

Écrire, c’est recoller des bouts de vérité pour faire entendre l’absurdité. Quelques jours plus tard, je rappelle Ahmad pour lui faire part de mon dessein, anxieuse de connaître sa réponse. Au bout de la ligne Skype, il y a d’abord une long silence. Je répète ma question :

_ J’aimerais écrire un livre sur la bibliothèque de Daraya.

Soudain, un brouhaha métallique envahit la ligne. Ce projet doit lui paraître bien dérisoire dans cette nuit de menace et d’effroi qui se répète à l’infini. Une fois passée la tempête d’acier, sa voix refait surface :

_ Ahlan wa sahlan ! (Bienvenue!)

A sa phrase empreinte d’enthousiasme, je souris derrière l’écran. Ahmad sera mon guide. Je serai son oreille attentive. Et je lui fais une promesse : qu’un jour, ce livre, le leur, rejoindra les autres volumes de la bibliothèque.

Il sera la mémoire vivante de Daraya. »

Daraya
Abu Malik al-Shami – fresque murale Daraya

Le monde enchanté du Rivau

Dimanche 22 octobre

chateau du rivau

Nos petits bambins débutent leurs vacances et l’on commence à se creuser les méninges pour trouver quelques idées de sortie. Alors je vous livre l’un de mes coups de cœur de notre belle région : Le château du Riveau à Lémeré près de Chinon.

Cette bâtisse, de style médiéval, renaissance, n’est pas l’une des plus connues de la vallée de la Loire. Pourtant ce domaine est un vrai petit bijou qui vaut surtout le détour pour ses jardins qui rivalisent avec les plus beaux décors de conte de fées.  Son jardin botanique qui présente un conservatoire des roses parfumées et un conservatoire des légumes anciens,  est classé Jardin Remarquable par le Ministère de  la Culture…

fleurs Rivau

roses rivau

Rien de tel que de flâner dans ces jardins, de découvrir avec surprise que le Petit Poucet y a oublié ses bottes de sept lieues, de se perdre dans le labyrinthe d’Alice et d’observer le Paon, au bout de l’allée des fées, admirer son reflet dans le miroir en pensant à celui, svelte et gracieux, de Marcel Aymé et de ses contes du chat perché…

paon Rivau

bottes 7 lieues

Pour les enfants, des activités sont proposées pendant les vacances scolaires. Ils pourront apprendre à sculpter une citrouille cueillie dans le potager de Gargantua ou devenir le héro ou l’héroïne d’un conte de fées en chaussant les habits, le temps d’une visite, le costume de la belle aux bois dormant ou d’un chevalier de la Table Ronde… ♥♥♥

garde Alice

« Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? »

Lewis Carroll

 

Les chats de hasard

Mardi 17 octobre

les chats de hasard

Un soir de février 2016, une petite minette est entrée pour quelques semaines dans la maison d’Elsy et de sa petite famille avant d’être adoptée par une autre famille qui pouvait en prendre soin malgré sa maladie. Elle fût un chat de hasard, une belle rencontre féline, une boule de douceur et de tendresse. Une intrusion heureuse dans une vie, comme Anny Duperey l’a décrite dans son livre Les chats de hasard :

« Il m’est venu l’envie d’écrire un livre doux. Pas vraiment sur les bêtes mais plutôt autour, à propos des rapports que nous avons avec certaines d’entre elles. Pourquoi avons-nous une telle faim de leur tendresse, de leurs qualités particulières?

Envie de rendre hommage, aussi, à ces personnes animales rares qui accompagnent parfois un temps notre existence et y apportent paix et simplicité. « 

Pour les amoureux des chats, ce livre auto-biographique raisonnera avec votre vécu et votre ressenti à toutes les pages.  Anny Duperey y décrit avec beaucoup de sensibilité l’attachement qui peut lier un être humain à son compagnon à quatre pattes. Elle décrit très justement comment en aimant les chats, on finit par se retrouver en eux…

« Les gens qui aiment les chats évitent les rapports de force. Ils répugnent à donner des ordres et craignent ceux qui élèvent la voix, qui osent faire des scandales. Ils rêvent d’un monde tranquille et doux où tous vivraient harmonieusement ensemble. Ils voudraient être ce qu’ils sont sans que personne ne leur reproche rien.

Les gens qui aiment les chats sont habiles à fuir les conflits et se défendent fort mal quand on les agresse. Ils préfèrent se taire, quitte à paraître lâches. Ils ont tendance au repli sur soi, à la dévotion. Ils sont fidèles à des rêves d’enfant qu’ils n’osent dire à personne. Ils n’ont pas du tout peur du silence. Ils ne s’arrangent pas trop mal avec le temps qui passe, leur songe intérieur estompe les repères, arrondit les angles des années.

Les gens qui aiment les chats adorent cette indépendance qu’ils ont, car cela garantit leur propre liberté. Ils ne supportent pas les entraves ni pour eux-mêmes ni pour les autres. Ils ont cet orgueil de vouloir être choisis chaque jour par ceux qui les aiment et qui pourraient partir librement, sans porte fermée, sans laisse, sans marchandage. Et rêvent bien sûr que l’amour aille de soi, sans effort, et qu’on ne les quitte jamais. Ils ne veulent pas obtenir les choses par force et voudraient que tout soit donné.

Les gens qui aiment les chats, avec infiniment de respect et de tendresse, auraient envie d’être aimés de la même manière – qu’on les trouve beaux et doux, toujours, qu’on les caresse souvent, qu’on les prenne tels qu’ils sont, avec leur paresse, leur égoïsme et que leur seule présence soit un cadeau.

Dans le doute de pouvoir obtenir pour eux-mêmes un tel amour, ils le donnent aux chats. Ainsi cela existe. Ça console.

Les gens qui aiment les chats font une confiance parfois excessive à l’intuition. L’instinct prime la réflexion. Ils sont portés vers l’irrationnel, les sciences occultes. Ils mettent au-dessus de tout l’individu et ses dons personnels et sont assez peu enclins à la politique. Les tendances générales, les grands courants, les mouvements d’opinion, les embrasements de foule les laissent aussi circonspects que leur animal devant un plat douteux. Et si leur conviction les pousse à s’engager, une part d’eux-mêmes reste toujours observatrice, prête au repli, dans son territoire intime et idéaliste, toujours à la frange, comme leurs compagnons, d’un pacte avec la société et d’un retour vers une vie sauvage dans l’imaginaire.

Les gens qui aiment les chats sont souvent frileux. Ils ont grand besoin d’être consolés. De tout. Ils font semblant d’être adultes et gardent secrètement une envie de ne pas grandir. Ils préservent jalousement leur enfance et s’y réfugie en secret derrière leurs paupières mi-closes, un chat sur les genoux.

_ A quoi penses-tu?

_ A rien…

_ Tu ne dis rien. Tu es triste?

_ Oh non!

_ Tu es fatigué?

_ Non, je rêve, c’est tout.

Enfin, j’ai cru remarquer que les gens qui aiment les chats étaient souvent ainsi…

J’aime les chats. »

Kali 2
Mamba-Kali, un chat de hasard

Mamba fauteuil

« Si sage et sereine que je parvienne à devenir un jour, je ne peux m’empêcher d’espérer que je trouverai encore une fois sur ma route, comme une magique surprise, un chat de hasard, une petite bête qui tombera dans ma vie comme un cadeau du sort. Même si je dois l’attendre longtemps, je l’espère. Même s’ils doit être le dernier, celui de la vieillesse, celui de l’étape finale vers une ultime reconnaissance peut-être, qui sait… Qui sait? »

Le jardin des idées

Dimanche 15 octobre

Le jardin des idées

Aujourd’hui, malgré une douce chaleur digne d’une fin d’été, c’était la fête de l’automne à La Gloriette, l’occasion d’aller flâner dans le potager expérimental et pédagogique autour des plantes aromatiques et autres légumes peu connus comme l’aubergine africaine.

Pour célébrer l’automne, plusieurs exposants étaient réunis et proposaient un jus de pomme bio fraichement pressé, des petites bouchées à la châtaigne ou des fouées garnies de fromage de chèvre et de miel. On pouvait aussi acheter quelques légumes méconnus aux formes rondes et colorés, aux noms qu’on aurait dit sortis d’un conte pour enfant : la Sucrine du Berry,  la Courge Spaghetti, le Pâtisson ou la Melonnette  Jaspée de Vendée… De quoi se régaler de soupes et de purées un peu originales.

Courges d'HalloweenCourges

Et, pour fêter l’automne à sa façon, Elsy a réalisé  une nouvelle recette de gâteau  à base de pommes, le fruit incontestable de l’automne. Je vous la partage :

  • Faites fondre 120 g de beurre
  • Mélangez 3 œufs et 120 g de sucre roux
  • Ajoutez le beurre fondu, 180 g de farine, 1/2 sachet de levure et une petite cuillerée de cannelle en poudre
  • A la préparation, ajoutez 40 g de noisettes, 20 g de raisins secs et 2 pommes épluchées et coupées en petits morceaux
  • Faites cuire à four chaud à 180° pendant 20 mn

C’est un gâteau délicieux pour le petit déjeuner ou le goûter.

gâteau d'automne

« On voit ces choses en passant (même si la main tremble un peu, si le cœur boite), et d’autres sous le même ciel : les courges rutilantes au jardin, qui sont comme les œufs de soleil, les fleurs couleur de vieillesse, violette. Cette lumière de fin d’été, si elle n’était que l’ombre d’une autre, éblouissante, j’en serais presque moins surpris. »

A la lumière d’hiver Philippe Jaccottet

 

Apprivoiser?

Samedi 7 octobre

« C’est alors qu’apparut le renard :

« Bonjour dit le renard.

_ Bonjour répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne dit rien.

_ Je suis là, dit la voix sous le pommier…

_ Qui es-tu? dit le petit prince. Tu es bien joli…

_ Je suis un renard dit le renard.

_ Viens jouer avec moi lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…

_ Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.

_Ah! pardon » fit le petit prince.

Mais après réflexion  il ajouta :

_ Qu’est-ce que signifie « apprivoiser »?

_ Tu n’es pas d’ici, dit le renard, que cherches-tu?

_ Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser »?

_ Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant! Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?

_ Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser »?

_ C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… ».

_ Créer des liens ?

_ Bien sûr dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde….

_ Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur… je crois qu’elle m’a apprivoisé…

_ C’est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses…

_ Oh ! ce n’est pas sur la Terre », dit le petit prince.

Le renard parut très intrigué :

« Sur une autre planète?

_ Oui.

_ Il y a des chasseurs sur cette planète-là?

_ Non.

_ Ça, c’est intéressant ! Et des poules?

_ Non.

_ Rien n’est parfait », soupira le renard.

Mais le renard revint à son idée :

« Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis, regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais, tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé… »

Vous aurez sans doute reconnu un extrait du livre d’Antoine de Saint Exupéry,  Le Petit Prince, qu’Elsy a relu cette semaine en pensant à un ami d’enfance qui collectionne les livres du Petit Prince dans toutes les langues. C’est une belle collection je trouve, originale et pleine de poésie. Elle mêle la philosophie du Petit Prince et le voyage…

C’est un vrai plaisir de redécouvrir les mots lus dans l’enfance et de se laisser bercer par le charme de ce conte et des dessins. A relire avec vos enfants, blottis dans le canapé, tout en papouillant un gros matou qui vous a apprivoisé…

Le petit prince et le renard

 

 

Calme et attentif comme une grenouille

Mardi 3 octobre

calme et attentif comme une grenouille

Cela fait maintenant un bon mois que nos bambins ont repris le chemin de l’école. L’automne avance,  les prochaines vacances sont encore loin et l’on commence à sentir la fatigue poindre son nez sous les yeux de nos prunelles. Il faut dire qu’ils ont souvent la vie dure nos petits loulous et leurs emplois du temps sont souvent bien plus chargés que les nôtres. Une vie rythmée par les apprentissages à l’école, au sport ou à la musique et nos injonctions de parents pour que la chambre soit rangée, les dents brossées et les heures de coucher respectées… tout cela laisse bien peu de place à l’ennui, la rêverie et l’envie d’imagination.

Alors aujourd’hui, je voulais vous faire partager un ouvrage qui vous permettra, à vous et votre enfant, de renouer avec le lâcher prise, l’attention à soi, le calme et l’oubli de l’efficacité et de la performance permanente…

Il s’agit du livre d’Eline Snel Calme et attentif comme une grenouille.

Elise Snel est thérapeute aux Pays-Bas. Elle a mis au point une méthode de méditation adaptée aux enfants qui, dans son pays, est suivie par le corps enseignant. Dans son livre, elle présente plusieurs exercices à réaliser avec les enfants pour leur apprendre à prendre pleinement conscience de leur corps tout en chassant les pensées négatives. Ainsi, rien de tel que de ranger ses soucis et préoccupations dans la « boite à ruminations » avant d’aller se coucher ou de consulter sa météo personnelle en se levant le matin. Un exercice de respiration pour penser à l’arbre à souhaits permet de se repositionner face au monde et aux autres.

Le livre est accompagné d’un CD dans lequel Sara Giraudeau explique aux enfants, de sa voie douce et posée, le secret de la chambre du cœur et le moyen de trouver le refuge où l’on se sent en sécurité.

« Les enfants sont naturellement curieux. Ils ont envie d’apprendre. Ils restent facilement en contact avec le moment présent. Ils savent bien faire attention. Toutefois, comme les adultes, ils sont souvent stressés, fatigués, vite distraits, inquiets. Beaucoup d’entre eux font trop de choses et ne sont pas suffisamment. Ils deviennent déjà grands alors qu’ils n’ont pas vraiment été des enfants. Socialement, émotionnellement, en famille, et à l’école, ils ne savent plus où donner de la tête. Ajoutez à cela tout ce qu’ils doivent apprendre et mémoriser. C’est énorme. Le bouton « marche » fonctionne, mais où se trouve le bouton « pause »?

En s’exerçant à être attentif et consciemment présent, les enfants apprennent à s’arrêter, à reprendre leur souffle et à sentir ce dont ils ont besoin dans l’instant présent. Ils peuvent alors débrancher le pilote automatique. Ils perçoivent mieux les impulsions pour ce qu’elles sont. Ils apprennent à accepter qu’il y ait dans la vie des choses qui ne sont pas agréables, pas cool. Ils apprennent à y accorder de l’attention, une attention bienveillante. Ils apprennent à ne pas dissimuler. Cela leur permet de comprendre leur monde intérieur et celui des autres. « 

Ce livre est un bon outil pour faire de nos petits bambins de vrais grenouillettes et grenouillots avant qu’ils ne prennent leur envol pour devenir des princesses et des princes charmants…

« La grenouille est un curieux animal. Elle peut faire des sauts énormes, mais elle peut rester très tranquille. Elle remarque tout ce qui se passe autour d’elle, mais elle ne réagit pas à chaque fois. Elle respire et se tient tranquille. Comme cela, la grenouille ne se fatigue pas et ne se laisse pas entraîner par toutes sortes d’idées qui lui passent par la tête. Elle reste calme. Elle est complètement calme pendant qu’elle respire. Son ventre gonfle et dégonfle, il va et vient. »

grenouille

“Je compare la vie aux cordes d’un instrument de musique, qu’il faut tendre et relâcher pour qu’elles rendent un son plus agréable.”

Démophile