Feuille rousse, poires et châtaignes

Mercredi 29 novembre

gateau poires chataigne

Aujourd’hui, je voulais partager avec vous une recette de gâteau d’automne à la poire et à la farine de châtaigne. Délicieusement sucré et parfumé comme une balade en forêt.

Pour réaliser le gâteau :

  • Dans un saladier, mélangez 200 g de farine de châtaigne, 3 œufs, 100 ml de lait et 1 sachet de levure
  • Faites fondre 120 g de beurre,  ajoutez-y 100 g de sucre roux et versez le tout dans le saladier
  • Coupez en petits morceaux 2 belles poires bien mûres et mélangez les délicatement à la préparation
  • Versez le tout dans un moule préalablement beurré et faites cuire pendant 30 minutes
  • Selon vos goûts, vous pouvez ajouter un peu d’extrait de vanille à la préparation

A déguster avec thé à la vanille ou au caramel ♥

Et comme nous sommes mercredi, je vous livre cette poésie pour les enfants

Feuille rousse, feuille folle

Feuille rousse, feuille folle
Tourne, tourne, tourne et vole !
Tu voltiges au vent léger
Comme un oiseau apeuré.
Feuille rousse, feuille folle !
Sur le chemin de l’école,
J’ai rempli tout mon panier
Des jolies feuilles du sentier.
Feuille rousse, feuille folle !
Dans le vent qui vole, vole,
J’ai cueilli pour mon cahier la feuille qui dansait.

Luce Fillol

 

arbre automne

 

Mistral perdu ou les événements

Dimanche 26 novembre

Mistral perdu

Aujourd’hui, je veux vous présenter un livre, véritable coup de cœur, que j’ai dévoré en un après-midi. Vous savez, ce genre de livre que l’on n’arrive pas à refermer, dans lequel on se plonge, où l’on se love comme dans une bulle et qui une fois refermé continue d’occuper nos pensées, comme si le rythme des phrases s’était imprégné dans notre esprit. Ce livre est celui d’Isabelle Monnin Mistral perdu ou les événements. Tout le monde connaît la célèbre chanson de Renaud, Mistral Gagnant, et les notes du piano qui chante le temps qui passe et s’envole avec lui les rires des enfants. Et bien le roman d’Isabelle Monnin raconte à sa façon les rires des enfants qui se sont envolés.

Ce récit quasi autobiographique débute à la fin des années 70 dans un village de province : il y a je et il y a elle, le double, deux sœurs très proches qui ne forment qu’un et que le destin finira pas séparer.

Isabelle Monnin raconte l’enfance de ces deux femmes qui grandissent dans une famille d’enseignants où les idées de la gauche constituent le socle des valeurs transmises aux enfants, comme un rempart rassurant et inébranlable. Pour elles, le futur ne peut être que radieux, plein d’espoir. Et puis au fur et à mesure, les certitudes s’ébranlent, le monde politique vacille en même temps que la vie apporte son lot de malheurs dont on se remet difficilement.  A travers son histoire, Isabelle Monnin retrace celle de toute une génération, celle née à la fin des années 70. Et si vous êtes de cette génération, vous ne pourrez pas rester insensible à ce récit qui fait resurgir les vieux souvenirs de l’enfance et de l’adolescence : les émissions de Michel Drucker le samedi soir, le minitel, Pierre Perret et sa chanson Lily, le TGV orange, les sacs US et les Adidas montantes, le Top 50, le mange-disque, les vinyles des parents (Brassens, Reggiani, Barbara, Léonard Cohen…).

« Nous sommes deux, nous sommes la vie à venir et nous décidons : elle sera comédienne et moi journaliste, à nous deux nous dirons la planète. Elle s’achète une casquette de Gavroche, ses yeux sont des calots noirs, j’ai l’impression qu’ils brillent d’une puissance mystérieuse. Nous imaginons sans cesse l’an 2000, il n’y a pas de crainte, juste l’excitation d’un monde amusant et nouveau. C’est une curiosité que nous avons, une fraîcheur d’avant la nostalgie. La téléportation aura été inventée, nous pourrons habiter le monde entier, la chance que ce sera, de tout connaître. Nous apprenons des termes, nous les aimons bien, ils sont le lexique du monde moderne, bye-bye Cognacq-Jay : prise péritel, serveurs, télécommande, connexion, VHS, forward, rewind, compact discs, décodeur…

La radio est le bruit de fond familial. Elle accompagne nos petits déjeuners (Albert Simon fait rouler les airs de la météo et papa l’imite : il fela beau sul le leste de la Flance), nos déjeuners (et notre mère préfère Europe 1 à France Inter qu’il remet toujours parce qu’il déteste la pub) nos goûters (c’est le Hit-Parade) et nos déplacements en voiture. Elle est la baie vitrée sur le monde, bien plus que la télévision, qu’on nous interdit presque toujours, sauf pour le journal (choc pétrolier, chômage, Afghanistan, Iran) et 7 sur 7 (Chirac, Mitterrand, Giscard). Aux fêtes de l’école, on fait jouer aux enfants de fausses publicités. Le dimanche soir, après être rentrés de chez les grands-parents, nous prenons un bain et dînons d’un chocolat chaud tartines de beurre devant Stade 2, des amis des parents sont là. Chaque jour, elle regarde en cachette Santa Barbara et se précipite jusqu’au poste de télévision pour le couper dès que nous entendons notre père faire trembler la porte du garage. Je passe des heures au téléphone, tirant le fil jusqu’au plus loin du couloir pour qu’on ne m’entende pas. A 20h30 (on dit huit heures et demie), après le journal télévisé, nous devons monter (sauf une fois où ils viennent nous chercher pour regarder un film, c’est La Grande Vadrouille). Avant de nous coucher nous nous retrouvons, salle de bains, chambres, c’est comme se parler à soi-même, il n’y a pas de barrière, pas d’autre, pas d’eux, ce ne sont pas des retrouvailles, plutôt une reconnexion. Nous sommes deux, le monde nous infuse et nous sommes un monde. »

Ce roman dit, enfin, les certitudes qui s’écroulent, la perte de sens, le sentiment d’impuissance et l’incompréhension ressenti face à l’expression la plus horrible de la haine quand des fanatiques tiraient sur nous dans une salle de concert ou devant un feu d’artifice  alors que nous regardions, plein d’émerveillement, les grands yeux de nos têtes blondes.

« Je suis nous, nous sommes une sidération et notre quartier prend une odeur de cimetière. Ils sont morts à quelques rues de là, en janvier d’abord, assassinés parce que dessinateurs, juifs ou policiers, puis en novembre encore, raflés de balles parce que paisibles en terrasse et au concert. Tu devrais voir ça, notre ville aux yeux rouges, ses pleurs silencieux sous les hurlements des sirènes. Tu devrais sentir ça, les fleurs sur le bitume, le froid qui dure longtemps, le souffle fétide de la peur sur les nuques. Nous avons marché, multitude entourant la place de la République comme une onde intense, et personne ne criait. Nous avons déposé des bougies, serré plus fort les mains de nos enfants, et personne ne hurlait vengeance. Nous ne savons pas quoi faire mais nous le faisons.

Nous étions les puissants, nous pensions le monde et le monde, nous disait-on, n’en aurait qu’une éternelle reconnaissance, nous étions les lumières et les coins obscurs n’attendaient que nos torches pour s’éclairer. Personne ne nous avait dit, sœurette, que l’ombre avait ses raisons suprêmes qui nous feraient vaciller aussi rapidement. Les enfants regardent une série américaine, ils disent Winter is coming et personne ne songe plus que c’est de la science-fiction. Tu n’auras pas connu cela, cet état de vulnérabilité fébrile qui prend le tout de nos vies, ce fatalisme comme seul moyen de ne pas faner d’angoisse. »

Le livre d’Isabelle Monnin est d’une émotion rare, les larmes montent yeux à bien des pages, sans doute parce qu’elles ouvrent les tiroirs de la nostalgie, parce qu’elles racontent la perte de l’autre qui marque à jamais notre chaire, parque qu’elles parlent de nous autant qu’elles nous parlent. Isabelle Monnin réussit avec une écriture concise et juste à faire s’entremêler les destins individuels et l’histoire collective. Ce livre, au-delà d’être une madeleine de Proust, est un hymne à la vie, empli de sensibilité qui touche au plus profond de nous même. ♥ ♥ ♥ ♥

Dalida by Ibrahim Maalouf

Samedi 25 novembre

Ibrahim Maalouf

Nouveauté musicale ce matin avec le dernier album d’Ibrahim Maalouf qui reprend les chansons de Dalida et invite dans cette aventure de nombreux artistes qu’on adore : Ben l’Oncle Soul, Alain Souchon, Mika, Mathieu Chedid…. Ibrahim Maalouf revisite, avec le son à la fois puissant et doucement sulfureux de la trompette, les tubes disco de Dalida pour les servir d’une manière totalement nouvelle avec des rythmes et sons jazz.

Elsy a eu vrai coup de cœur pour la reprise de Laisser moi danser par Izia où l’on découvre Ibrahim Maalouf au piano dans une chanson tout en mélancolie. Elle est vraiment magnifique. La trompette déploie toute sa puissance dans la reprise de Salma ya salama par Mika qui nous transporte dans des contrés lointaines. Enfin on fond littéralement pour le duo Mathieu Chédid et Monica Belluci qui rejouent Dalida et Alain Delon avec Paroles en lui redonnant une belle modernité. On pourrait pratiquement citer toutes les chansons tellement à chaque nouveau morceau on est exquisement surpris et emporté.

Un petit bijou musical avec de grands artistes à s’offrir ou à inscrire sur sa liste au Père Noël. ♥ ♥ ♥

C’est étrange, je n’sais pas ce qui m’arrive ce soir
Je te regarde comme pour la première fois
Encore des mots toujours des mots,
les mêmes mots
Je n’sais plus comment te dire
Rien que des mots
Mais tu es cette belle histoire d’amour
que je ne cesserai jamais de lire
Des mots faciles, des mots fragiles
C’était trop beau
Tu es d’hier et de demain
Bien trop beau
De toujours ma seule vérité
Mais c’est fini le temps des rêves
Les souvenirs se fanent aussi quand on les oublie
Tu es comme le vent qui fait chanter les violons et emporte au loin le parfum des roses…

 

Lectures d’automne

Mardi 21 novembre

achats 21 novembre

Rien de plus hygge,  en cette saison, que d’aller faire un tour en librairie et de revenir avec quelques romans à savourer au chaud. Elsy a choisi des lectures plaisir pour occuper les dernières semaines qui nous séparent des fêtes de fin d’année.

  • Y aura-t-il trop de neige à Noël ? est un recueil de nouvelles drôles et romantiques qui racontent des réveillons féériques
  • Joyeux suicide et Bonne année de Sophie de Villenoisy  nous emmène sur les pas de Sylvie, célibataire qui n’a plus de parents, qui compte peu d’amis et qui est décidée à mettre fin à ses jours. Mais une série d’imprévus la détourne de son funeste plan. Roman annoncé comme un antidote à la solitude, drôle et émouvant.
  • Il était une lettre de Kathryn Hugues. En 1973 à Manchester, Tina mène une vie triste auprès d’un mari violent et alcoolique en étant bénévole dans une association caritative. Un jour, en triant des vieux vêtements, elle découvre dans la poche d’un costume une lettre jamais ouverte ni postée. C’est une demande en mariage qui date de 1939. Tina décide de retrouver la destinataire de ce courrier. Roman sensible, émouvant, bouleversant.

Je dévore tout cela et je vous raconte prochainement…

En attendant, je vous livre un coup de cœur félin : un beau matou en robe d’hiver, très affectueux et bavard qu’Elsy croise souvent à proximité de la maison et qui se livre toujours à une séance de papouilles ♥♥♥

chat savoyard 3

 

 

« L’automne est un andante mélancolique et gracieux qui prépare admirablement le solennel adagio de l’hiver. »

George Sand

 

Envie de nature…

Dimanche 19 novembre

hérisson
Photo Mark Bridger

Un week-end bien gris encore et rien de tel pour se lover dans son fauteuil auprès du feu avec le dernier numéro de Simple Things, magazine dont je vous ai déjà parlé en février. Dans le numéro de novembre-décembre, de magnifiques photos d’animaux qui m’ont permis de découvrir un photographe britannique, Mark Bridger.

On craque littéralement devant ses clichés de hérisson, on reste sans voix devant la majesté des chouettes et des cerfs. La luminosité et les couleurs sont d’une rare perfection et l’on voudrait, l’espace d’un instant se poster au coin du bois pour saisir, nous aussi, le regard du renard ou  la beauté du martin pêcheur.

martin pêcheur
Photo Mark Bridger

 

 

A couple of red deer teenagers wandering around in the misty bracken
Photo Mark Bridger

Je vous conseille vivement d’aller découvrir son blog en savourant un thé bien chaud et un muffin aux fruits secs dont je vous livre la recette

muffins aux figues

 

  • Mélangez 150 g de beurre mou, 30 cl de lait, 300 g de farine, 1 sachet de levure chimique et 2 œufs
  • Ajoutez à la préparation une dizaine de figues séchées coupées en petits morceaux, des amandes effilées et quelques raisins secs
  • Versez dans des moules à muffins et faites cuire 20 minutes à 180°
chouette
Photo Mark Bridger
Slurping...
Photo Mark Bridger

« La nature seule est riche, et elle seule forme le grand artiste. »
Johann Wolfgang Goethe

 

Un doux pardon

Mardi 14 novembre

Un-doux-pardon

Je vous avais déjà parlé d’un livre de Lori Nelson Spielman Demain est un autre jour

Cet été, j’ai lu un autre livre de cette romancière : Un doux pardon. Une nouvelle lecture détente qui met de bonne humeur qui permet de marquer une pause dans le rythme bien stressant de notre existence. Quand on referme la dernière page, on se sent bien, plein d’énergie, boosté par ce récit positif.

Un doux pardon raconte l’histoire de Hannah Farr, célèbre animatrice télé qui reçoit, par la poste, deux pierres. Elles lui sont envoyées par Fiona Kowles, qui enfant, la martyrisait à l’école. A l’aide de ces pierres, elle vient lui demander pardon. Hannah doit lui renvoyer l’une de ces pierres pour lui signifier qu’elle accepte de lui pardonner et envoyer à quelqu’un, auprès de qui elle doit se faire pardonner quelque chose, la seconde pierre afin de poursuivre la chaine.

Renvoyer la pierre à Fiona Kowles est chose possible. Par contre, Hannah ne sait pas à qui elle pourrait envoyer la seconde pierre, même si en y réfléchissant bien et avec un peu d’introspection, elle aurait bien un pardon à solliciter, celui de sa mère. Pour autant, faut-il absolument faire ressurgir le passé? A quoi cela servirait-il? Hannah voit, avec ces deux pierres, basculer ses certitudes, remettre en question l’équilibre apparent de son existence sur le plan professionnel et sentimental. L’obligation faite à  Hannah de porter le regard vers son passé qu’elle avait enfoui sous des constructions mentales visant à la rassurer, va l’entrainer sur de nouvelles routes et lui faire ouvrir les yeux sur une vérité bien différente.

« Je jette la pierre sur ses genoux comme si elle était brûlante.

« Non, c’est trop tard pour pardonner. Il y a des sujets qu’il vaut mieux ne plus aborder. »

Et si mon père était encore vivant, il serait d’accord. « On ne peut pas faucher un champ quand il vient juste d’être labouré, répétait-il souvent. A moins d’avoir envie de rester embourbé. »

Elle prend une profonde inspiration. « Je te connais depuis que tu as emménagé ici. Hannah, une fille aux rêves immenses et au grand cœur. Je sais tout au sujet de ton incroyable père, la façon dont il t’a élevée seul depuis ton adolescence. Mais, tu as partagé si peu de choses à propose de ta mère, à part le fait qu’elle t’a préféré à son amant.

_Et je ne veux plus avoir le moindre contact avec elle. » Mon cœur s’emballe. Je suis furieuse que cette femme – que je n’ai pas vue et avec qui je n’ai pas parlé depuis plus d’une décennie – puisse encore avoir un tel effet sur moi. Le poids de la colère, j’imagine Fiona articuler.

« Ma mère a clairement présenté son choix.

_ Sans doute. Mais je pense que l’histoire ne s’arrête pas là. Excuse-moi. J’aurais dû te dire ce que j’en pensais il y a des années de ça. Ça m’a toujours travaillée. J’essayais peut-être de te garder pour moi toute seule » Elle cherche mes mains à tâtons et repose la pierre dans ma paume. « Il faut que tu fasses la paix avec ta mère, Hannah. Il est grand temps.

_ Tu n’as pas compris. J’ai déjà pardonné à Fiona Knowles. Cette deuxième pierre sert à demander le pardon, pas à l’accorder. »

Dorothy hausse les épaules. « Accorder son pardon ou le demander. Je ne crois pas que ces pierres du Pardon soient accompagnées d’une règle gravée dans le marbre. Le but est de restaurer l’harmonie entre deux personnes, non? « 

Je vous conseille cette lecture très plaisante entre introspection, rebondissements et personnages attachants. Et si en refermant le livre, vous vous disiez que vous avez peut-être, vous aussi, quelque chose à vous faire pardonner? Attention, ça peut chambouler la vie…!

Amaretti

Dimanche 12 novembre

Aujourd’hui, pour oublier la grisaille, le vent et l’humidité de ce triste mois de novembre, je vous propose de vous emmener faire un tour du côté de l’Italie en réalisant de petits gâteaux italiens : Les Amaretti.

La recette est très simple et rapide à réaliser.

  • Dans un saladier, mélangez 100 g de poudre d’amandes et 80 g de sucre glace et l’équivalent de 2 cuillères à café de maïzena
  • Ajoutez un blanc d’œuf et mélangez bien
  • Versez 2 cuillères à café d’Amaretto (liqueur d’amande) ou quelques gouttes d’extrait d’amande amère et mélangez la préparation
  • Sur une plaque de cuisson formez de petites boules que vous aplatirez sur le dessus
  • Déposez, si vous le souhaitez, une amande entière sur la boule et enfournez pendant 15 à 20 minutes à four préchauffé à 180°

Ces petits gâteaux moelleux sont à déguster avec un thé parfumé à la vanille ♥♥

Pour la ronronthérapie, je pense que vous craquerez forcément devant le bouille du petit Némo…

Némo
Némo, le chat de Delphine

« Le jour où la légèreté m’abandonnera, je crois que je m’abandonnerai aussi. »

Yasmina Reza

Dans la boite à livres du Croisic…

Dimanche 5 novembre

Lors des dernières vacances scolaires, Elsy , accompagnée de sa petite famille, est allée faire un tour au Croisic. L’occasion de profiter de l’air frais de la mer en faisant une grande balade tout le long des rochers. Et, petite découverte en fin de parcours, une jolie boite à livres façon cabane de plage qui renferme de vieux bouquins. Elsy y a trouvé Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny. Moment de nostalgie en repensant à cette lecture d’enfance et en retrouvant en tournant les pages les personnages familiers aux prénoms parfois tout droit sortis d’un autre âge :  Nicolas et ses copains Geoffroy, Clotaire, Eudes, Alceste et Rufus ainsi que la figure du Bouillon.  Quel plaisir de plonger dans le premier chapitre…

Un souvenir qu’on va chérir !

« Ce matin, nous sommes tous arrivés à l’école bien contents, parce qu’on va prendre une photo de la classe qui sera pour nous un souvenir que nous allons chérir toute notre vie, comme nous l’a dit la maîtresse. Elle nous a dit aussi de venir bien propres et bien coiffés.

C’est avec plein de brillantine sur la tête que je suis entré dans la cour de récréation. Tous les copains étaient déjà là et la maîtresse était en train de gronder Geoffroy qui était venu habillé en martien. Geoffroy a un papa très riche qui lui achète tous les jouets qu’il veut. Geoffroy disait à la maîtresse qu’il voulait absolument être photographié en martien et que sinon il s’en irait.

Le photographe était là, aussi, avec son appareil et la maîtresse lui a dit qu’il fallait faire vite, sinon, nous allions rater notre cours d’arithmétique. Agnan, qui est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse, a dit que ce serait dommage de ne pas avoir arithmétique, parce qu’il aimait ça et qu’il avait bien fait tous ses problèmes. Eudes, un copain qui est très fort, voulait donner un coup de poing sur le nez d’Agnan, mais Agnan a des lunettes et on ne peut pas taper sur lui aussi souvent qu’on le voudrait. La maîtresse s’est mise à crier que nous étions insupportables et que si ça continuait il n’y aurait pas de photo et qu’on irait en classe. Le photographe, alors, a dit : «Allons, allons, allons, du calme, du calme. Je sais comment il faut parler aux enfants, tout va se passer très bien.»

Le photographe a décidé que nous devions nous mettre sur trois rangs; le premier rang assis par terre, le deuxième, debout autour de la maîtresse qui serait assise sur une chaise et le troisième, debout sur des caisses. Il a vraiment des bonnes idées, le photographe.

Les caisses, on est allés les chercher dans la cave de l’école. On a bien rigolé, parce qu’il n’y avait pas beaucoup de lumière dans la cave et Rufus s’était mis un vieux sac sur la tête et il criait «Hou! Je suis le fantôme.» Et puis, on a vu arriver la maîtresse. Elle n’avait pas l’air contente, alors nous sommes vite partis avec les caisses. Le seul qui est resté, c’est Rufus. Avec son sac, il ne voyait pas ce qui se passait et il a continué à crier «Hou! Je suis le fantôme», et c’est la maîtresse qui lui a enlevé le sac. Il a été drôlement étonné, Rufus.

De retour dans la cour, la maîtresse a lâché l’oreille de Rufus et elle s’est frappé le front avec la main. « Mais vous êtes tout noirs », elle a dit. C’était vrai, en faisant les guignols dans la cave, on s’était un peu salis. La maîtresse n’était pas contente, mais le photographe lui a dit que ce n’était pas grave, on avait le temps de se laver pendant que lui disposait les caisses et la chaise pour la photo. A part Agnan, le seul qui avait la figure propre, c’était Geoffroy, parce qu’il avait la tête dans son casque de martien, qui ressemble à un bocal. «Vous voyez, a dit Geoffroy à la maîtresse, s’ils étaient venus tous habillés comme moi, il n’y aurait pas d’histoires.» J’ai vu que la maîtresse avait bien envie de tirer les oreilles de Geoffroy, mais il n’y avait pas de prise sur le bocal. C’est une combine épatante, ce costume de martien!

Nous sommes revenus après nous être lavés et peignés. On était bien un peu mouillés, mais le photographe a dit que ça ne faisait rien, que sur la photo ça ne se verrait pas.

«Bon, nous a dit le photographe, vous voulez faire plaisir à votre maîtresse?» Nous avons répondu que oui, parce que nous l’aimons bien la maîtresse, elle est drôlement gentille quand nous ne la mettons pas en colère. «Alors, a dit le photographe, vous allez sagement prendre vos places pour la photo. Les plus grands sur les caisses, les moyens debout, les petits assis.» Nous on y est allés et le photographe était en train d’expliquer à la maîtresse qu’on obtenait tout des enfants quand on était patient, mais la maîtresse n’a pas pu l’écouter jusqu’au bout. Elle a dû nous séparer, parce que nous voulions être tous sur les caisses.

«Il y a un seul grand ici, c’est moi!» criait Eudes et il poussait ceux qui voulaient monter sur les caisses. Comme Geoffroy insistait, Eudes lui a donné un coup de poing sur le bocal et il s’est fait très mal. On a dû se mettre à plusieurs pour enlever le bocal de Geoffroy qui s’était coincé.

La maîtresse a dit qu’elle nous donnait un dernier avertissement, après ce serait l’arithmétique, alors, on s’est dit qu’il fallait se tenir tranquilles et on a commencé à s’installer. Geoffroy s’est approché du photographe : «C’est quoi, votre appareil?» il a demandé. Le photographe a souri et il a dit : « C’est une boîte d’où va sortir un petit oiseau, bonhomme. Il est vieux votre engin, a dit Geoffroy, mon papa il m’en a donné un avec pare-soleil, objectif à courte focale, téléobjectif, et, bien sûr, des écrans… » Le photographe a paru surpris, il a cessé de sourire et il a dit à Geoffroy de retourner à sa place. «Est-ce que vous avez au moins une cellule photoélectrique? » a demandé Geoffroy. «Pour la dernière fois, retourne à ta place! » a crié le photographe qui, tout d’un coup, avait l’air très nerveux.

On s’est installés. Moi, j’étais assis par terre, a côté d’Alceste. Alceste, c’est mon copain qui est très gros et qui mange tout le temps. Il était en train de mordre dans une tartine de confiture et le photographe lui a dit de cesser de manger, mais Alceste a répondu qu’il fallait bien qu’il se nourrisse. «Lâche cette tartine! » a crié la maîtresse qui était assise juste derrière Alceste. Ça l’a tellement surpris, Alceste, qu’il a laissé tomber la tartine sur sa chemise. «C’est gagné », a dit Alceste, en essayant de racler la confiture avec son pain. La maîtresse a dit qu’il n’y avait plus qu’une chose à faire, c’était de mettre Alceste au dernier rang pour qu’on ne voie pas la tache sur sa chemise. «Eudes, a dit la maîtresse, laissez votre place à votre camarade. — Ce n’est pas mon camarade, a répondu Eudes, il n’aura pas ma place et il n’a qu’à se mettre de dos à la photo, comme ça on ne verra pas la tache, ni sa grosse figure. » La maîtresse s’est fâchée et elle a donné comme punition à Eudes la conjugaison du verbe : « Je ne dois pas refuser de céder ma place à un camarade qui a renversé sur sa chemise une tartine de confiture.» Eudes n’a rien dit, il est descendu de sa caisse et il est venu vers le premier rang, tandis qu’Alceste allait vers le dernier rang. Ça a fait un peu de désordre, surtout quand Eudes a croisé Alceste et lui a donné un coup de poing sur le nez. Alceste a voulu donner un coup de pied à Eudes, mais Eudes a esquivé, il est très agile, et c’est Agnan qui a reçu le pied, heureusement, là où il n’a pas de lunettes. Ça ne l’a pas empêché, Agnan, de se mettre à pleurer et à hurler qu’il ne voyait plus, que personne ne l’aimait et qu’il voulait mourir. La maîtresse l’a consolé, l’a mouché, l’a repeigné et a puni Alceste, il doit écrire cent fois:

«Je ne dois pas battre un camarade qui ne me cherche pas noise et qui porte des lunettes.» «C’est bien fait», a dit Agnan. Alors, la maîtresse lui a donné des lignes à faire, à lui aussi. Agnan, il a été tellement étonné qu’il n’a même pas pleuré. La maîtresse a commencé à les distribuer drôlement, les punitions, on avait tous des tas de lignes à faire et finalement, la maîtresse nous a dit : «Maintenant, vous allez vous décider à vous tenir tranquilles. Si vous êtes très gentils, je lèverai toutes les punitions. Alors, vous allez bien prendre la pose, faire un joli sourire et le monsieur va nous prendre une belle photographie!» Comme nous ne voulions pas faire de la peine à la maîtresse, on a obéi. Nous avons tous souri et on a pris la pose.

Mais, pour le souvenir que nous allions chérir toute notre vie, c’est raté, parce qu’on s’est aperçu que le photographe n’était plus là. Il était parti, sans rien dire.« 

Le petit Nicolas fait partie des classiques, des livres cultes découverts pendant l’enfance et qui nous ont forcément marqués. On adore le style, l’esprit potache, la simplicité et l’innocence de l’enfance. Le temps d’un instant, en relisant ce chapitre, on se revoit sur le banc de l’école, le jour de la photo de classe,  grimaçant parce qu’on avait le soleil dans les yeux et que l’on voulait, malgré tout, offrir au photographe notre plus beau sourire qui, au demeurant, témoignait du passage récent de la petite souris. Les filles étaient habillées de leur plus belle jupe plissée et d’un pull tricoté par maman et les garçons boule à zéro et la morve aux nez comme le chante Renaud, arboraient fièrement un sweat gris et vert sur un sous-pull bleu…

Un grand merci à la personne qui a déposé Le Petit Nicolas dans la boite à livres du Croisic! Un moment de lecture comme une madeleine de Proust ♥ ♥ ♥

photo-de-classe-pt-nicolas

 

Je voudrais une gaufre…

Dimanche 5 novembre

gaufre

Un dimanche de novembre bien froid, rien de tel  pour faire un peu de pâtisserie. Aujourd’hui, Elsy vous propose de manger quelques gaufres.

Pour une douzaine de gaufres :

  • Mélangez dans un saladier, 300g de farine, 1 sachet de levure chimique et 40cl de lait tiède
  • Faites fondre 100g de beurre et mélangez
  • Ajoutez 2 œufs et 1 sachet de sucre vanillée
  • Mélangez, à l’aide d’un batteur, l’ensemble afin qu’il n’y ait pas grumeau
  • Huilez les plaques de l’appareil à gaufres et recouvrez de pâte
  • Faites cuire pendant 5 minutes

Dégustez les gaufres chaudes avec du sucre glace, du chocolat fondu mélangé à quelques noisettes concassées, du sirop d’érable, de la pâte à tartiner…

Et on en profite pour se caler dans le canapé avec un bon bouquin près de Zou. Je crois que je vais commencer la lecture de La Drôle de vie de Zelda Zonk de Laurence Peyrin. Je vous raconterai…

Zou
Zou, le chat de Sébastien

« Un rêve sans étoiles est un rêve oublié »

Paul Eluard

A cause de la vie

Samedi 4 novembre

A cause de la vie

Lors d’un petit tour en librairie, au printemps, Elsy avait choisi un livre un peu singulier, un conte écrit par Véronique Ovaldé et illustré par Joann Sfar:

A cause de la vie.

Ce conte est un moment de lecture poétique qui plaira autant aux adultes qu’aux adolescents. Il s’ouvre sur un immeuble parisien rue Céleste-Cannard et l’adolescente « qui s’appelait Nathalie – comme trois ou quatre petites filles par classe en cette année 1984. D’où la nécessité, afin de ne pas se fondre dans la masse, de se choisir un autre nom. La petite Nathalie du cinquième étage du 12, rue Céleste-Cannard s’appelait, en vrai, Sucre de Pastèque. » Sucre de Pastèque est une adolescente pas trop bien dans ses baskets qui vit seule avec sa maman, entourées, depuis cinq ans, des cartons du déménagement qu’elle n’a pas le courage d’ouvrir.  Sucre de Pastèque aime la solitude, n’aime pas prendre l’air, aime écouter Cindy Lauper très fort sur son radiocassette et rêve qu’un prince charmant viendra la délivrer : « Il sera de la famille des Mefaireplusplaisir. »

Nathalie

 

Et comme pour troubler son ennui, un jour que Sucre de Pastèque est restée tranquillement dans l’appartement, avec sa « mélancolie maladive », un jeune garçon, Eugène, qui habite au sixième étage, vient sonner à sa porte pour lui demander de lui prêter une pompe à vélo. Commence alors entre Sucre de Pastèque et Eugène un jeu de cache cache et d’épreuves qui vient pimenter la vie de l’adolescente :  « Elle lui a dit : Délivre-moi. » « Mais cette fille pour lui c’est comme un perroquet exotique qui agiterait ses plumes luisantes. Il est si flatté qu’elle l’ait choisi, lui, le petit Eugène tout bègue, qu’il en rougit sur son couvre-lit. »

Eugène et Nathalie

A côté de l’histoire de Sucre de Pastèque et d’Eugène, Véronique Ovaldé dépeint la vie de cet immeuble parisien. Il y a Mademoiselle Poulichette et Madame Vertu-Lagache qui entretiennent une rancœur tenace depuis la guerre, il y a la concierge dans sa blouse en tergal, il y a les parents d’Eugène, Esclarmonde, sa mère qui est professeur de français dans un lycée de banlieue et son père qui est conseiller clientèle à la banque Durantin.

« Monsieur Lefèvre est un homme doux, sans grande ambition professionnelle, il cultive une forme d’humour difficile d’accès (il aime les charades), il est discret, il porte des pantalons en velours côtelé, des mocassins à glands et des cravates des années 1970 (qui ont un coté psychédélique sur ses chemisettes à carreaux que c’en est émouvant), il est inventeur, c’est ce qu’il demande à Eugène de mettre sur les petites fiches que celui-ci remplit au début de chaque année scolaire, PROFESSION DES PARENTS, et madame Lefèvre née Popincourt lui reproche de faire dire n’importe quoi à son fils, et elle conseille à Eugène d’écrire CONSEILLER CLIENTÈLE comme tout le monde. Il y a de petites crispations entre monsieur et madame Lefèvre mais rien de très grave, rien qui ne les empêche de vivre côte à côte. Il s’agit seulement de cet agacement affectueux qu’entretiennent les couples solides. »

Enfin il y a le chat du sorcier, Monsieur Ripolino…. qui descend les escalier « en soulevant très haut ses coussinets comme une danseuse étoile ».

Revisitant, avec humour et délicatesse le mythe du chevalier qui vient délivrer la belle princesse, Véronique Ovaldé et Joann Sfar livrent ici un conte à l’atmosphère un peu étrange,  à la lisère entre le réel et l’onirique. Un coup de cœur particulier pour les illustrations de Joann Sfar qui peint une Sucre de Pastèque filiforme, tout de bleu vêtue dans son peignoir Demonius, un diadème dans les cheveux. A lire avec vos enfants en cette fin de vacances scolaires pour rêver comme des adolescents… ♥ ♥

A cause de la vie 2