La Mer en hiver

Mercredi 24 janvier

La Mer en hiver

Difficile de trouver le soleil ces derniers temps. La grisaille et la pluie se sont installées sur notre Touraine et on aimerait bien un peu plus de luminosité. Vous me direz, c’est un temps à lire en mode Hygge!!

Alors, je vous propose aujourd’hui de vous parler d’un livre, qui malheureusement, ne vous apportera pas la chaleur puisqu’il se déroule sur les hautes falaises du nord de l’Écosse, battues par la pluie et le vent. Pour autant, je parie que vous n’arriverez pas à décrocher tant il contient tous les ingrédients pour en faire un roman coup de cœur : intrigue historique, secret, histoire d’amour et un soupçon de fantastique.

Il s’agit de La Mer en hiver, de la romancière canadienne Susanna Kearsley, ouvrage que je vous avais présenté dans mon article Lectures pour janvier.

La Mer en hiver raconte l’histoire de Carrie McClelland, auteure de romans historiques, qui décide de s’installer près des ruines du château de Slains dans le nord de l’Écosse pour y écrire son prochain livre. Elle a choisi de raconter comment, en 1708, un groupe de soldats français et écossais, soutenus par des nobles écossais, organise le retour du roi James Stewart, exilé en France, afin de reprendre son trône. Elle raconte aussi le destin de la jeune Sophia, qui vient s’installer chez une parente la comtesse d’Eroll au château de Slains après avoir perdu son oncle chez qui elle vivait.

Le récit alterne entre l’histoire contemporaine de Carrie McClelland qui noue des liens d’amitié avec une famille du village de Cruden Bay où elle réside et la romance historique de Sophia avec en toile de fond l’intrigue politique qui sourdre dans l’Écosse du début du XVIIIème siècle.

Depuis son arrivée près de Slains et au fur et à mesure que Carrie avance dans l’écriture de son roman, elle éprouve des sensations étranges, comme si elle connaissait déjà cet endroit, les chemins qui y mènent et les personnages de son roman auxquels elle donne vie. C’est comme si leur histoire ressurgissait du fin fond de sa mémoire.

« Nous descendîmes la colline par son flanc arrière et nous retrouvâmes dans la même rigole aux arbres enchevêtrés et au cours d’eau vif que j’avais traversée avec Jane, deux jours plus tôt. Il faisait plus sec ce jour là. Mes bottes étaient bien moins glissantes quand nous franchîmes le petit pont et gravîmes la pente jusqu’à arriver au sommet des falaises.

Devant nous se dressaient les longues ruines de Slains avec la grande tour carrée à l’extrémité, surplombant la mer, et je regardai les fenêtres pour essayer de déterminer lesquelles avaient été celles de Sophia. J’aurais aimé passer quelques minutes à l’intérieur du château, mais il y avait un autre couple qui marchait autour des murs ce matin là, des touristes bruyants qui ne cessaient de rire et l’atmosphère n’était pas la même. Graham devait ressentir la même chose car il ne ralentit pas et me suivit tandis que je tournais le dos à Slains pour repartir le long de la côte.

Je fus perturbée par ce nouveau tronçon de chemin. Pas par le sentier lui-même – il n’était vraiment pas si difficile pour quelqu’un habitué aux terrains accidentés -, mais par le fait que tout, autour de moi, le paysage entier, m’était familier. J’avais ressenti ces impressions de déjà-vu, comme presque tout le monde. Il m’était arrivé d’expérimenter le sentiment fugitif d’avoir déjà fait quelque chose, ou d’avoir déjà eu la même conversation. Mais cela n’avait duré qu’un instant. Je n’avais jamais connu cette sensation prolongée, qui s’apparentait à une certitude, que j’étais déjà venue à cet endroit. Que juste là, si je regardais à ma droite, je verrais le… »

Les deux récits, contemporain et ancien, alternent avec beaucoup de brio et s’entremêlent. On est surtout pris par les péripéties de l’aventure historique tout en étant plongé dans une sensation d’insécurité permanente quand on suit les pas de Sophia et de Carrie. A chaque instant, on s’attend à un rebondissement et l’on est totalement absorbé par l’intrigue historique des Jacobites ainsi que par la passion qui se noue entre Sophia et John Moray.

Pour les âmes « fleur bleue », ce roman est fait pour vous. Je l’ai dévoré, pris à la fois par le fil des événements historiques,  l’envie de savoir comment se terminera la relation entre Sophia et Moray et l’ambiance un peu fantastique qui saisit Carrie McClelland dans son exercice d’écriture, même si cette dimension n’était pas vraiment nécessaire à la qualité du récit.

Si vous êtes amoureux de l’Écosse, vous serez également transporté par la description des hautes falaises, de la mer, du ciel, par les éléments naturels et les paysages qui font le décor de ce récit.

« Elle s’enveloppa d’une couverture pour se protéger du froid et se leva, curieuses de découvrir la vue de sa fenêtre. Elle avait espéré des collines ou des arbres… bien qu’elle ne se rappelât pas avoir aperçu d’arbres à l’approche de la maison la veille. De fait, cette partie de l’Écosse semblait plutôt dépourvue de végétation à l’exception des ajoncs et des herbes hirsutes qui poussaient près de la mer. C’était peut-être le sel qui empêchait le développement de plantes plus délicates. 

Une autre violente bourrasque de pluie assaillit la fenêtre au moment où elle l’atteignait. L’espace d’un instant, elle ne vit rien du tout, puis le vent chassa l’eau en des ruisselets se déversant sur les côtés, lui découvrant alors le paysage.

La vue était inattendue et lui coupa le souffle. Elle voyait la mer et rien d’autre. Elle aurait très bien pu se trouver à bord d’un navire, à plusieurs jours de voyage d’une côte : rien que le ciel gris et les vagues fouettées par la tempête, s’étendant jusqu’à l’horizon obscur. La comtesse d’Eroll l’avait prévenue, au cours du dîner de la veille, que, par endroits les murs du château de Slains avaient été construits près des falaises, mais il semblait à Sophia que ces murs jaillissaient directement de la roche et qu’il ne pouvait rien y avoir au-dessous de sa fenêtre à part un simple mir de pierre au bord du précipice et, tout en bas, l’écume bouillonnante de la mer léchant les rochers.

Le vent précipita un autre torrent de pluie contre sa fenêtre. Elle fit alors demi-tour, se rapprocha du faible feu et sortit sa plus belle robe, faisant de son mieux pour se rendre présentable. Elle avait appartenu à sa mère et  était loin d’être aussi à la mode que celle que portait la comtesse la veille, mais la couleur bleu clair lui allait bien et, avec ses cheveux soigneusement peignés et attachés, elle se sentait plus à même d’affronter ce qui l’attendait.

Elle ne savait pas encore quelle serait sa place dans cette maison. Le sujet n’avait pas été abordé au dîner ; la comtesse s’était contentée de nourrir ses hôtes et de veiller à ce qu’ils ne manquent de rien avec une gracieuse hospitalité. Ce qui avait donné à Sophia l’espoir que cet endroit correspondrait bien à la promesse d’une maison heureuse et bienveillante.

Néanmoins, si la vie lui avait enseigné une chose, c’était qu’il ne fallait pas toujours compter sur les promesses Elle n’était pas à l’abri d’une amère déception. »

Un roman comme on les aime qui mêle suspense, l’Histoire avec un grand H, l’amour, dans un décor à couper le souffle. Un vrai coup de cœur!!  ♥♥♥♥

Slains_Castle_in_Cruden_Bay

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