Le chat

Dimanche 29 avril

Un dimanche pluvieux et gris aujourd’hui. Après de beaux jours de soleil et de chaleur où l’on se dit que notre planète a bien chaud, nous voilà revenus comme au mois de novembre. Seuls indices qui nous montrent bien que nous sommes à la veille du mois de mai, le joli mauve des glycines suspendus devant les maisons et l’éclat blanc des lilas dans les jardins.

Aujourd’hui, je voulais vous partager un beau poème de Charles Baudelaire qui célèbre le chat, leur mystère et leur beauté…

I

Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal (1857)

Ce poème est aussi l’occasion pour moi de rendre hommage au travail d’une association tourangelle qui ne ménage pas sa peine pour venir en aide à des chats cabossés, blessés, chassés, qui les recueille, les soigne et leur permet soit de finir tranquillement leurs vieux jours, soit de trouver une famille qui les adoptera et leur apportera l’amour qu’ils méritent : Félinpourl’autre 

Allez faire un tour sur le site Internet de l’association en cliquant ici

Vous y découvrirez de magnifiques matous, leurs histoires et surtout le dévouement de ceux qui les prennent en charge. Une belle leçon de vie et de respect pour l’animal.

 

« Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre. »

Claude Levi Strauss

Madame Pylinska et le secret de Chopin

Samedi 21 avril

Mme Pylinska

Ce beau soleil et la chaleur de ces derniers jours vous redonnent sans doute plein d’énergie pour savourer ce printemps qui se transforme en été. Les rosiers se remplissent de feuilles, les pruniers et les poiriers de fleurs, et le lilas commence à bourgeonner. Bref, la nature reprend vie après un hiver bien triste et gris. Tout cela nous redonne du baume au cœur et nos amis matous profitent également du soleil pour reprendre le chemin de la campagne et délaisser le gros fauteuil douillet dans lequel ils se sont lovés durant tous les jours de pluie et de froid.

Une belle lecture que je souhaitais vous faire partager aujourd’hui, celle du dernier livre d’Eric-Emmanuel Schmitt : Madame Pylinska et le secret de Chopin.

Qui ne s’est pas laissé transporter par une valse de Chopin? Qui, s’il est pianiste, ne s’est pas frotté à ses Préludes et au déchiffrage souvent ardu de ses partitions? Qui n’a pas cherché à recréer sous ses doigts les émotions suscitées par les harmonies de l’artiste? Eric-Emmanuel Schmitt nous raconte, dans son ouvrage, comment il a découvert le plaisir de jouer du piano grâce à sa tante Aimée qui joua un jour Chopin sur le Schiedmayer de la maison familial. A ce moment, il eut envie d’apprendre à jouer du piano et son objectif était de pouvoir jouer la musique de Chopin, objectif au combien ambitieux et difficile à atteindre :

« Vers seize ans, je réclamai d’aborder Chopin. N’avais-je pas choisi le piano pour percer son énigme? Ma professeure sélectionna une valse, un prélude, un nocturne et je frémis à l’idée de subir l’initiation suprême.

Hélas, j’eus beau développer ma dextérité, dominer les pages ardues, mémoriser les morceaux, respecter les tempos, je ne retrouvai jamais le frisson de la première fois, cet ailleurs voluptueux tissé par la soie des sons, les caresses des accords, le cristallin de la mélodie. Si le piano obéissait à mes impulsions digitales, il ne répondait  ni à mes rêves ni à mes souvenirs. Le miracle ne se produisait pas. L’instrument suave, clair, fragile, émouvant, sous les doigts d’Aimée, retentissait viril et franc sous les miens. Était-ce lui? moi? ma professeure? Quelque chose m’échappait. Chopin me fuyait. »

Jeune étudiant à Paris, Eric-Emmanuel Schmitt souhaite poursuivre ses cours de piano. Il choisit de prendre des cours auprès de Madame Pylinska, dont la réputation est excellente. Le jeune étudiant fait alors la connaissance d’un personnage hors du commun, en apparence un peu farfelu, entouré d’une ribambelle de chats et qui, plutôt que de lui faire travailler des gammes et les partitions, lui demande de réaliser quelques expériences à l’image de rites initiatiques à la frontière de l’intime. Sur le chemin vers Chopin, Eric-Emmanuel Schmitt se découvrira lui-même, il découvrira la vie et ce qui fait son essentiel.

A travers des mots choisis, justes, Eric-Emmanuel Schmitt fait vivre l’émotion du timbre du piano, de la musique de Chopin. On sourit aussi à la manière dont Mme Pylinska bouscule son élève, le provoque parfois, le désarçonne :

« Sur le pas de la porte, madame Pylinska, cinquante ans, coiffée d’un foulard en soie sévèrement ajusté autour de ses traits nets, m’examina de la tête aux pieds, le sourcil arqué, la bouche pincée, comme si j’étais une erreur.

– Trop costaud, conclut-elle

– Trop costaud pour quoi?

Haussant les épaules, elle dégaina un fume-cigarette, cala son coude gauche sous sa main droite, approcha l’embout de ses lèvres.

_ La fumée ne vous dérange pas?

Sans attendre ma réponse, elle s’engouffra dans l’appartement, persuadée que je la suivrais. Après avoir emprunté un couloir ténébreux obstrué par trois chats qui me jaugèrent avec mépris, j’accédai au salon de musique encombré de multiples tables basses sur lesquelles s’entassaient les partitions. L’air véhiculait des odeurs de rose et de tabac brun.

-Couchez vous sous le piano.

-Pardon?

-Couchez vous sous le piano.

Elle me désigna le tapis persan déployé sous son Pleyel à queue.

-Vous craignez les acariens? Vu votre carrure, ce sont eux qui devraient se méfier…

Je m’accroupis, me glissai sous le piano et entrepris de ramper.

-Sur le dos!

Je m’allongeai, le visage face à la table d’harmonie.

-Les bras en croix. Paumes au sol.

J’obéis. Un matou à la fourrure fauve se faufila dans la pièce, sauta sur un pouf et s’y carra en m’adressant un regard ironique.

Madame Pylinska s’assit devant le clavier.

-Concentrez-vous sur votre peau. Oui, votre peau. Votre peau partout. Rendez-la perméable. Chopin a débuté ainsi. Il s’étendait sous le piano de sa mère et ressentait les vibrations. La musique, c’est d’abord une expérience physique. Puisque les avares n’écoutent qu’avec leurs oreilles, montrez-vous prodigue : écoutez avec votre corps entier.

Elle joua.

Comme elle avait raison ! La musique me frôlait, me léchait, me piquait, me pétrissait, me malaxait, me ballotait, me soulevait, m’assommait, me brutalisait, m’exténuait, les basses me secouant comme si je chevauchais une cloche d’église, les aigus pleuvant sur moi, gouttes froides, gouttes chaudes, gouttes tièdes, lourdes ou ténues, en rafales, en ondées, en filets, tandis que le médium onctueux me recouvrait le buste, tel un molleton rassurant au sein duquel je me blottissais. »

Ce livre réunit tout ce qu’Elsy aime : le piano, Chopin, les chats et la littérature. Un vrai plaisir de lire les mots d’Eric-Emmanuel Schmitt et de percer grâce à lui le secret de Chopin! ♥♥♥

piano Chopin

Le biscuit et la rose

Dimanche 8 avril

Aujourd’hui vous avez peut-être profité des rayons de soleil pour lézarder avec un bon bouquin sur votre terrasse ou dans votre jardin. Elsy s’est plongé dans le dernier livre d’Eric-Emmanuel Schmitt Madame Pylinska et le secret de Chopin. Un vrai bonheur… Je vous raconte tout ça dans un prochain article. En attendant, pour profiter pleinement du printemps et de ses premiers fruits, je vous livre une recette de dessert sucré à souhait : un tiramisu de fraises aux biscuits de Reims.

Vous connaissez sans doute ces biscuits en forme de boudoirs roses saupoudrés de sucre glace que l’on peut tremper dans le champagne. Ils donnent à un dessert une jolie teinte rosée, veloutée et cotonneuse pour changer du traditionnel biscuit à la cuillère.

 

Pour réaliser 4 coupes de tiramisu :

  • Émiettez dans chaque coupe, 2 biscuits de Reims et recouvrez d’un cuillère à café de coulis de fraises
  • Disposez 3 à 4 fraises coupées en morceaux
  • Dans un bol mélangez 125 g de mascarpone, 1 jaune d’œuf et 20 g de sucre  et déposez 2 cuillères à soupe de cette préparation sur les fraises
  • Recouvrez à nouveau d’une bonne cuillère à soupe de coulis de fraises et placez pendant 2 heures au réfrigérateur
  • Au moment de servir vous pouvez disposer sur le dessus quelques amandes effilées ou des pistaches concassées

Mmmmm! Un vrai petit délice ♥♥♥

 

« Qui aime s’oublie lui-même pour se perdre dans la douceur du baiser. »

Paul Valéry

Les cahiers d’Esther – Histoires de mes 12 ans

Mardi 3 avril

Les cahiers d'Esther tome 3

L’année dernière à la même époque, je vous avais présenté   Les cahiers d’Esther – Histoire de mes 11 ans de Riad Sattouf.  Nouveau rendez-vous avec la jeune Esther pour le tome 3 et l’histoire de ses 12 ans pour ceux qui ne l’auraient pas suivi chaque semaine dans le magazine l’Obs. Riad Sattouf s’inspire de la vraie vie d’une jeune adolescente, fille de l’un de ses amis, qu’il appelle régulièrement et qui lui raconte son quotidien.

Cette fois, Esther vient d’entrer dans l’un des meilleurs collèges parisiens, grâce au concours qu’elle a décroché. Nouvel environnement, nouveaux amis, nouveaux profs et notre ado grandit et s’intéresse toujours davantage au monde qui l’entoure tout en nous partageant ses préoccupations parfois décalées.

 

Esther 12 ans

 

C’est toujours aussi plaisant et amusant de suivre Esther, de retrouver son langage pas toujours châtié : « Franchement tout le monde utilise  « J’m’en bats les couilles ». Ça veut dire « j’m’en fous ». On peut dire « j’m’en balek » aussi. J’le dis souvent. « Vazy j’m’en balek ». »

Dans ce tome, on revit avec Esther la dernière élection présidentielle. Elle ouvre de grands yeux quand elle découvre de que sa grand-mère a décidé de voter pour Marine Le Pen mais que, comme son père a dit qu’ils partiraient vivre en Belgique si elle est élue et qu’elle ne veut pas que ses enfants partent vivre loin d’elle, finalement elle ne votera pas pour Marine Le Pen. Le contexte politique est assez présent dans ce tome et le regard parfois décalé d’Esther qui pense que François Fillon va gagner car elle le trouve beau ou que tous ceux qui sont élus à la tête d’un pays appartiennent à la race très ancienne des reptiliens qui descendent des dinosaures, nous fait forcément sourire.

Esther histoire de mes 12 ans candidats présidentielles

Entre son Iphone, les comportements « chelou » des garçons, son hamster Manuela, les religions et l’argent, Esther livre un concentré de ce qui fait notre société. On alterne entre sourire amusé et un brin de honte et de culpabilité de donner à voir ce spectacle à nos ados.

En tous les cas, on réitère notre enthousiasme pour cette série et on dit : « Esther Présidente!! »♥♥

Esther présidente