Le bonheur dans l’art de la lenteur

Dimanche 25 novembre

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Jour pluvieux que ce dimanche 25 novembre. Comme elle semble loin la douceur de l’été et l’on approche à grands pas des fêtes de fin d’années. Les devantures se parent de guirlandes et de dorures, les grandes surfaces vous invitent déjà à acheter les noix de saint jacques et autres foies gras qui garniront vos assiettes le soir du réveillon et vous songez peut-être déjà à faire votre liste au Père Noël…

Et si pour changer, on renonçait à se projeter aujourd’hui. Juste pour une journée, je vous propose de ne penser à rien qu’à d’autre qu’à cette journée de dimanche. Déposez votre smartphone dans une boite bien fermée et déconnectez du monde qui vous entoure, éteignez les radios, téléviseurs, oubliez ce qui vous attend demain au travail, fermez les écoutilles, enfilez vos bottes et votre imperméable et allez faire un tour dans la nature, bref, ralentissez.

Adopter l’art de la lenteur, comme le font si bien nos amis félins est sans doute la meilleure façon de se ressourcer, de mettre son esprit en pause et de profiter simplement de la vie.

Le Bonheur

De votre cœur tranquille et dans vos larges yeux,
O vénérable chat, la sagesse est innée;
Votre rouet sans fin près de la cheminée
Est l’écho bourdonnant d’un rêve harmonieux.

Quand vous voulez dormir comme dorment les Dieux,
Vous vous roulez en boule, âme prédestinée,
Vous laissez les soucis à la race damnée
Qui laboure la terre et qui sonde les cieux.

Tel qu’un brahme affranchi des misères du monde
Vous buvez le bonheur dans la coupe profonde
Où l’homme ne boit plus que la fièvre et la mort;

Et de l’Eden perdu le mirage tragique
Apparaît, évoqué par un miroir magique,
Dans la sérénité de vos prunelles d’or.

Hippolyte Taine , A trois chats, Douze sonnets

 

 

 

 

La femme au carnet rouge

Dimanche 18 novembre

La femme au carnet rouge

Il est des moments dans l’année où l’on a envie d’une pause autour d’un livre qui vous fait du bien, qui vous envoie des ondes positives et qui vous laisse exprimer votre côté fleur bleue…

C’est d’un livre comme cela dont je voulais vous parler aujourd’hui, La femme au carnet rouge d’Antoine Laurain.

Le livre débute un soir  à Paris. Une jeune femme, Laure, est victime d’une agression et se fait voler son sac à main. Le lendemain matin, Laurent, libraire, découvre le sac sur le couvercle d’une poubelle. Après des heures d’attente au commissariat où il était venu le rapporter, il décide finalement de le conserver et de retrouver sa propriétaire bien qu’il ne contienne pas de papier d’identité.

Débute alors une quête pleine de mystères pour Laurent qui se sent comme envouté par cette femme dont il découvre des bribes de sa personnalité et de son intimité à travers les objets contenus dans le sac et plus particulièrement à la lecture d’un petit carnet en Moleskine rouge.

« Laurent était plongé dans le carnet en Moleskine rouge contenant les pensées de l’inconnue sur des centaines de pages, parfois raturées, soulignées ou écrites en majuscules. L’écriture était élégante et souple. Elle devait les avoir consignées au gré de ses envies, sûrement aux terrasses de cafés ou lors de trajets en métro. Laurent était fasciné par ces réflexions qui se succédaient, aléatoires, touchantes, loufoques, sensuelles. Il avait ouvert une porte qui menait à l’esprit de la femme au sac mauve et même s’il était un peu déplacé de lire les pages du petit carnet, il ne pouvait s’en détacher. Un citation de Sacha Guitry lui était revenu à l’esprit : « Regarder quelqu’un dormir, c’est lire une lettre qui ne vous est pas adressée. » La bouteille de vin était à moitié vide et le hachis parmentier avait été oublié sur le plan de travail de la cuisine.

Le premier objet qu’il avait trouvé était un flacon de parfum en verre noir, Habanita de Molinard. Une pulvérisation lui révéla une odeur poudrée d’ylang-ylang et de jasmin. […]

Les objets paraissaient innombrables. Laurent décida d’en retirer plusieurs à la fois. Il plongea sa main dans la poche latérale gauche et en sortit pêle-mêle un Pariscope, un baume pour les lèvres, un sachet d’Efferalgan, une épingle à cheveux et un livre. Accident nocturne de Patrick Modiano. Laurent s’arrêta, l’inconnue était donc une lectrice de Modiano et il lui sembla que le romancier affectionnant le mystère, la mémoire et les quêtes d’identités lui faisait signe. »

Laure, quant à elle, n’ayant plus les clés de son appartement, décide de passer la nuit dans un hôtel en expliquant sa situation et en sollicitant la bienveillance du concierge qu’elle payera le lendemain. Toutefois, le lendemain, Laure ne sort pas de sa chambre. Il finit par aller la trouver et la découvre inconsciente, une tâche de sang sur l’oreiller. Le lecteur suit alors en parallèle la quête de Laurent pour retrouver cette femme dont il détient les derniers objets qu’elle a tenue entre ses main et l’histoire de Laure après son agression.

« Depuis quatre jours, la place de Laure à l’atelier était vide. Lorsqu’il ne l’avait pas vue arriver jeudi matin, il avait su que quelque chose n’allait pas. A onze heures, il avait laissé un message. A midi, un autre. A treize heures, il avait composé son numéro fixe. Au retour du déjeuner, où l’absence de Laure avait été le sujet principal de conversation avec Agathe, Pierre, François, Jeanne et Amandine – les autres compagnons- il avait été convenu avec Sébastien Gardhier – quatrième génération des ateliers – qu’il serait préférable de se rendre à son domicile. C’est encore William, j’ai quitté l’atelier, je passe chez moi prendre les clés de Belphégor et je viens chez toi, avait-il laissé comme ultime message sur le portable de Laure. C’était ainsi qu’ils nommaient entre eux le double des clés de son appartement – William ne l’utilisait que pour aller nourrir le chat lorsqu’elle était absente.

Après deux coups de sonnette sans réponse, il décida d’ouvrir. La porte entrebâillée, le félin se faufila et sortit sur le palier, comme à son habitude. Il regarda William, positionna son dos en arc de cercle et commença à se déplacer en crabe, les oreilles couchées. « Il fait cela quand il a peur, une position d’attaque. » Les mots de Laure lui revenaient à l’esprit et si le chat avait peur, c’est bien qu’il s’était passé quelque chose. Laure? appela-t-il, tu es là? »

Le roman se lit très facilement. Les chapitres sont courts, l’intrigue est bien menée et l’on reste curieux de savoir si Laurent finira par retrouver les pas de Laure.

C’est un bon moment de lecture, un roman feel good qui vous apportera un peu de chaleur en cet hiver qui arrive à grand pas… ♥♥♥

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Les couleurs de l’automne

Dimanche 4 novembre

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L’automne s’est désormais installé et en ce dernier jour de vacances pour les enfants, on se plait à vouloir encore profiter des couleurs de la nature. On a envie de ballades en forêt sur des tapis de feuilles mortes, de ramasser des champignons ou de cueillir quelques cyclamens qui tapissent les sous-bois de tâches roses ou blanches.

Une fois encore je voulais vous partager ce très beau poème de Baudelaire qui chante la nature, ses couleurs et ses odeurs… Ralentissons pour savourer l’automne de la nature….

 

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Correspondances – Charles Baudelaire

 

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Le jeu

Jeudi 1er novembre

Le jeu

La pluie, le froid et la grisaille sont revenus, temps habituel pour les vacances de Toussaint. Sans transition cette année, l’été nous a quitté et l’on se trouve un peu désemparé en rallumant la cheminée et en sortant pulls et doudounes de nos armoires.

En même temps, quoi de plus agréable quand il pleut que de se lover avec un bon bouquin ou d’aller se plonger dans une salle obscure de cinéma.

C’est ce que je vous conseille aujourd’hui, en allant voir le dernier film de  Fred Cavayé, Le Jeu, avec une série d’acteurs tous exceptionnels : Bérénice Bejo, Stéphane De Groodt, Doria Tillier, Vincent Elbaz, Roschdy Zem pour les plus connus et Suzanne Clément, Grégory Gadebois et Fleur Fitoussi, moins connus mais tout aussi puissants dans cette comédie dramatique.

Le film est un remake de celui  de l’italien Paolo Genovese, Perfetti sconosciuti, sorti en 2016.

L’histoire débute par l’arrivée de deux couples chez Vincent (Stéphane De Groodt) et Marie (Bérénice Béjo) pour un dîner. Arrive, un peu après, Ben (Grégory Gadebois) qui devait venir avec sa nouvelle compagne. Finalement, il arrive seul.

Le dîner s’engage sur le ton des plaisanteries et de la bonhomie. On sent pour autant quelques tensions ou  malaises entre certains protagonistes et plus particulièrement entre certains couples. Après une blague ratée de Ben  sur les téléphones portables qui sont désormais, selon lui, les boites noires des couples, Marie propose que chacun dépose au centre de la table son smartphone. Tout message, appel, notification de réseau social ou mail devra être lu et partagé à voix haute avec le reste des convives.

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Commence alors un drôle de jeu où les secrets des uns et des autres vont être révélés au grand jour par l’intermédiaire de cette petite technologie.

Le film, qui se joue à huit clos, et qui alterne entre séquences comiques, émouvantes et dramatiques, le tout porté par un casting brillant, se déroule dans un décor très cosy et chaud.

Plus l’histoire progresse et plus l’on va de surprise en surprise, le moindre détail prenant toute sa signification, les émotions passent à travers des échanges de regards, l’expression des visages filmés de manière serrée.

Enfin le jeu des acteurs est juste, touchant. Difficile de mettre en avant l’un plutôt qu’un autre, mais je décernerais quand même un prix plus particulier à Stéphane De Groodt et Grégory Gadebois, une belle découverte pour moi que cet acteur.

Alors en ce jeudi de Toussaint, triste et humide, rendez-vous dans votre salle de cinéma , allez jouer avec ces acteurs. Vous verrez, c’est jubilatoire!!♥♥♥

le jeu photo