Livres

La vie est facile, ne t’inquiète pas

Dimanche 5 mai

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Avril a tourné sa page et le joli de mois de mai a pointé le bout de son nez. Les brins de muguet embaument peut-être votre jardin à qui il faut refaire une petite beauté en attendant des journées plus chaudes pour profiter de quelques lectures à l’ombre des arbres et auprès des rosiers.

Peut-être aurez vous envie de lire ce roman que je vous conseille : La vie est facile, ne t’inquiète pas, d’ Agnès Martin-Lugand.

Après avoir raconté dans Les gens heureux lisent et boivent du café le deuil de Diane qui a perdu sa petite fille et son mari dans un accident de voiture, Agnès Martin-Lugand nous propose de retrouver Diane quelques années plus tard. Elle tient un café littéraire  et son ami gay Félix essaye désespérément de lui trouver une âme sœur sur Meetic. Diane se trouve à un moment charnière de sa vie : est-elle prête pour entamer une nouvelle histoire d’amour après Colin ? Alors que toute présence d’un enfant la replonge dans la douleur de la perte de sa petite Clara, comment faire pour reconstruire une famille avec quelqu’un? Finalement, elle fait la rencontre d’Olivier qui de manière douce, compréhensive et attentionnée va réussir à la conquérir. L’avenir semble rayonner pour Diane jusqu’au jour où elle tombe nez à nez avec Edward, qu’elle avait rencontré en Irlande où elle était aller se ressourcer après le décès de Colin et Clara. Il lui apprend alors une terrible nouvelle. D’un seul coup, les certitudes de Diane sont bousculées et le chemin tout tracé semble vouloir faire quelques virages.

« Nous nous dirigeâmes vers la sortie, je restai blottie contre lui, regardant mes pieds. Nous étions presque dehors quand, de la musique et du brouhaha général émergea une voix. Une voix qui me tétanisa. Une voix qui me renvoya à Mulranny. Une voix qui me donnait le goût des embruns sur les lèvres. Une voix rauque qui sentait le tabac et que je pensais ne jamais réentendre.

– Attends, dis-je à Olivier en le lâchant.

Je le plantai là, et revins sur mes pas guidée et hypnotisée par l’écho de cette voix, qui résonnait comme le chant des sirènes. C’était impossible. J’avais fabulé, perturbée par le flot de souvenirs qui resurgissait dans cet endroit. Pourtant je devais en avoir le coeur net. Je traquai les silhouettes, les visages, j’épiai les conversations, bousculai ceux qui entravaient ma recherche. Et je me figeai. C’était bien sa voix. Quelques centimètres me séparaient de lui. Il était là : de dos, grand, débraillé, en chemise, une cigarette entre les doigts, qui n’attendait que d’être allumée. Si je humais l’air, son parfum envahirait mes narines et me renverrait dans ses bras. Je tremblais, ma bouche était sèche, mes mains moites, j’eus froid, j’eus chaud.

– Edward…, murmurai-je sans le vouloir.

J’eus l’impression que tout le monde m’avait entendue. Lui seul comptait. Son corps se contracta, il baissa le visage quelques secondes, serra les poings, et alluma son briquet nerveusement plusieurs fois de suite. Puis il se retourna. Nos regards s’accrochèrent. Le mien lui transmettait ma surprise et mes questions. Le sien, après m’avoir détaillé de la tête aux pieds, me renvoya de la froideur, de la distance. Ses traits étaient toujours aussi durs, arrogants, mangés par sa barbe. Sa chevelure, aussi décoiffée que dans mon souvenir, était désormais striée de quelques fils blancs. Il semblait épuisé, marqué par quelque chose que je n’arrivais pas à définir. »

J’ai lu ce roman d’une seule traite en étant prise par l’histoire de Diane. La lecture est aisée avec de nombreux dialogues et les décors bien plantés entre Paris et la côte irlandaise et même si l’on n’a pas lu Les gens heureux lisent et boivent du café, on dispose bien de tous les éléments pour comprendre le récit.

Ce roman aborde le thème de la résilience avec beaucoup de justesse dans l’expression des sentiments. On est forcément touché par les doutes, les ambivalences ressenties par Diane et l’on se dit qu’on aimerait bien retrouver encore ces personnages auxquels on s’attache. ♥♥

« L’aboutissement d’un deuil normal n’est en aucune façon l’oubli du disparu, mais l’aptitude à le situer à sa juste place dans une histoire achevée, l’aptitude à réinvestir pleinement les activités vivantes, les projets et les désirs qui donnent de la valeur à l’existence. »

Monique Bydlowski, Je rêve un enfant

 

2 réflexions au sujet de “La vie est facile, ne t’inquiète pas”

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