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La tresse

Dimanche 29 septembre

La tresse

La rentrée nous a fait oublié le temps des vacances et même l’été est en train de partir tranquillement sur la pointe des pieds nous laissant un peu de soleil mais sous des journées plus fraiches. Alors cela fait du bien de se retourner sur ces mois d’été et de revenir sur les lectures qui ont accompagné nos vacances. Elles ont toujours une saveur plus particulière.

Dans mon article A glisser dans mon sac de plage je vous avais dressé la liste des romans que je souhaitais lire pendant mes vacances. Je vous présente aujourd’hui l’un de ceux que j’ai lu et que je vous conseille La tresse de Lætitia Colombani.

Le roman raconte en parallèle l’histoire de trois femmes qui se trouvent à un moment charnière de leur vie. L’équilibre bascule et va les mener vers une nouvelle route.

Il y a tout d’abord Smita en Inde qui rêve d’ un avenir meilleur pour sa petite fille. Elle voudrait qu’elle puisse étudier mais dans cette société de caste les choses ne sont pas si simples.

« Smita s’éveille avec un sentiment étrange, une urgence douce, un papillon indéit dans le ventre. Aujourd’hui, sa fille va entrer à l’école. A l’école Smita n’y a jamais mis les pieds. Ici à Badlapur, les gens comme elle n’y vont pas. Smita est une Dalit. Intouchable. De ceux que Gandhi appelait les enfants de Dieu. Hors caste, hors système, hors tout. Une espèce à part, jugée trop impure pour se mêler aux autres, un rebut indigne qu’on prend soin d’écarter, comme on sépare le bon grain de l’ivraie. Comme Smita, ils sont des millions à vivre en dehors des villages, de la société, à la périphérie de l’humanité.« 

Commence alors pour Smita, une révolte. Armée d’un courage qui coupe le souffle, Smita décide de prendre en main son destin et celui de sa fille.

Il y a ensuite Giulia, qui coule des jours heureux en Sicile où elle travaille dans l’usine de perruques de son père jusqu’au jour où ce dernier est victime d’un accident de la route et plongé dans le comas. Elle découvre alors que l’entreprise familiale est au bord de la faillite et qu’il va falloir mettre la clé sous la porte. Sans doute devra-t-elle se résigner à faire un mariage de raison et d’argent pour sauver l’usine.

« Lorsqu’elle fait part de cette idée à Guilia, celle-ci la rejette violemment. Elle ne sera jamais le femme de Gino Battagliola. Elle préfère encore dormir dans la rue ! L’homme n’est pas désagréable, elle n’a rien à lui reprocher, mais il est fade et sans saveur. Elle le voit souvent à l’atelier. Avec son allure dégingandée et son épi dans les cheveux, il ressemble à l’un des personnages un peu ridicules de cette comédie que son père aimait tant : I Mostri de Dino Risi.

C’est un bon parti, reprend la mère, Gino est gentil, et il a de l’argent ; Guilia ne manquerait de rien, assurément. De rien sauf de l’essentiel, répond-elle. Elle refuse de se soumettre, de s’enfermer dans une cage aux barreaux bien lustrés. Elle ne veut pas d’une vie de convenances et d’apparences. D’autres l’ont fait, dit la mamma, et Guilia sait qu’elle dit vrai. »

Enfin, il y a Sarah, avocate brillante, qui déroule une carrière exemplaire à Montréal dans un célèbre cabinet dont elle va prochainement prendre la tête. Sarah a gravi toutes les marches à la force du travail et grâce à une volonté de fer. Elle y a sans doute sacrifié des pans de sa vie amoureuse et familiale mais elle démontre chaque jour à tous ces hommes aux dents longues qu’elle tient sa place et qu’elle ne la lâchera pas. Pourtant, rattrapée par le cancer, les événements prennent un tour inattendu. Les certitudes vacillent.

« Auprès de ses collaborateurs et associés, Sarah ne laissait rien paraître. Elle avait pour règle de ne jamais parler de ses enfants. Elle ne les mentionnait pas, n’avait pas de photo d’eux dans son bureau. Lorsqu’elle devait quitter le cabinet pour une visite chez le pédiatre ou une convocation à l’école à laquelle elle ne pouvait déroger, elle préférait dire qu’elle avait dire qu’elle avait un rendez-vous extérieur. Elle savait qu’il était mieux vu de partir tôt pour prendre un verre que d’évoquer des problèmes de nounou. Il valait mieux mentir, inventer, broder, tout, plutôt qu’avouer qu’on avait des enfants, en d’autres  termes : des chaines, des liens, des contraintes. Ils étaient autant de freins à votre disponibilité, à l’évolution de votre carrière. […] Sarah avait pris le congé maternité le plus bref possible, elle était revenue au bureau deux semaines après sa césarienne, la ligne impeccable, le teint fatigué mais soigneusement maquillée, le sourire parfait. Le matin, avant de garer sa voiture en bas du cabinet, elle faisait une halte sur le parking du supermarché voisin, afin de retirer les deux sièges bébés de la banquette arrière et de les placer dans le coffre, pour les rendre invisibles. »

La tresse est un roman à trois destinées que des liens vont unir et rassembler. C’est un roman sur la place de la femme, et sa capacité à s’affranchir d’un destin tracé pour exercer sa propre volonté, sa propre envie et se libérer des carcans. Grand succès littéraire,  le roman de Lætitia Colombani est sans conteste un ode à la vie, à une vie choisie et affranchie.

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