Livres

Vers la beauté

Dimanche 3 novembre

Vers la beauté

Aujourd’hui, je voulais vous partager une lecture qui m’a profondément touchée. Il s’agit d’un roman de David Foenkinos, Vers la beauté.  Si vous l’avez lu, peut-être avez vous ressenti ce même sentiment étrange, ce besoin de faire une pause de lecture après ce récit comme si vous aviez besoin d’un peu de temps pour refermer la porte de l’univers d’Antoine, de Mathilde et de Camille, comme si vous vous sentiez chamboulé, marqué, tourneboulé. Si vous avez déjà vécu une telle expérience, alors vous comprendrez que la lecture de Vers la beauté ne vous laissera pas indemne et que la puissance de cette histoire résonnera longtemps à vos oreilles et plus particulièrement à l’écoute de certains faits divers sordides à la radio.

Le livre débute par l’évasion d’Antoine. Il s’échappe de sa ville, Lyon, où il occupe un poste de professeur à l’école des Beaux-Arts. Il plaque tout, sans laisser d’adresse ni la moindre information, pas même à sa sœur, et se fait embaucher comme gardien de salle au musée d’Orsay. Si vous avez déjà visité un musée, sans doute vous êtes vous déjà demandé comme moi, comment des employés font pour rester assis sans bouger dans une pièce à surveiller les œuvres et les visiteurs et à contempler pendant des heures le visage d’une muse dans un ciel ennuagé ou l’allégorie colorée d’un songe dont on cherche vainement la signification.

Mathilde, la DRH du musée, s’interroge elle aussi sur ce qui peut pousser Antoine, ce spécialiste des beaux-arts, à venir s’enfermer pendant des journées entières dans une salle du musée, et à contempler les œuvres de Modigliani, allant même à leur parler.

« Antoine avait décidé, sans en demander la permission, de déplacer légèrement sa chaise pour observer à son aise le visage de Jeanne Hébuterne. Malgré la foule, il parvenait ainsi à la contempler plusieurs heures par jour. Il aimait lui parler et imaginait qu’un lien se tissait entre eux. La nuit, elle revenait parfois dans ses songes, comme pour le dévisager à son tour.  Cela formait, d’une certaine façon, une conversation de regards. Antoine se demandait si ce n’était pas trop triste d’être enfermée dans un cadre. Après tout certains croient en la réincarnation ou en la métempsycose : serait-il si incongru qu’un tableau puisse porter en lui les vibrations de la personne peinte ? C’était forcément une partie de Jeanne qui était là.

Les historiens ont beaucoup parlé de sa beauté, de ce visage qui bouleversa Modigliani. Lui qui avait l’habitude de peindre de jolies filles, souvent dénudées, fut transpercé par cette grâce inédite. Elle fut sa muse, la femme de sa vie, celle qu’il ne peignit jamais nue. Jeanne avait l’allure d’un grand cygne éthéré, une langueur perceptible dans le regard, une incommensurable mélancolie. De plus en plus, au fil des jours, Antoine serait happée par la force de ce tableau. Jeanne lui faisait survoler les heures. Il continuait parfois à lui parler, comme à une confidente. Cela lui faisait du bien. Chacun cherche son propre chemin vers la consolation. Peut-on se soigner en se confiant à un tableau? On parle bien d’art-thérapie, de créer pour exprimer son malaise, pour se comprendre à travers les intuitions de l’inspiration. Mais c’était différent. Pour Antoine, la contemplation de la beauté était un pansement sur la laideur. Il en avait toujours été ainsi. Quand il se sentait mal, il allait se promener dans un musée. Le merveilleux demeurait la meilleure arme contre la fragilité. »

Se rapprochant l’un de l’autre, Antoine va se décider à emmener Mathilde à l’endroit de toute l’explication, revivre les événements qui l’ont poussé à quitter Lyon et trouver le chemin de la résilience.

« Mathilde profita de ce moment de légèreté pour demander à Antoine des détails sur leur voyage :

« On va chez toi à Lyon ?

_ Non, j’ai rendu mon appartement.

_ On ira à l’hôtel alors ? 

_ Je ne sais pas. Nous verrons. J’ai juste besoin d’aller quelque part.

_ D’accord… » répondit-elle sans insister.

A l’évidence, il ne fallait pas poser trop de questions. Sous son air calme , elle sentait chez lui une peur tenace. Il luttait pour trouver le courage de retourner à Lyon, et semblait en proie au doute. Plusieurs fois, il lui avait dit qu’il n’aurait pas pu faire le trajet sans elle. Cela la rendait heureuse ; elle voulait être utile à cet homme. Elle voulait le suivre dans l’ombre, et elle voulait le suivre dans la lumière. Ce n’était même plus une question de curiosité. Elle allait sûrement savoir ce qui s’était passé dans sa vie pour qu’il fuie ainsi, mais l’essentiel à ses yeux demeurait son apaisement. Le jour de leur rencontre, elle avait eu le sentiment d’être face à un homme qui glissait ; un homme qui, même assis, respirait la chute. Et ils se retrouvaient maintenant, au milieu de nulle part. Malgré la laideur inouïe du lieu il y avait tout de même de quoi être happé par la tendresse. »

Sur ce chemin, il y aura la rupture avec Louise, la liaison avec Sabine et la rencontre avec Camille. Et comme fil rouge, l’art, expression suprême de la beauté qui joue le rôle de thérapie, de guide pour sortir des ténèbres.

Ce roman de David Foenkinos est d’une extrême sensibilité. Il mêle l’horrible et le beau, la noirceur et la lumière, la part sombre et obscure de l’humanité et ce qui fait sa grandeur,  la culture, sa capacité à générer une esthétique qui devient salvatrice.♥♥♥♥

 

 

1 réflexion au sujet de “Vers la beauté”

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.