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Et tu entendras le bruit de l’eau

Mercredi 28 octobre

Les après-midis pluvieux des vacances de la Toussaint et la perspective d’un reconfinement qui devrait être annoncé ce soir m’incitent à vous partager une idée de lecture que j’ai dévorée cet été sur la plage : Et tu entendras le bruit de l’eau de Sophie Jomain.

Marion Verrier, journaliste people à qui tout réussit et qui généralement décroche les plus gros scoops, finit pas craquer à force de trop travailler et part pour quelques semaines se ressourcer seule dans une écolodge en baie de Somme. Passionnée de photographie, elle s’équipe de son meilleur appareil et part photographier la nature environnante. Elle rencontre alors les bénévoles de l’association Picardie Nature qui travaillent au quotidien à la préservation des colonies de phoques qui peuplent la baie. Au grès des jours et des balades, elle arpente la réserve du Marquenterre, la pointe du Hourdel muni de son appareil et finit par rencontrer un chercheur bourru mais passionné, Ben, qui consacre ses journées à l’observation et à la protection des phoques. Il occupe le bungalow voisin du sien. Commence alors pour Marion une véritable introspection au contact de la nature et de ces femmes et ces hommes entièrement dévoués à la cause animale.

« Après plus d’une semaine sous un temps épouvantable, le soleil revient enfin. Je suis restée enfermée pendant des jours, j’ai besoin de me dégourdir les jambes.

Je m’habille chaudement, me prépare un pique-nique et me munis des horaires des marées et d’un guide touristique. J’ai décidé de faire une partie de la randonnée des Crocs. Une boucle d’une quizaine de kilomètres dans le massif dunaire et autour du domaine de Marquenterre. Cinq heures et demie de marche. Je profiterai du soleil radieux pour prendre des photos. Il faut compter environ trois kilomètres et demi pour rejoindre la mer et commencer la marche au milieu des dunes. L’accès est assez difficile- je l’ai parcouru il y a une quinzaine de jours- mais la plage seule en vaut le détour.

Il est tout juste 9 heures quand je me mets en route. Le soleil est déjà haut et pas un brin de vent ne vient perturber le calme de la forêt. Bien chaussée, je la traverse sans encombre et atteins la plage en une petite heure. En plein mois de janvier, il n’y a pas âme qui vive. Seuls quelques panneaux guidant les promeneurs sur la conduite à adopter dans la réserve naturelle de la baie de Somme témoignent de l’activité touristique le reste de l’année. On nous prévient que la baie est un estuaire vivant au rythme des reflux marins et qu’il comporte de nombreux risques. Ainsi, le randonneur doit s’informer sur les horaires des marées, posséder une trousse de secours, ne pas être seul, être équipé d’un moyen de communication, et privilégier les sorties encadrées par un guide professionnel. Je ne remplis donc que deux critères sur cinq : j’ai les horaires et le téléphone ! Je ne m’en laisse pas compter et continue ma route.

Ici, tout est brut, bordé de pins maritimes, de taillis d’argousiers et d’oyats. Même les pieux en bois plantés dans le sable par les mytiliculteurs et dénués de moules en cette saison, ne donnent pas l’impression d’être issus de la main de l’homme. Sous le soleil, à l’horizon, l’eau révèle des reflets métalliques de toute beauté, et le retrait de la mer semble interminable. Je regrette que le froid ne me permette pas de retirer mes chaussures pour enfoncer les pieds dans le sable humide. Je marche un long moment sur la plage, puis décide de m’arrêter grignoter quelque chose sur la dune. Tom a eu la gentillesse de me prêter des jumelles, je les sors de mon sac à dos, et pendant que je picore des chips, je m’amuse à regarder le ballet incessant des mouettes au-dessus du sable dénudé, à l’affût du moindre crabe qui n’aurait pas réussi à se cacher. Puis, en balayant la plage avec les lunettes, je vois sortir quelqu’un de derrière un bosquet, une cinquantaine de mètres plus loin.

La démarche, le manteau, le sac à dos, le bonnet… Je suis prête à parier qu’il s’agit de mon voisin. Il avance tout droit en direction de la mer.

Intriguée, je garde mes jumelles braquées sur lui et pousse un « oui! » sorti du cœur quand je le vois installer en plein milieu de l’estran, un trépied pour sa longue-vue. On s’est donc bel et bien croisés à la pointe du Hourdel. Il sort une bâche de son sac, l’étend sur le sable et s’y couche à plat ventre avant de coller un œil à son viseur. Je déporte mon attention sur la mer pour tenter de voir ce qu’il regarde. A une quarantaine de mètres de lui jaillit la tête ronde d’un phoque. L’animal se montre, disparaît, puis se montre encore. On dirait qu’il jauge le degré de sécurité de la plage. Et soudain, malgré la présence humaine, le mammifère marin nage vers le rivage et s’apprête à sortir de l’eau. Je délaisse aussitôt mes jumelles et sors mon appareil. Je m’empresse de monter mon meilleur objectif et commence à le photographier.

C’est un spécimen grand et gras, avec de petites tâches foncées sur le pelage. A l’aide de ses nageoires antérieures, il avance sur le sable avant de s’y immobiliser, comme à bout de souffle. Il se met sur le côté et ne bouge plus. Parfois, il se remet sur le ventre et semble s’étirer, relevant les nageoires. Instinctivement, je trouve son attitude étrange, persuadée qu’il y a un problème.

Mon voisin, lui, ne bouge pas et observe la scène avec la plus grande attention. Je remballe mes affaires et décide de le rejoindre. »

Entre quête de soi, sentiment amoureux, renaissance et émerveillement devant la beauté de la nature, Sophie Jomain nous raconte page après page comment Marion se redécouvre, se retrouve et redonne sens à sa vie.

Rien que pour le décor de ce roman, je ne peux que vous en conseiller la lecture. Il en émane un sentiment de repos, de plénitude face au spectacle qu’offrent les phoques de la baie de Somme et au silence et à la paix qui règne dans le parc des écolodges zen et nature. Pour celles et ceux qui ont déjà eu l’occasion de séjourner en Picardie et d’aller observer les phoques, vous retrouverez à travers ces lignes, tous les sentiments éprouvés devant un tel spectacle. C’est un récit qui fait du bien, qui nous ramène aux valeurs essentielles de la vie tout en nous offrant une escapade vers une région du nord de la France sans doute méconnue mais qui offre de grandes richesses! Un moment hygge à mettre au programme de vos prochaines soirées…

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