Livres

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Vendredi 8 janvier

Il fait froid et gris pour débuter le week-end et un brouillard épais est resté flottant toute la journée sur notre Touraine, nous rappelant que nous sommes bien en hiver et qu’il est de saison de sortir avec son bonnet en plus de son masque.

Pour vous réchauffer un peu, je vous propose un article sur un livre lu cet été dans la lignée des romans dits « feel good » et qui donne envie de partir admirer les aurores boréales en Finlande. Si vous n’avez rien de prévu ce week-end, à défaut de sauter dans un avion pour aller rencontrer le Père Noël et la magie de la Laponie, vous pouvez vous enrouler dans une couverture, allumer une bougie et vous préparer une bonne tasse de chocolat chaud, pour vous laisser absorber par le moment de vie d’Anna et de ses deux filles Chloé et Lily.

Il est grand temps de rallumer les étoiles de Virginie Grimaldi nous donne à lire en alternance le point de vue d’Anna et de ses deux filles qui nous racontent ce qu’elles sont en train de vivre et nous font partager leur blaba intérieur.

Anna élève seule ses filles de 17 et 12 ans et fait des journées à rallonge comme serveuse dans un restaurant tout en ne parvenant pas à finir le mois sans être à découvert. Chloé, sa fille ainée, semble blasée de la vie, amère et résignée à sacrifier ses rêves et ses ambitions. Lily, la petite ne trouve pas vraiment sa place parmi les autres adolescentes et il est bien plus facile pour elle de parler à son journal intime, Marcel, que d’avoir de la répartie devant les pimbêches du collège qui lui mènent la vie dure.

« Les chroniques de Chloé

J’ai ajusté mon bonnet et jeté un dernier coup d’œil au miroir. Parfait. A l’abri derrière mon fond de teint et mon rouge à lèvres, j’étais prête à affronter la journée. J’ai dévalé les trois étages en insérant le casque dans mes oreilles. En bas, la porte était encore cassée et le vent froid s’engouffrait dans l’escalier. Si seulement il pouvait emporter l’odeur de pisse.

Lily était déjà à l’arrêt de bus. Elle m’a fait un signe de la main, je l’ai ignorée et j’ai continué ma route. Ce matin encore, je ne suis pas montée avec elle. A quoi bon aller au lycée ? Mon avenir est tout tracé. Dans trois mois, je décrocherai le bac avec mention et je m’inscrirai en fac de lettres. Je n’y mettrai jamais les pieds. Les études, au pire, c’est payant, au mieux ça ne paie pas.

Hier matin, maman a encore reçu un recommandé. Elle l’a caché sous ses pantalons, avec les autres, mais je ne suis pas bête. En plus de son boulot au resto, elle fait du repassage pour les voisins. Je ne peux pas continuer de vivre à ses crochets. L’année prochaine, je travaillerai.

J’ai traversé la cité en la regardant s’animer. Le matin, ça sent l’espoir. C’est peut-être le jour où tout va changer. Une rencontre. Une idée. Une solution. Un départ.

Chaque matin, j’écris dans ma tête mes rêves au crayon à papier. Chaque soir, je les efface. »

Bouleversée quand elle découvre que, malgré son acharnement quotidien à tout faire pour offrir à ses filles une vie insouciante et à l’abri de tout, celles-ci traversent un moment difficile, Anna décide d’emprunter le camping-car de son père et de partir avec Chloé et Lily pour un road trip, direction la Norvège. Sur le parcours, elles rencontrent d’autres familles qui rejoignent également le nord du globe en camping-car. C’est l’occasion de se sentir moins seules. Commence alors pour Anna et ses filles un voyage qui les mènera de la découverte de grands espaces et de contrées lointaines au partage avec d’autres puis sur le chemin qui les réunira.

« Sur le papier, l’idée me paraissait bonne. Une petite marche pour atteindre un point de vue inégalable était acceptable voire tentant. Tout le monde me l’avait assuré : si je ratais Preikestolen, cette falaise qui domine le Lysefjord à plus de six cents mètres, je ratais mon voyage. Tout le monde me l’avait assuré aussi : l’ascension était facile, à la portée du premier venu.

Manifestement je ne suis pas la première venue. Au bout de dix minutes, j’ai déjà envie qu’on m’apporte de nouveaux poumons. Les filles, elles, avancent comme si c’était plat, c’est limite si elles ne sifflotent pas. Noé court. Et je ne parle pas de Louis, qui se prend pour un lévrier.

Alors oui, les lacs, les cascades et les forêts que l’on croise ont l’air jolis. Mais, vu que Julien a décrété que c’était préférable de faire l’ascension de nuit pour éviter la foule et admirer le lever du soleil, je ne peux que l’imaginer. Il ne fait pas totalement noir et nous sommes équipés de lampes frontales, mais tout ce que je vois ce sont les rochers que je foule.

Au bout d’une demi-heure, Françoise demande de faire une pause. J’ai envie de l’embrasser. François propose que nous attendions un peu. […] Après trois heures d’efforts qui devraient me valoir un titre olympique (ou une amputation), nous apercevons la fameuse falaise. Preikestolen signifie « la chaire », car le sommet du rocher est plat, comme une terrasse. Encore quelques pas et nous la foulons.

Le ciel est plus clair qu’à notre départ, il est d’un bleu profond qui n’est pas sans rappeler les yeux de Chloé. Deux hommes ont dormi là dans des tentes. Je laisse tomber mes deux sacs à dos au sol, puis moi, les bras en croix. Au-dessus, quelques nuages dansent lentement. Chloé s’assoit à mes côtés.

Maman, lève-toi, regarde comme c’est beau !

Je me redresse au moment où les premiers rayons transpercent l’horizon.

Lily, tu viens avec nous ?

Elle glisse quelques mots à l’oreille de Noé et nous rejoint. Lentement, le soleil émerge de sa cachette derrière les lointaines montagnes. Le ciel brûle, le paysage se couvre d’or. En contrebas, le fjord s’éveille. LEs bateaux sont minuscules, les arbres microscopiques, le vent claque nos joues. C’est magnifique. Il paraît que gravir Preikestolen change la vie. Que c’est une expérience bouleversante, inoubliable.

Je reste là un moment, la tête de Chloé sur mon épaule, la main de Lily dans ma main, et l’émotion me gagne.

Mes filles

Mes bébés

Mes Preikestolen. »

Ce roman est empli de sensibilité, d’humour et de paillettes qui réchauffent le cœur et l’esprit. J’ai beaucoup aimé l’écriture simple et juste, les phrases courtes et directes, les approches et les styles différents en fonction des narratrices avec une mention spéciale pour la petite Lily et son mode naïf et frais quand elle raconte sa vie à Marcel qui m’a bien souvent fait sourire.

« Cher Marcel,

Tout à l’heure aux infos, ils ont dit que c’était la journée de la procrastination. Alors je t’écrirai demain.

Bisous

Lily. »

Il est grand temps de rallumer les étoiles est le roman qui se dévore en un week-end et qui donne envie, quand on en a refermé la dernière page, d’aller se blottir dans les bras de son amoureux ou de serrer très fort ses ados comme pour leur dire à eux aussi qu’ils sont nos Preikestolen, nos aurores boréales, nos étoiles!

« Je ne sais pas à quel âge on perd nos rêves, mais j’espère ne jamais y arriver. »

Lily

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