Livres

Changer l’eau des fleurs

Dimanche 31 janvier

C’est un dimanche bien gris et pluvieux aujourd’hui et l’on commence à trouver que cet hiver est bien long combiné aux restrictions de tous ordres. Au programme, peu de sorties et de rencontres, alors il nous reste le livre, comme un refuge pour nous évader, nous échapper et parcourir d’autres univers sans sortir de la maison.

Aujourd’hui, je vous partage l’une de mes dernières lectures, un roman de Valérie Perrin « Changer l’eau des fleurs« . Ce livre nous emmène à la rencontre de Violette Toussaint qui est la gardienne du cimetière de Brancion-en-Chalon, petite ville de Bourgogne. C’est un bien drôle de métier que de côtoyer les morts toute la journée. Pourtant, il y a souvent de la vie dans la cuisine de Violette où se croisent ses amis, l’équipe de fossoyeurs et le jeune curé du village et surtout tous les proches, amis, parents de ces défunts qui sont ses voisins et avec lesquels elle partage un thé, un café, un morceau de gâteau, soit pour leur remonter le moral, soir parce que c’est la halte habituelle après avoir accompli la visite hebdomadaire ou mensuelle sur la tombe du défunt. On se demande bien ce qui a pu conduire Violette, qui vit seule, dans cette maison de gardien de cimetière.

Un jour, un commissaire de police, Julien Seul, sollicite Violette. Les dernières volontés de sa mère décédée il y a peu, sont que ses cendres soient déposées sur la tombe d’un certain Gabriel Prudent, enterré au cimetière de Brancion-en-Chalon. Julien Seul ignore tout de cet homme et ce qui motive cette dernière volonté. Il sollicite l’aide de Violette pour tenter d’en saisir les raisons.

Violette a pris l’habitude d’écrire dans un carnet de manière minutieuse le déroulement de chaque enterrement : quelles étaient les personnes présentes, quels textes ont été lus, quelles musiques on été jouées, quel temps il faisait. La quête du commissaire va bientôt faire resurgir les épreuves du passé dans le quotidien de Violette, un quotidien plutôt tranquille, aux côtés de ses chiens et des chats du cimetière, mais un quotidien emprunt de tristesse depuis que son mari, Philippe Toussaint est parti en moto un matin et n’est jamais rentré à la maison.

« Je m’appelle Violette Toussaint. J’ai été garde-barrière, maintenant je suis garde-cimetière. Je déguste la vie, je la bois à petites gorgées comme du thé au jasmin mélangé à du miel. Et quand arrive le soir, que les grilles de mon cimetière sont fermées et la clé accrochée à ma porte de salle de bains, je suis au paradis.

Pas le paradis de mes voisins de palier. Non. Le paradis des vivants : une gorgée de porto – un cru 1983-, que me rapporte José-Luis Fernandez chaque 1er septembre. Un reste de vacances versé dans un petit verre de cristal, une sorte d’été indien que je débouche vers 19 heures, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente.

Deux dés à coudre de liquide rubis. Le sang des vignes de Porto. Je ferme les yeux. Et je savoure.Une seule gorgée suffit à égayer ma soirée. Deux dés à coudre parce que j’aime l’ivresse mais pas l’alcool. José-Luis Fernandez fleurit la tombe de Maria Pinto épouse Fernandez (1956-2007) une fois par semaine sauf au mois de juillet, là c’est moi qui prend le relais. D’où le porto pour me remercier.

Mon présent est un présent du ciel. C’est ce que je me dis chaque matin, quand j’ouvre les yeux. J’ai été très malheureuse, anéantie, même. Inexistante. Vidée. J’ai été comme mes voisins de palier mais en pire. Mes fonctions vitales fonctionnaient mais sans moi à l’intérieur. Sans le poids de mon âme, qui pèse, paraît-il, que l’on soit gros ou maigre, grand ou petit, jeune ou vieux, vingt et un grammes.

Mais comme je n’ai jamais eu le goût du malheur, j’ai décidé que ça ne durerait pas. Le malheur, il faut bien que ça s’arrête un jour. »

Au-delà des portraits de celles et ceux qu’elle croise dans son cimetière ou sa cuisine, le roman retrace étape après étape, comme une énigme, le parcours de Violette et au fur et à mesure qu’avance le récit, le puzzle de sa vie se recompose pour nous laisser comprendre et découvrir sa vérité.

Ce roman aborde le thème de la mort, de la souffrance et du deuil. Il dépeint une existence faite de malheurs dont on se demande comment il est possible d’y survivre. Pourtant, le personnage de Violette met en lumière au-delà des sentiments bouleversants que l’on éprouve et des larmes que l’on verse page après page, que l’essentiel repose aussi dans les choses les plus simples qui nous entourent. L’histoire de Violette est aussi une expérience sensorielle pour le lecteur. Les descriptions sont très détaillées et réalistes et quand Violette nous raconte son jardin, on sent la chaleur du soleil sur notre peau, les mains dans la terre, le parfum des fleurs, on perçoit le poil luisant du chat qui dort sur une pierre, le goût du thé au jasmin qu’elle sirote et comme elle, on est bercé par le chant du merle.

Ce roman est empli de tristesse, de mélancolie et on ne peut pas le ranger dans la catégorie des livres qui vous donne la pêche. On ressent le poids de l’absence, du deuil à travers chaque page, mais il est impossible de ne pas tourner poursuivre la lecture, tellement l’intrigue est bien ficelée et nous donne envie d’en savoir davantage. Une fois refermée le livre, tout s’éclaire et les indices du début se révèlent.

« J’entends ta voix dans tous les bruits du monde »

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