Livres

Le mystère Henri Pick

Vendredi 2 mars

Le mystère Henri Pick

Je viens de refermer le roman de David Foenkinos Le mystère Henri Pick que vous avez dû remarquer dans toutes les librairies car il est sorti au format poche au début de l’année et il fait partie des meilleures ventes en ce moment. Alors, si vous l’avez déjà lu, j’espère que vous avez aimé ce livre autant que moi.

Henri Pick, pizzaiolo breton, mort à Crozon, il y a deux ans, a écrit un roman, à la plus grande surprise de sa veuve et de sa fille qui ne l’ont jamais vu lire un livre. Jean-Pierre Gourvec, bibliothécaire à Crozon a, pendant toute sa vie, constitué une collection de livres refusés par les éditeurs. Il est maintenant mort et c’est Magali, sa collègue, qui se charge de gérer la bibliothèque. Parmi les manuscrits oubliés, se trouve le livre écrit par Henri Pick : Les Dernières Heures d’une histoire d’amour que Delphine, éditrice, en vacances chez ses parents découvre dans cette bibliothèque et qu’elle décide de faire publier.  Un engouement autour de cette histoire insolite naît alors : Henri Pick écrivait-il sur sa machine à écrire, dans sa cave après la fermeture de son restaurant? Comment peut-il faire autant de référence à Pouchkine, lui qui n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour la littérature russe? Etait-il même capable d’écrire une simple lettre? Madeleine, sa veuve, est interviewée par François Busnel himself. Les critiques littéraires et les admirateurs se pressent à Crozon pour respirer quelque chose d’Henri Pick et percer le mystère de cette création littéraire.

« Pick avait ainsi été sur toutes les lèvres, symbolisant le rêve d’être un jour reconnu pour son talent. Comment croire ceux qui disent écrire pour eux ? Les mots ont toujours une destination, aspirent à un autre regard. Écrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir. Si le roman de Pick plaisait, c’était surtout l’histoire de sa vie qui touchait les gens. Elle faisait écho à ce fantasme d’être un autre, le super-héros dont personne ne sait les capacités extraordinaires, cet homme si discret dont le secret est de posséder une sensibilité littéraire imperceptible. Et moins on en savait sur lui, plus il fascinait. Sa biographie ne laissait rien paraître d’autre qu’une vie banale, linéaire. Cela renforçait l’admiration, pour ne pas dire le mythe. De plus en plus de lecteurs voulurent aller sur ses traces, et se recueillir sur sa tombe. Le cimetière de Crozon accueillaient ses admirateurs les plus fervents. Madeleine les croisait parfois. Ne comprenant pas leur démarche, elle n’hésitait pas à leur demander de partir et de laisser son mari tranquille. Était-elle du genre à penser qu’on pouvait réveiller un mort? En tous cas, il était possible de troubler ses secrets. »

L’idée de ce roman est originale et l’intrigue est conduite comme une enquête policière, ponctuée de moments de vie des différents personnages qui gravitent autour de l’œuvre d’Henri Pick avec leurs malheurs quotidiens, leurs existences souvent médiocres au cours de laquelle ils ont perdu leurs illusions. Ces personnages nous semblent tellement proches et authentiques que l’on a l’impression de croiser notre voisine du bout de la rue en entendant Madeleine parler. Le narrateur nous les dépeint avec humour et parfois un brin de sarcasme teinté de bienveillance.

Ce roman se lit avec beaucoup de plaisir, avec l’envie de découvrir le fin mot de cette histoire tout en nous parlant de la littérature et de notre rapport au livre. Un vrai bon moment de lecture ♥♥

 

Livres, Musique

Le Lykke et Juliette Armanet

Samedi 17 février

Lykke et juliette armanet

Cela ne vous aura pas échappé, cette semaine on fêtait les amoureux. L’occasion pour Elsy de recevoir, elle aussi,  des petits cadeaux comme elle les aime : lecture, musique et gourmandises!!!

  • Le livre du Lykke  (prononcer Lu-Keu) de Meik Wiking

Lors d’un précédent article, je vous avais parlé d’un autre ouvrage de cet auteur :  Le livre du Hygge, dans lequel Meik Wiking, Président de l’institut de recherche sur le bonheur de Copenhague nous livrait le secret du bien-être à la danoise qui consiste à se concentrer sur les plaisirs simples de la vie. Dans ce nouvel ouvrage, il présente une cartographie de ce qui fait le bonheur dans différents pays à travers le monde. De Dubaï à Rio, il nous livre les facteurs du bonheur pour nous inspirer. Au lieu de mesurer le PIB d’un pays, ne serait-il pas préférable de mesurer l’indice du bonheur et du bien-être?

« La chasse au trésor

« En quoi avons nous foi, Sam?

Il y a du bon en ce monde, monsieur Frodon.

Il faut se battre pour cela. »

Comme Tolkien, Hemingway a écrit un jour que le monde est un endroit bon qui mérite qu’on se batte pour le conserver. Ces temps-ci, plus facile de remarquer les batailles que le bon. Il est plus simple de se laisser envahir par le ciel gris et les nuages noirs, pourtant nous devrions peut-être tous être davantage comme Samsaget Gamgie (avec quand même, si possible, une peu moins de poils aux pattes), et voir ce qui est bon dans ce monde qui est le nôtre. […]

C’est la raison d’être de ce livre : vous emmener à la chasse au trésor, à la poursuite du bonheur, pour trouver le bon qui existe dans ce monde et le mettre en lumière afin qu’ensemble, nous l’aidions à grandir. »

  • Petite Amie de Juliette Armanet

Album révélation de l’année 2017 lors des dernières victoires de la musique, c’est un vrai plaisir de découvrir ce premier album de la chanteuse Juliette Armanet. Un brin mélancolique, une voix quelquefois un peu maniérée, des images poétiques et surtout des mélodies au piano légères et d’autres qui swinguent davantage et qui nous emmènent avec délectation dans son univers romantique chic. Vous connaissez sans doute déjà L’ Amour en solitaire. J’aime beaucoup aussi Cavalier Seule et Alexandre et un coup de cœur pour L’Accident

L’Accident

Accident sur la route
A mille kilomètres heure
J’ai explosé mon cœur
Contre toi

Accident en Jaguar
Je crois bien que je broyais du noir
Je me la jouais bande à part
Superstar

T’es apparu d’un coup
Comme la vie en personne
J’attendais plus personne
Non non

Je suivais mon ombre,

Calmement

Accident dans ma chaire
J’ai pas fais ma prière
Quand blessée volontaire
J’ai lové ma peau contre tes bouts de verre

Accident idéal
Je voulais que tu me fasses du mal
Je rêvais d’aller au bal
En cavale

T’as disparu c’est tout
Comme la mort en personne
Je n’y suis plus pour personne
Non non

Je suis ton ombre, dans ton ombre

Maintenant

Accident éternel
Je serai plus jamais belle
J’aurai plus jamais d’ailes à briser

N’appelle pas les urgences
Je prendrai pas l’ambulance
Laisse moi juste l’élégance
De t’aimer

A écouter, lové à deux dans le canapé en mangeant coupablement quelques oursons à la guimauve, parce que ce n’est pas seulement pour les enfants ! ♥ ♥ ♥

« Oui, la liberté est mon Animâle »

Cavalier Seule, Juliette Armanet

 

fleur et nuage

Livres

La drôle de vie de Zelda Zonk

Samedi 10 février

Zelda Zonk

Zelda Zonk, saviez-vous que c’est le nom d’emprunt qu’avait choisi Maryline Monroe pour passer incognito? C’est en tous les cas le nom de la vieille dame, un brin mystérieuse, qui partage la chambre d’hôpital d’Hanna Reagan victime d’un grave accident de la route. Cet accident et cette rencontre vont bouleverser Hanna alors qu’elle mène une vie tranquille dans la campagne irlandaise aux côtés de Jeffrey, son mari et de Patti, la petite fille de sa sœur Gail, qu’elle élève. Hanna a tout pour être heureuse : une famille aimante et une collègue et amie à qui elle peut se confier et avec laquelle elle aime partager des moments de rire. Une seule ombre au tableau, ce bébé tant désiré qui ne veut pas venir.

De conversations en conversations, Zelda et Hanna se lient d’amitié. Et Hanna commence à s’interroger sur sa propre vie, sur la routine de celle-ci qui tourne quelque peu à l’ennui, à la fois pour elle et pour Jeffrey. Peut-elle tout remettre en question et partir sur un nouveau chemin? A-t-elle le droit de céder à la passion qu’elle sent naître devant le beau Michael ou doit-elle être raisonnable et sauver son couple? Est-il possible, comme le lui dit Zelda, de trouver sa voie et d’être vraiment heureuse?

« Hanna soupira et reposa sa tasse. On y était. Jusqu’ici, elle n’avait vraiment parlé du départ de son mari à personne. Avait éludé le sujet avec Gail. N’avait rien dit à Marsha, au téléphone, prétendant seulement qu’elle avait un gros coup de fatigue, qui nécessitait qu’elle prenne deux jours de repos.

« Je n’ai pas été…disons…très accommodante avec Jeff, depuis mon accident. Je crois que je vous l’avais déjà dit la dernière fois qu’on s’est vues.

_ C’est normal. C’est une année difficile, pour vous. On ne s’attend jamais à tout ce qui peut nous arriver quand on s’embrasse gaiement sous le gui pour le Nouvel An.

_ Oui. Mais cette année-là dure depuis trop longtemps. Mon mari a souffert aussi, et je n’ai pas fait suffisamment attention à lui.

_ C’est souvent difficile, d’être à deux.

_ Oui, alors pourquoi l’être? Pourquoi faut-il absolument que les gens veuillent vivre à deux ? »

Zelda sourit.

« Vous savez, ce n’est pas typiquement humain. Les perruches aussi sont en couple. »

Elle tendit sa tasse vide à Hanna qui la lui remplit de nouveau.

« En ce qui nous concerne, reprit-elle plus sérieusement, je crois qu’on a besoin que quelqu’un nous connaisse. Nous reconnaisse. Ça nous rassure de vivre aussi dans le regard de l’autre… C’est la promesse de survivre à soi-même. »

Hanna la regarda sans rien dire.

« Enfin, ajouta Zelda, ça vaut ce que ça vaut, comme analyse. J’ai moi-même commencé à vivre pleinement quand j’ai décidé d’arrêter de vivre dans le regard des autres. La sagesse de la vieillesse, je suppose. »

Hanna, muette, sentit une nouvelle onde lui traverser le corps. Qu’est-ce que Zelda venait encore de lui dire?

J’ai moi-même commencé à vivre pleinement quand j’ai décidé d’arrêter de vivre dans le regard des autres…

Elle fixa la vieille dame, pétrifiée. Il y avait des yeux bleus ; il y avait bien ce grain de beauté – oh, tout petit et enchâssé dans une ride entre le nez et la bouche, mais il y était. Tranquillement, Zelda attrapa un sucre, le cassa en deux, et en lâcha une moitié dans sa tasse.

Hanna ne savait pas quoi dire. Elle était ici, assise dans cette maison, mais son esprit flottait entre deux mondes dont elle ignorait lequel était le bon. C’était vertigineux. »

Ce roman, La drôle de vie de Zelda Zonk, de Laurence Peyrin m’a bien plu. J’ai beaucoup aimé la première partie qui raconte les questionnements des différents personnages sur la vie, sur ce qu’ils en attendent, sur la monotonie qui peut finir pas détruire la fougue amoureuse et les rêves, tout en laissant place à un amour fait d’attachement et de tendresse, sur la nécessité, parfois, de briser des chaînes pour trouver la voie de l’épanouissement et du bonheur, même si ce n’est pas la seule clé.

J’ai, en revanche, moins aimé la deuxième partie du livre qui raconte avec beaucoup de descriptions l’éveil de la sensualité et de la passion entre Hanna et Michael et qui présente quelques longueurs, qui à mon goût, n’apportent pas de plus-value à l’histoire. En débutant la lecture de La drôle de vie de Zelda Zonk, je m’attendais à autre chose qu’au récit de ce qui est, malgré tout, une histoire d’amour et de passion. Ceci explique peut-être ma petite déception devant la tournure prise par le récit… Pour autant, je vous conseille de conserver cette idée de lecture pour cet été car ce roman trouvera toute sa place dans votre sac de plage et vous garantit un moment de lecture détente sur votre serviette, à l’ombre du parasol. ♥ ♥

 

Livres

Sam&Watson

Samedi 3 février

Sans doute, comme Elsy, vous adorez lire des histoires à vos enfants, petits enfants, neveux, nièces.  Elsy adore les albums pour enfants et notamment ceux qui  sont  l’occasion d’aborder autrement les sujets du quotidien et de trouver les mots pour aider les enfants à grandir. Quand on a du mal, soi-même, à expliquer certains sujets, les livres sont de formidables outils pour engager ensuite une discussion avec les enfants.

Dans la collection Petites histoires pour la vie, Sam&Watson, Ghislaine Dulier et Bérengère Delaporte, abordent des thèmes comme la confiance en soi, la vieillesse, la dispute, l’amour, la jalousie, le courage. Watson, le chat empli de sagesse de Sam, donne à son petit ami, quelques ficelles pour comprendre le monde qui l’entoure et l’aider à avancer sur le chemin de la vie.

Elsy aime particulièrement l’album Plus forts que la colère dans lequel Watson va montrer à Sam comment chasser les gros nuages orageux de sa tête et les ondes négatives pour faire revenir le soleil et le ciel bleu.

Sam en colère

Watson explique à Sam que son humeur dépend de lui et qu’il détient les clés pour se laisser submerger par la colère  ou bien au contraire choisir de se sentir bien en gérant ses émotions et les sentiments qu’il ressent. Il lui explique comment les autres peuvent ressentir nos énergies négatives et lui donne quelques pistes pour les chasser. La respiration et la relaxation mais aussi la ronronthérapie sont des clés pour retrouver l’apaisement.

« Watson monte sur les genoux de Sam, se blottit en boule tout contre lui et se met à ronronner. Sam le caresse. Il se sent encore fâché mais il chuchote dans un soupir : –

-J’aime bien quand tu ronronnes. C’est rigolo. Est-ce que le ronronnement aussi, c’est une énergie?

-Oui ! C’est une belle énergie, que je te donne pour que tu te sentes mieux. Le son que tu entends et la petite vibration là, sur tes jambes sont des énergies apaisantes. Des chercheurs ont même découvert que nos ronronnement peuvent calmer les battements du cœur humain quand ils sont trop rapides… Incroyable non?

-Tu veux dire comme un super-pouvoir?

-Oui, un peu comme un super-pouvoir… A quoi tu penses maintenant?

Sam sourit :

-Je suis content que tu sois là. »

Watson

 

 

 

 

 

Livres

La Mer en hiver

Mercredi 24 janvier

La Mer en hiver

Difficile de trouver le soleil ces derniers temps. La grisaille et la pluie se sont installées sur notre Touraine et on aimerait bien un peu plus de luminosité. Vous me direz, c’est un temps à lire en mode Hygge!!

Alors, je vous propose aujourd’hui de vous parler d’un livre, qui malheureusement, ne vous apportera pas la chaleur puisqu’il se déroule sur les hautes falaises du nord de l’Écosse, battues par la pluie et le vent. Pour autant, je parie que vous n’arriverez pas à décrocher tant il contient tous les ingrédients pour en faire un roman coup de cœur : intrigue historique, secret, histoire d’amour et un soupçon de fantastique.

Il s’agit de La Mer en hiver, de la romancière canadienne Susanna Kearsley, ouvrage que je vous avais présenté dans mon article Lectures pour janvier.

La Mer en hiver raconte l’histoire de Carrie McClelland, auteure de romans historiques, qui décide de s’installer près des ruines du château de Slains dans le nord de l’Écosse pour y écrire son prochain livre. Elle a choisi de raconter comment, en 1708, un groupe de soldats français et écossais, soutenus par des nobles écossais, organise le retour du roi James Stewart, exilé en France, afin de reprendre son trône. Elle raconte aussi le destin de la jeune Sophia, qui vient s’installer chez une parente la comtesse d’Eroll au château de Slains après avoir perdu son oncle chez qui elle vivait.

Le récit alterne entre l’histoire contemporaine de Carrie McClelland qui noue des liens d’amitié avec une famille du village de Cruden Bay où elle réside et la romance historique de Sophia avec en toile de fond l’intrigue politique qui sourdre dans l’Écosse du début du XVIIIème siècle.

Depuis son arrivée près de Slains et au fur et à mesure que Carrie avance dans l’écriture de son roman, elle éprouve des sensations étranges, comme si elle connaissait déjà cet endroit, les chemins qui y mènent et les personnages de son roman auxquels elle donne vie. C’est comme si leur histoire ressurgissait du fin fond de sa mémoire.

« Nous descendîmes la colline par son flanc arrière et nous retrouvâmes dans la même rigole aux arbres enchevêtrés et au cours d’eau vif que j’avais traversée avec Jane, deux jours plus tôt. Il faisait plus sec ce jour là. Mes bottes étaient bien moins glissantes quand nous franchîmes le petit pont et gravîmes la pente jusqu’à arriver au sommet des falaises.

Devant nous se dressaient les longues ruines de Slains avec la grande tour carrée à l’extrémité, surplombant la mer, et je regardai les fenêtres pour essayer de déterminer lesquelles avaient été celles de Sophia. J’aurais aimé passer quelques minutes à l’intérieur du château, mais il y avait un autre couple qui marchait autour des murs ce matin là, des touristes bruyants qui ne cessaient de rire et l’atmosphère n’était pas la même. Graham devait ressentir la même chose car il ne ralentit pas et me suivit tandis que je tournais le dos à Slains pour repartir le long de la côte.

Je fus perturbée par ce nouveau tronçon de chemin. Pas par le sentier lui-même – il n’était vraiment pas si difficile pour quelqu’un habitué aux terrains accidentés -, mais par le fait que tout, autour de moi, le paysage entier, m’était familier. J’avais ressenti ces impressions de déjà-vu, comme presque tout le monde. Il m’était arrivé d’expérimenter le sentiment fugitif d’avoir déjà fait quelque chose, ou d’avoir déjà eu la même conversation. Mais cela n’avait duré qu’un instant. Je n’avais jamais connu cette sensation prolongée, qui s’apparentait à une certitude, que j’étais déjà venue à cet endroit. Que juste là, si je regardais à ma droite, je verrais le… »

Les deux récits, contemporain et ancien, alternent avec beaucoup de brio et s’entremêlent. On est surtout pris par les péripéties de l’aventure historique tout en étant plongé dans une sensation d’insécurité permanente quand on suit les pas de Sophia et de Carrie. A chaque instant, on s’attend à un rebondissement et l’on est totalement absorbé par l’intrigue historique des Jacobites ainsi que par la passion qui se noue entre Sophia et John Moray.

Pour les âmes « fleur bleue », ce roman est fait pour vous. Je l’ai dévoré, pris à la fois par le fil des événements historiques,  l’envie de savoir comment se terminera la relation entre Sophia et Moray et l’ambiance un peu fantastique qui saisit Carrie McClelland dans son exercice d’écriture, même si cette dimension n’était pas vraiment nécessaire à la qualité du récit.

Si vous êtes amoureux de l’Écosse, vous serez également transporté par la description des hautes falaises, de la mer, du ciel, par les éléments naturels et les paysages qui font le décor de ce récit.

« Elle s’enveloppa d’une couverture pour se protéger du froid et se leva, curieuses de découvrir la vue de sa fenêtre. Elle avait espéré des collines ou des arbres… bien qu’elle ne se rappelât pas avoir aperçu d’arbres à l’approche de la maison la veille. De fait, cette partie de l’Écosse semblait plutôt dépourvue de végétation à l’exception des ajoncs et des herbes hirsutes qui poussaient près de la mer. C’était peut-être le sel qui empêchait le développement de plantes plus délicates. 

Une autre violente bourrasque de pluie assaillit la fenêtre au moment où elle l’atteignait. L’espace d’un instant, elle ne vit rien du tout, puis le vent chassa l’eau en des ruisselets se déversant sur les côtés, lui découvrant alors le paysage.

La vue était inattendue et lui coupa le souffle. Elle voyait la mer et rien d’autre. Elle aurait très bien pu se trouver à bord d’un navire, à plusieurs jours de voyage d’une côte : rien que le ciel gris et les vagues fouettées par la tempête, s’étendant jusqu’à l’horizon obscur. La comtesse d’Eroll l’avait prévenue, au cours du dîner de la veille, que, par endroits les murs du château de Slains avaient été construits près des falaises, mais il semblait à Sophia que ces murs jaillissaient directement de la roche et qu’il ne pouvait rien y avoir au-dessous de sa fenêtre à part un simple mir de pierre au bord du précipice et, tout en bas, l’écume bouillonnante de la mer léchant les rochers.

Le vent précipita un autre torrent de pluie contre sa fenêtre. Elle fit alors demi-tour, se rapprocha du faible feu et sortit sa plus belle robe, faisant de son mieux pour se rendre présentable. Elle avait appartenu à sa mère et  était loin d’être aussi à la mode que celle que portait la comtesse la veille, mais la couleur bleu clair lui allait bien et, avec ses cheveux soigneusement peignés et attachés, elle se sentait plus à même d’affronter ce qui l’attendait.

Elle ne savait pas encore quelle serait sa place dans cette maison. Le sujet n’avait pas été abordé au dîner ; la comtesse s’était contentée de nourrir ses hôtes et de veiller à ce qu’ils ne manquent de rien avec une gracieuse hospitalité. Ce qui avait donné à Sophia l’espoir que cet endroit correspondrait bien à la promesse d’une maison heureuse et bienveillante.

Néanmoins, si la vie lui avait enseigné une chose, c’était qu’il ne fallait pas toujours compter sur les promesses Elle n’était pas à l’abri d’une amère déception. »

Un roman comme on les aime qui mêle suspense, l’Histoire avec un grand H, l’amour, dans un décor à couper le souffle. Un vrai coup de cœur!!  ♥♥♥♥

Slains_Castle_in_Cruden_Bay

Livres

La nuit de la lecture

Mercredi 17 janvier

Affiche Nuit lecture 2018 620x360cm - repiquable

En ce milieu de semaine, vous commencez peut-être à penser au prochain week-end  et à vous programmer quelques moments de détente. Je vous suggère alors une manifestation qui ravira tous les amoureux des livres et de la lecture et qui peut aussi être partagée en famille : la nuit de la lecture qui se déroulera le samedi 20 janvier. Organisée partout près de chez vous, dans les bibliothèques et les librairies, cette manifestation, placée sous le parrainage de Daniel Pennac, fête le livre, la lecture, l’échange et le partage.

Pour découvrir toutes les manifestations organisées près de chez vous, rendez vous sur le site Internet de  La 2ème Nuit de la lecture

Même la petite bibliothèque tout près de chez vous sera sans doute ouverte pour vous proposer de vous retrouver autour d’un verre ou un goûter, pour écouter la lecture d’un Conte ou tout simplement partager vos goûts littéraires avec d’autres amoureux des livres.

« Dans le meilleur des cas, nous entrons en littérature par le biais d’une voix aimée qui nous fait la lecture. Puis nous lisons seuls, puis nous vient l’envie de partager ce que nous avons lu car nous ne sommes pas les propriétaires des livres qui nous habitent. Les livres nous traversent, nous les transmettons. La Nuit de la lecture, c’est la fête de cette libre et gratuite transmission de tous les livres que nous avons aimés.

Pour passer ces livres, nous les lisons à notre tour à haute voix. À ceux qui prétendent ne pas aimer lire, nous faisons le cadeau d’une lecture à voix haute. C’est ainsi que se propage le plaisir de lire : en éveillant d’abord le plaisir d’écouter. Donner une histoire à entendre, c’est introduire l’autre en littérature.

Il y a des lieux pour cette fête de la lecture : il y a les librairies, il y a les bibliothèques… Lieux de murmures les jours ordinaires, librairies et bibliothèques deviennent, cette nuit-là, les jardins sonores où s’ouvre la fleur orale des livres. Allez-y, il n’y aura pas de « chuuuut » puisque les voix de tous les lecteurs s’élèveront, cette nuit-là, pour célébrer le livre.

Voilà ce qu’incarne la Nuit de la lecture : le partage de tous les livres que nous avons aimés. Mon souhait le plus cher est que ce partage se poursuive, en toute gratuité, bien au-delà de cette nuit de fête. »

Daniel Pennac

Alors, samedi prochain, n’hésitez pas à aller fêter la lecture!! Et, pourquoi même, ne pas organiser une nuit de la lecture chez vous avec quelques amis? Chacun apporte un petit quelque chose à manger et un texte qu’il affectionne particulièrement et qu’il lira aux autres… soirée lecture entre amis

 

Livres

Lectures pour janvier

Dimanche 14 janvier

livres janvier

Si vous êtes adepte de lecture, vous aurez sans doute repéré vos futurs coups de cœur de cette rentrée littéraire de janvier. Comment ne pas échapper au dernier roman de Paul Auster 4 3 2 1 ou de Pierre Lemaître, Couleurs de l’Incendie ? Pourquoi ne pas aller découvrir le premier roman d’Isabelle Carré Les rêveurs ?

Elsy vous propose de partir sur d’autres chemins. Elle est elle allée faire un tour au rayon livres de poche de sa librairie préférée et elle a rapporté dans sa besace deux romans dans lesquels elle avait vraiment envie de se plonger : La Mer en hiver de Susanna Kearsley  et Le mystère Henry Pick de David Foenkinos.

Ces deux romans au style différent parle pourtant du même sujet : l’histoire d’un écrivain.

Dans La Mer en hiver, Susanna Kearsley raconte comment Carrie McClelland, romancière de récits historiques s’installe aux bords du château de Slains en Ecosse pour y écrire son nouveau roman. Elle invente le personnage de Sophia née avant le début du XVIIIème siècle, mais rapidement elle se perd entre la fiction et les faits historiques. Carrie se retrouve plongée au cœur d’une histoire fascinante et intrigante et cherche, trois cents ans plus tard, à révéler le secret de Sophia.

Dans Le mystère Henri Pick, David Foenkinos nous emmène sur les traces d’un certain Henri Pick qui a écrit un manuscrit hors du commun. La jeune éditrice qui le découvre décide alors de partir à la recherche de cet auteur anonyme et découvre qu’il est mort deux ans auparavant. Et sa veuve, certifie qu’il n’a jamais écrit le moindre récit !Il en aurait été bien incapable.  Le lecteur percera-t-il le mystère du livre d’Henri Pick? Une lecture qui s’annonce drôle et pétillante…

De bons moments hygge en perspective, mais avec laquelle de ces belles minettes  les partager : Mila, Isis ou Lou ???

 

Livres

Il était une lettre

Mercredi 10 janvier

Il était une lettre

Dans l’un de mes articles précédents, je vous avez partagé mes derniers achats de livres ( Lectures d’automne)

J’avoue que je n’ai pas réussi à aller au bout de la lecture de deux d’entre eux et quand un livre ne m’accroche pas, je n’insiste pas. Je ne vous parlerai donc pas de Y aura-t-il de la neige à Noël ? et de Joyeux Suicide et Bonne année.

En revanche, j’ai vraiment adoré le roman de Kathryn Hugues Il était une lettre.

L’histoire débute en 1973. Tina Craig, la trentaine, habite à Manchester avec son mari Rick. On ne peut pas dire que sa vie soit bien rose. Rick est alcoolique, violent et passe ses journées à la maison à ne rien faire pendant que Tina rapporte l’argent du ménage en étant sténo-dactylo. Comme beaucoup de femmes battues, même si elle est profondément malheureuse de cette existence, elle garde l’espoir que Rick changera car elle l’aime et sait que malgré ses violences, il l’aime aussi.

Sa seule petite bouffée d’oxygène, elle la trouve, chaque samedi, grâce à  son activité au sein d’une boutique caritative et auprès de ses amis Graham et Linda. Un  jour, alors qu’elle trie de vieux vêtements déposés devant la porte de la boutique, elle découvre dans la poche d’une veste, une lettre qui n’a jamais été ouverte, ni postée. Intriguée, Tina l’ouvre et découvre qu’elle a été rédigée en 1939 par un certain Billy et qu’il s’agit d’une demande en mariage adressée à une jeune femme, Chrissie.

« En fin de soirée, Tina s’installa devant une tasse de chocolat chaud et se détendit un peu. Épuisée, elle appuya sa tête sur le dossier du canapé en fermant les yeux. Penser aux quatre années qu’elle avait passées en couple la laissait dans un étrange sentiment de vide. Elle ignorait ce que l’avenir lui réservait ce qui la remplissait à la fois de peur et de joie. Elle chercha un mouchoir dans son sac et, n’en trouvant pas, le vida sur le sol. Au-dessus était posée la lettre qu’elle avait trouvée dans la poche du vieux costume. Prise d’une curiosité irrépressible, elle décacheta l’enveloppe en prenant soin de ne pas l’abîmer. L’écriture évoquait celle d’un enfant appliqué, comme si la personne qui l’avait écrite n’avait pas l’habitude de se servir d’un stylo plume. Tina replia ses jambes sous elle et commença à lire. »

Tina décide de retrouver Chrissie pour lui remettre la lettre qui lui était destinée. Le lecteur plonge alors avec elle dans les quelques mois qui précèdent la déclaration de guerre de l’Angleterre et découvre  l’histoire tragique de Chrissie et Billy.

Le roman alterne entre la vie de ces deux femmes, Tina et Chrissie, marquée par le malheur et l’abandon. L’histoire est captivante et on ne lâche pas ce livre, tellement on a envie de connaître le dénouement de leurs deux trajectoires.  A travers Tina et Chrissie, Kathryn Hugues évoque la condition féminine à la fin des années 30 et au début des années 70. On se sent à la fois révolté et en même temps plein d’espoir en se disant que l’une et l’autre finiront pas s’en sortir et trouver le chemin de l’apaisement et du bonheur.

Il était une lettre est un beau roman qui parle d’amour, d’attachement, de la conséquence de nos actes sur le cours de nos vie, de l’importance de ne pas céder à la résignation. ♥ ♥ ♥

 

 

Livres

La librairie de la place aux Herbes

 

Mercredi 3 janvier

La librairie de la place aux herbesDis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es, c’est ainsi qu’est sous-titré le roman d’Eric de Kermel, La librairie de la place aux Herbes que je viens de refermer.

Un roman frais et léger sur les livres, la manière dont ils peuvent influencer notre vie et dont ils peuvent aussi créer du lien entre les gens alors que la lecture est une activité solitaire…

Nathalie, professeur de lettres en région parisienne décide de changer de vie et rachète la librairie de la place aux Herbes à Uzès. Animée par l’amour des livres, elle dresse les portraits des lecteurs qui ont fréquenté sa librairie et avec lesquels elle a noué une relation particulière, souvent d’amitié. A la base de ces rencontres, un livre, un conseil de lecture qui devient une confidence et qui aide à trouver les réponses sur le chemin de la vie.

Chaque chapitre est consacré à la rencontre entre Nathalie et l’un de ceux qui ont poussé la porte de sa librairie. Personnellement j’ai beaucoup aimé celui sur Cloé, adolescente, dont les lectures, classiques, lui sont imposées par sa mère, une femme extrêmement rigide, et qui grâce à Nathalie découvre d’autres formes d’expression littéraires et qui trouve ainsi le chemin de l’émancipation.

J’ai aussi beaucoup aimé la relation de couple entre Nathalie et son compagnon Nathan, deux êtres différents mais qui tout au long du livre se témoignent amour et profond respect. Chacun s’appuie sur l’autre, enrichit l’autre tout en faisant preuve de beaucoup de tolérance.

« Pour mes quarante ans, Nathan m’a offert un étonnant document. Quand j’ai déroulé la grande feuille de kraft, j’ai cru au premier regard qu’il s’agissait d’un arbre généalogique. En réalité, c’était bien un arbre, mais au bout de chaque branche, il y avait des couvertures de livres. Tous les livres que Nathan considérait comme ma bibliothèque idéale.

Sur les branche de de gauche, les livres écrits par des hommes, sur celles de droite ceux écrits par des femmes. 

Sur les branches les plus basses, les romans qui racontent des histoires contemporaines, sur les branches les plus hautes, ceux qui racontent des histoires plus anciennes.

Au plus près du tronc, les livres dont la France est le décor, au bout des branches, ceux qui se passent à l’autre bout du monde.

En regardant l’arbre, j’ai été frappée de constater combien le bout des branches était plus fourni que le long du tronc et le haut de l’arbre plus nourri que le bas. Finalement, mon arbre était très chargés en fruits à sa périphérie, bien moins qu’en son cœur. J’étais clairement plus sensible aux écrits qui m’emmènent loin, que ce soit pour un voyage dans temps ou au-delà des mers.

« Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es. » Cet arbre des livres reflétait en réalité ma silhouette intérieure. Celui qui découvrirait cette représentation pourrait rapidement avoir une idée de qui je suis, de ce que je cherche. J’étais touchée que Nathan ait fait ce travail d’aller chercher à me raconter autrement qu’en mots. Ceux qui vivent à nos côtés ne peuvent être ceux qui nous connaissent le mieux ou le moins bien. Par sa représentation, Nathan disait aussi comment il me percevait. Je me retrouvais dans ce portrait chinois arboré. « 

L’arrière plan du roman est imprégné de la douceur de vivre de la ville d’Uzès. On sent le soleil chaud du sud, l’odeur de la lavande et du romarin. On voit les couleurs des fruits et légumes sur les étales du marché. Le roman est rempli de réflexions sur le sens de la vie, l’attention portée à soi et aux autres ainsi qu’au monde qui nous entoure et à la nature, trésor à choyer et à préserver. Il est également truffé de références littéraires, de bons bouquins que vous aurez aussi sans doute envie d’ajouter à votre liste de livres à lire ou de relire (ils sont tous répertoriés à la fin du livre). Le ton est parfois un peu naïf et Nathalie apparait souvent comme l’ange gardien qui vient sauver celui qu’elle rencontre. Pour autant, La librairie de la place aux herbes est un roman qui fait du bien car il véhicule des pensées positives et il plaira forcément à tous les amoureux des livres qui croient en leur pouvoir magique!!

place-aux-herbes-uzes« Car un livre, un vrai livre, vous bouleverse. Il réveille en vous le royaume des désirs, le peuple des possibles, l’indomptable Armada des « pourquoi pas »?

Et de même que nous, êtres humains, sommes différents les uns des autres, de même aucun livre ne ressemble à un autre. Tel qui chamboulera l’un, fera bailler l’autre. A chacun son enthousiasme. Chaque lecture est un voyage et un amour. « 

Erik Orsenna – préface

 

 

Livres

La liste de mes envies

Mardi 26 décembre

La liste de mes envies

Après les fêtes de famille, peut-être avez vous la chance d’avoir quelques jours de repos. Alors je vous propose une nouvelle lecture : La liste de mes envies de Grégoire Delacourt.

Dans ce roman, Grégoire Delacourt raconte l’histoire de Jocelyne, 47 ans, mercière à Arras. Sa vie est assez monotone entre une vie de couple peu exaltante avec Jo et son travail où sa seule source de satisfaction est le blog de couture qu’elle tient, dixdoigtsd’or. Ses grands enfants sont partis loin du foyer familial et elle ne les voit pas souvent. Heureusement, Jocelyne a ses deux copines jumelles, Danièle et Françoise, qui jouent au loto chaque semaine depuis dix huit ans. Un matin en se rendant à sa mercerie, Jocelyne tombe sur ses deux copines qui boivent un café en faisant leur loto : « Joue pour une fois me supplie Françoise. Tu ne vas pas rester mercière toute ta vie. J’aime bien ma mercerie, dis-je. T’as pas envie d’autre chose? renchérit Danièle. » Jocelyne se laisse convaincre et tente sa chance. Elle va lui sourire. Jocelyne devient l’heureuse gagnante des dix huit millions!!

Pour autant, désarçonnée par cette nouvelle qui vient chambouler sa vie, elle ne sait comment réagir. Faut-il aller valider le ticket gagnant? Faut-il en parler? A qui? Quels sont ses désirs les plus profonds? L’argent lui permettra-t-il de les réaliser? Jocelyne dresse la liste de ses envies avant de parler de ce gain à ses proches. Elle se demande si cette bascule dans un monde fait d’opulence n’a pas plus à lui faire perdre qu’à gagner…

Ce livre dépeint avec beaucoup de délicatesse le personnage modeste et attachant de Jocelyne. Consciente que la fortune ne lui procurera pas tout ce dont elle peut rêver, elle porte un regard mélancolique sur son existence tout en considérant que cette vie lui convient parfaitement. A travers elle, Grégoire Delacourt nous interroge sur nos envies profondes et semble nous inviter à observer, dans notre vie, le bon côté des choses plutôt que le mauvais.

« J’aimais ma vie. J’aimais la vie que Jo et moi avions construite. J’aimais la façon dont les choses médiocres devinrent belles à nos yeux. J’aimais notre maison simple, confortable, amicale. J’aimais notre jardin, notre modeste potager et les misérables tomates branches qu’il nous offrait. J’aimais biner la terre gelée avec mon mari. J’aimais nos rêves de printemps prochains. J’attendais avec la ferveur d’une jeune maman d’être un jour grand-mère ; je m’essayais aux gâteaux copieux, aux crêpes gourmandes, aux chocolats épais. Je voulais à nouveau des odeurs d’enfance dans notre maison, d’autres photographies au mur.

Un jour j’aurais installé une chambre au rez-de-chaussée pour papa, je me serais occupée de lui et toutes les six minutes, je me serais réinventé une vie.

J’aimais mes milliers d’Iseult de dixdoigtsdor. J’aimais leur gentillesse, calme et puissante, comme un fleuve ; régénérante comme l’amour d’une mère. J’aimais cette communauté de femmes, nos vulnérabilités, nos forces.

J’aimais profondément ma vie et je sus à l’instant même où je gagnai que cet argent allait tout abîmer, et pour quoi?

Pour un potager plus grand? Des tomates plus grosses, plus rouges? Une nouvelle variété de tangerines? Pour une maison plus grande, plus luxueuse ; une baignoire à remous? Pour une Cayenne? Un tour du monde? Une montre en or, des diamants? Des faux seins? Un nez refait? Non. Non. Et non. Je possédais ce que l’argent ne pouvait pas acheter mais juste détruire.

Le bonheur.

Mon bonheur, en tout cas. Le mien. Avec ses défauts. Ses banalités. Ses petitesses. Mais le mien. Immense. Flamboyant. Unique. »