Poésie

Vents Crozon !

Mardi 8 mai

voilier
photo JC. Ruilier

Après quelques jours de repos au bord de la mer Elsy est de retour ! Rien ne vaut l’air iodé de la Bretagne pour recharger les batteries et se sentir revigoré.

Aujourd’hui, je vous emmène faire un tour sur la Presqu’île de Crozon dans le Finistère. Partez découvrir les pointes et autres falaises balayées par le vent et l’embrun des vagues qui viennent se briser le long des rochers.

Ici, on retrouve la nature à l’état pur et on prend un grand coup de fouet. C’est l’occasion de renouer avec la slow life et la contemplation… Laissez vous transporter de Camaret, en passant par la Pointe de Pen Hir, le Cap de la Chèvre jusqu’à l’île vierge et la plage du Palud. On se croirait presque en Corse tellement la mer est d’Iroise…

mer d'iroise

« La mer, c’est le cœur du monde. Vouloir visiter les océans, c’est aller se frotter aux couleurs de l’absolu. »

Ocean’s Songs -Olivier de Kersauson

« On ne s’impose pas sur la mer, on passe simplement sur la pointe des pieds, un peu comme dans la vie. »

Le monde comme il me parle – Olivier de Kersauson

 

« Quand je regarde la mer ,
je me promène dans le temps du monde .
[…]
En mer,
je retrouve ma langue maternelle:
le silence . »

Promenades en mer et étonnements heureux – Olivier de Kersauson

Palud 2
Plage du Palud – JC. Ruilier

« Prendre la mer, c’est tout sauf une fuite, c’est au contraire une discipline et une contrainte. Décider d’aller chevaucher les vagues, c’est une conquête, et pour conquérir, il faut partir. « 

Ocean’s Songs -Olivier de Kersauson

« Le monde ici me dit clairement que je ne suis qu’un passant. Alors je pense dans mon for intérieur : Il me suffirait d’être ce mouvement-là pour être éternel. Le bruit du récif m’indique que je suis déjà vaincu. Ce bruit va continuer, continuer et continuer encore…
Cette respiration n’est pas la mienne, c’est celle du monde. Elle ne me rend que plus dérisoire et vulnérable. Je n’ai, moi, qu’un tout petit souffle. »

Le monde comme il me parle – Olivier de Kersauson

« Le chant de la mer, c’est l’éternité dans l’oreille. »

Le monde comme il me parle – Olivier de Kersauson

Poésie

Le chat

Dimanche 29 avril

Un dimanche pluvieux et gris aujourd’hui. Après de beaux jours de soleil et de chaleur où l’on se dit que notre planète a bien chaud, nous voilà revenus comme au mois de novembre. Seuls indices qui nous montrent bien que nous sommes à la veille du mois de mai, le joli mauve des glycines suspendus devant les maisons et l’éclat blanc des lilas dans les jardins.

Aujourd’hui, je voulais vous partager un beau poème de Charles Baudelaire qui célèbre le chat, leur mystère et leur beauté…

I

Dans ma cervelle se promène
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !

II

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal (1857)

Ce poème est aussi l’occasion pour moi de rendre hommage au travail d’une association tourangelle qui ne ménage pas sa peine pour venir en aide à des chats cabossés, blessés, chassés, qui les recueille, les soigne et leur permet soit de finir tranquillement leurs vieux jours, soit de trouver une famille qui les adoptera et leur apportera l’amour qu’ils méritent : Félinpourl’autre 

Allez faire un tour sur le site Internet de l’association en cliquant ici

Vous y découvrirez de magnifiques matous, leurs histoires et surtout le dévouement de ceux qui les prennent en charge. Une belle leçon de vie et de respect pour l’animal.

 

« Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre. »

Claude Levi Strauss

Poésie

L’ardeur d’un air de printemps

Dimanche 11 mars

bouquet printemps

Le soleil brille ce matin et on se laisse doucement bercer par ses rayons et l’air frais de ce printemps qui annonce son retour.  Les jonquilles sortent de terre, la nature reprend vie et on ressent l’envie d’aller cultiver notre jardin et de remettre un peu de couleurs dans nos têtes.

C’est également en cette période que l’on célèbre, comme tous les ans, les poètes et la poésie. Cette année, on se laisse guider par l’ardeur, la vivacité, l’enthousiasme et le lyrisme des mots et on court lire un poème ou participer à un événement du Printemps des Poètes.

 

affiche printemps des poètes ardeur

 

Je dédie mes poèmes
à tout ce que je ne comprends pas

À tout ce qui existe
et que je ne vois pas

Je les dédie au silence
qui se trouve au fond
de chaque fracas

Anise Koltz
Poème extrait de Galaxies intérieures

 

 

Alors pour célébrer à ma façon le Printemps de la poésie, je vous partage un poème d’Anna-Elisabeth de Noailles que je trouve particulièrement beau… ♥♥♥

L’ardeur

Rire ou pleurer, mais que le cœur
Soit plein de parfums comme un vase,
Et contienne jusqu’à l’extase
La force vive ou la langueur.

Avoir la douleur ou la joie,
Pourvu que le cœur soit profond
Comme un arbre où des ailes font
Trembler le feuillage qui ploie ;

S’en aller pensant ou rêvant,
Mais que le cœur donne sa sève
Et que l’âme chante et se lève
Comme une vague dans le vent.

Que le cœur s’éclaire ou se voile,
Qu’il soit sombre ou vif tour à tour,
Mais que son ombre et que son jour
Aient le soleil ou les étoiles…

Anna de Noailles, Le cœur innombrable

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Poésie

Edimbourg : cité des écrivains

Vendredi 9 mars

Le printemps approche à grands pas et peut-être commencez-vous à songer à programmer quelques escapades dans des contrées plus ou moins lointaines. Alors pourquoi ne pas vous laisser tenter par mon coup de cœur de ce jour : Edimbourg,  capitale de l’Ecosse, cité de l’esprit et des écrivains selon J.K. Rowling, la célèbre auteure d’Harry Potter? Celle-ci écrivit son roman dans un petit salon de thé, dans la vieille ville dominée par son château médiéval massif et impressionnant perché sur un piton rocheux. Nombreux sont les auteurs écossais qui ont vécu à Edimbourg : Walter Scott, Robert Louis Stevenson, Robert Burns, David Hume, Arthur Conan Doyle, J.K. Rowling  et cette ville a été choisie par l’UNESCO comme la première ville mondiale de la littérature.

La découverte de la capitale écossaise et de sa culture est un vrai plaisir : pubs, musique au son de la cornemuse et des violons, kilt, whisky, elle est aussi une cité où l’on ressent l’ambiance de l’univers à la fois magique et terrifiant d’Harry Potter…

Entre vieille ville, balade à pied le long du Leith jusqu’au port, musées, et le Royal Botanic Garden,   l’exploration d’Edimbourg, de son histoire et de son patrimoine est un ravissement.

On peut aussi y déguster quelques douceurs et y rencontrer au détour d’une rue ou d’un jardin quelques amis à quatre pattes ! Tous les ingrédients d’un séjour réussi sont réunis!!

 

Mon amour est une rose rouge, rouge,
Au printemps fraîchement éclose.
Mon amour est une mélodie,
Jouée en douce harmonie.

Si belle es-tu ma douce amie,
Et je t’aime tant et tant,
Que je t’aimerai encore, ma mie,
Quand les mers seront des déserts.

Les mers seront des déserts secs, ma mie,
Les roches fondront au soleil,
Et je t’aimerai toujours, ma mie,
Tant que s’écoulera le sable de la vie.

Au revoir pour un temps m’amour,
A te revoir dans peu de temps!
Je reviendrai, mon seul amour,
Même de l’autre bout du monde.

My love is like a red red rose

My love is like a red red rose
That’s newly sprung in June:
My love is like the melodie
That’s sweetly play’d in tune.

So fair art thou, my bonnie lass,
So deep in love am I :
And I will love thee still, my dear,
Till a’ the seas gang dry.

Till a’ the seas gang dry, my dear,
And the rocks melt wi’ the sun :
And I will love thee still, my dear,
While the sands o’ life shall run.

And fare thee weel, my only love,
And fare thee weel awhile !
And I will come again, my love,
Tho’ it were ten thousand mile.

Robert Burns (1759-1796)

 

Poésie

Slow life in the snow

Mardi 27 février

montagne ensoleillée

Bonjour amis lecteurs!  En raison d’un petit problème de connexion, je n’ai pas pu vous donner de nouvelles pendant quelques jours. Toutes mes excuses.

Je reviens vers vous pour vous partager un petit périple à la montagne dans une ambiance slow. Peut-être connaissez vous déjà cette tendance de slow life qui vise à nous faire ralentir dans une vie toujours menée à pleine vitesse. Adopter le mode slow consiste à renouer avec la nature, à prendre du temps pour soi et pour vivre pleinement le moment présent. Au lieu de manger au fast food on préfère la slow food, bio, régionale et respectueuse de l’environnement, et le repas partagé entre amis ou en famille où l’on en profite pour échanger sur notre journée. Dans la lignée du Hygge ou du Lykke de nos amis scandinaves, la slow life nous invite à profiter des choses simples et à vivre pleinement en se concentrant sur l’essentiel.

Alors, pourquoi ne pas adapter le modèle aux vacances d’hiver et partir à la montagne pour prendre le temps de ralentir…

ruisseau montagne

On oublie le réveil le matin pour se précipiter sur les pistes à l’ouverture des télésièges, on arrête les queues interminables au tire-fesses pour dévaler ensuite les pentes à toute allure à la recherche de la performance, et on prend le temps de se balader dans la neige sous le soleil, de regarder les chiens de traîneau, de faire des cascades en luge avec les enfants pour se retrouver ensuite autour d’un chocolat chaud fumant et de quelques gourmandises quand le soleil commence à descendre à l’horizon.

Bref, si on essayait de vivre les vacances au sports d’hiver autrement et lentement !!

montagne soleil

Aucune marche
Aucune navigation
N’égalent celles de la vie
S’actionnant dans tes vaisseaux
Se centrant dans l’îlot du cœur
Se déplaçant d’âge en âge

Aucune exploration

Aucune géologie

Ne se comparent aux circuits du sang

Aux alluvions du corps

Aux éruptions de l’âme

Aucune ascension
Aucun sommet
Ne dominent l’instant
Où t’octroyant forme
La vie te prêta vie
Les versants du monde
Et les ressources du jour

Aucun pays

Aucun périple

Ne rivalisent avec ce bref parcours

Voyage très singulier
De la vie
Devenue
Toi.

Andrée Chedid

montagne soleil 2 
Poésie

Un couple de tourterelles s’est installé dans le jardin…

Mercredi 14 février

Depuis quelques jours, un couple de tourterelles s’est installé dans notre jardin. Quel beau symbole pour la Saint Valentin, jour où l’on célèbre l’amour depuis le XIVème siècle.  On pensait à l’époque que les oiseaux choisissaient cette date pour s’apparier.

tourterelles

Alors en ce 14 février,  fête des amoureux, je vous souhaite de vivre un bel amour de tourterelles et vous partage ce magnifique poème d’Aragon à lire à deux…

Nous dormirons ensemble

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensemble
C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble

 

Louis Aragon
Fou d’Elsa

coeur nature

 

 

Poésie, Recettes

La brioche du bonhomme de neige

Mercredi 7 février

La neige est tombée en gros flocons dans nos jardins pour le plus grand plaisir des enfants. Et, en ce mercredi, on a vu fleurir de ci, de là de beaux bonhommes aux formes plus ou moins arrondies, au nez plus ou moins allongé, aux bras plus ou moins élancés. Un bonnet, un chapeau, des lunettes, que lui mettre sur la tête? Ils nous regardent avec malice et la grimace au bord des lèvres, mais quel ravissement pour nous, de contempler, pendant quelques jours, ces personnages extraordinaires, jusqu’au moment où le soleil décidera de refaire une apparition où le redoux sera de nouveau au rendez-vous…

Certains ont un air exotique … Bonhomme de neige 2

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres pourraient faire peur quand on les croise la nuit …

Bonhomme de neige 1

 

 

 

 

 

 

 

 

« Dans la nuit de l’hiver
Galope un grand homme blanc
C’est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S’assoit sur le poêle rouge,
Et d’un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d’une flaque d’eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau. »

Jacques Prévert

Et alors que nos amis les matous s’amusent à attraper les flocons qui tombent du ciel, que les oiseaux cherchent quelques graines à se mettre sous le bec, nous on préfère rester à l’abri pour boire un thé bien chaud accompagné de quelques douceurs et d’un bon bouquin. Elsy vous propose donc aujourd’hui une recette facile de brioche perdue :

  • Mélangez 300g de lait, 2 œufs, 2 sachets de sucre vanillé et 30 g de sucre
  • Faites tremper les tranches de brioches pendant 5 minutes dans cette préparation
  • Dans une poêle, faites revenir du beurre
  • Déposez les tranches de brioches et laissez dorer à feu doux pendant une dizaine de minutes
  • Dégustez tiède pour le petit déjeuner ou le goûter des enfants ou en dessert avec une boule de glace à la vanille

brioche perdue

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« La neige possède ce secret de rendre au cœur en un souffle la joie naïve que les années lui ont impitoyablement arrachée. »

Antonine Maillet

Poésie

Un petit tour hors de son lit…

Samedi 27 janvier

Loire 4 P. André
La Loire P. André

 

On espérait le soleil ce week-end sur notre Touraine, mais malheureusement, il nous boude encore.  L’humidité est bien installée et notre belle Loire s’amuse, comme son amie la Seine,  à aller se promener en dehors de son lit. Elle s’en va lécher de plus près les berges qu’elle a finalement recouvertes comme pour narguer les châteaux des rois auprès desquels, en temps normal, elle dort paisiblement.

Chateau d'Amboise P. André
Château d’Amboise – P. André

Alors en attendant qu’elle retourne tranquillement dans son cours, profitons-en pour admirer la beauté de ce fleuve sauvage  que chante Francis Viélé-Griffin.

« La lente Loire passe altière et, d’île en île,
Noue et dénoue, au loin, son bleu ruban moiré ;
La plaine, mollement, la suit, de ville en ville,
Le long des gais coteaux de vigne et de forêt ;
Elle mire, orgueilleuse, aux orfrois de sa traîne
Le pacifique arroi de mille peupliers,
Et sourit doucement à tout ce beau domaine
De treilles, de moissons, de fleurs et d’espaliers.
Ce jardin fut le nôtre ; un peu de temps encor,
Ta douce main tendue en cueillera les roses ;
J’ai regardé fleurir dans sa lumière d’or
La fine majesté des plus naïves choses :


Les reines ont passé : voici la royauté
Des Lys, que leur blason au parterre eût ravie,
Et voici, fraîche encor d’éternelle beauté,
La frêle fleur éclose à L’Arbre de la Vie. »

Francis Viélé-Griffin

Loire 3 P.André
La Loire P. André
Loire 2 P. André
La Loire P. André

 

 

 

Poésie

Mon beau sapin…

Dimanche 7 janvier

boule sapin

Pour les enfants, les vacances de Noël touchent à leur fin. Il est temps de dénuder le sapin qui trône dans le salon et de ranger dans leurs boites les guirlandes et boules qui faisaient briller ses vertes branches.

Les enfants ne sont plus là pour se précipiter à faire briller ce sapin de mille feux. En revanche, nos compagnons matous vont se faire une joie de décrocher, sans qu’on les fâche, les belles décorations qui pendent sous leur nez depuis plus de trois semaines et de nous faciliter la vie dans l’accomplissement de cette tâche plus que rébarbative!!!

Il faut dire que depuis plusieurs jours, ce n’est pas un temps à mettre le nez dehors : tempête et pluie se succèdent. Même pas un petit rayon de soleil pour se faire dorer alors il faut bien trouver de quoi s’amuser!!

Et pour profiter encore un peu de la magie de Noël, je vous partage ce beau poème d’Apollinaire qui rend hommage à ce bel arbre qui chaque année entre pour quelques semaines dans notre foyer….

Les sapins

    Les sapins en bonnets pointus
    De longues robes revêtus
    Comme des astrologues
    Saluent leurs frères abattus
    Les bateaux qui sur le Rhin voguent

    Dans les sept arts endoctrinés
    Par les vieux sapins leurs aînés
    Qui sont de grands poètes
    Ils se savent prédestinés
    À briller plus que des planètes

    À briller doucement changés
    En étoiles et enneigés
    Aux Noëls bienheureuses
    Fêtes des sapins ensongés
    Aux longues branches langoureuses

    Les sapins beaux musiciens
    Chantent des noëls anciens
    Au vent des soirs d’automne
    Ou bien graves magiciens
    Incantent le ciel quand il tonne

    Des rangées de blancs chérubins
    Remplacent l’hiver les sapins
    Et balancent leurs ailes
    L’été ce sont de grands rabbins
    Ou bien de vieilles demoiselles

    Sapins médecins divaguants
    Ils vont offrant leurs bons onguents
    Quand la montagne accouche
    De temps en temps sous l’ouragan
    Un vieux sapin geint et se couche

Guillaume Apollinaire – Alcools

boules dans guirlande blanche

« Si l’on passait l’année entière en vacances ; s’amuser serait aussi ennuyeux que travailler. »

William Shakespeare

 

Poésie

Sur les traces du Lapin Agile

Vendredi 5 décembre

Montmartre village

Petite balade en famille pour Elsy cette semaine à la découverte du Montmartre secret, de ses beaux moulins, de ses rues pavées à l’écart du célèbre Sacré Cœur où se pressent les touristes pour voir une autre facette de ce quartier pittoresque aux allures de petit village perché et caché.

On y chemine sur les traces des artistes qui ont adopté ce quartier au fil du temps : Picasso, Matisse, Modigliani au Bateau Lavoir ou encore Apollinaire, Renoir ou Verlaine que l’on croit apercevoir par la fenêtre du célèbre cabaret Le Lapin agile.

En contrebas du Sacré Cœur et de la place du Tertre, la Tour Eiffel éclairée dévoile sa majestueuse silhouette étincelante. On replonge alors dans l’atmosphère enchantée d’Amélie Poulain…

Avant de terminer par le Moulin de la Galette, pour retrouver Renoir et Van Gogh

Le moulin de la galette

Et enfin le Moulin Rouge…

Moulin rouge

 

Au Lapin Agile

Lapin, mon vieux Lapin Agile !

Hier,

Quand je me suis trouvé devant tes volets verts,

De petite maison pour idylle, Champêtre…au théâtre de la grand’ville,

J’ai revu ton visage d’autrefois

Quand nous venions chez toi,

Pour la première fois,

O jeunesse

Bondissante…

Frédé

Qui semblait nous attendre

Dans sa barbe grise

Et comme accoudé à l’heure tendre du crépuscule

Toujours assis sur la même des deux bornes

Qui coupent à cet endroit la rue des Saules

Et, avec le petit escalier en aval,

Délimitent la frontière

De ce pays de rêve et de poésie

Dont tu es, Lapin, mon vieux Lapin Agile,

Entre la rue Paul-Féval

Et la rue Saint-Vincent,

La plus petite, la plus célèbre

Et, dans le monde entier, l’unique capitale…

Frédé

En bonnet de fourrure, l’hiver

Et l’été

en bonnet de velours côtelé

Et chaque soir, quelque fût la saison,

Un large foulard rouge

Autour du cou

nous recevait déjà comme une ombre

Mystérieuse et légendaire

De Tavernier du Quai des Brumes

Ainsi gravé, ainsi chanté par ses peintres poètes

O Max Jacob…O Mac Orlan… ! (…)

Lapin, mon vieux Lapin Agile

Après dix ans je t’ai revu hier !

C’était à l’heure fiévreuse où les théâtres de la ville

Déglutissent leurs foules, fourmis de chair,

Et d’âme qui regagnent leurs nids ou montent vers

Montmartre…

je t’ai revu

dans cette rue

De petit village de montagne que traverse,

Comme un ruisseau de lune bordé de vignes,

La rue saint Vincent

Rue saint Vincent que signe

Eternellement

avec son immortelle chanson,

le nom

d’Aristide Bruant…

O Jeunesse.

Nous venions chez toi,

Fils de Frédé,

Héritier du grand chansonnier,

Nous venions, Paulo, écouter ta goualante

Et c’était, s’il te souvient : « Je m’embarquerai… »

Te répondait ton Yvonne ravissante

Et tu chantais penché vers elle,

ta guitare en forme de barque… (…)

Sallaberry lançait sa tyrolienne,

A ta guitare, écho éolien,

Répondait la harpe de la petite nièce

Du père de « Louise »…

Alors, dans la petite pièce du fond

venait se glisser comme un fantôme,

Du « Temps des cerises » et de la « Bohème »,

Francis et son cœur,

Francis Carco

dans sa cape et sous son grand feutre,

Et toi Paulo,

Sous ta casquette à pont de Patron, à son bord,

Commandant la bordée,

soupirait à ce moment-là : « Quelle soirée « ! (…)

…Ce soir Lapin, mon vieux Lapin Agile

Derrière tes petits volets verts de maison de village de montagne que traverse comme un ruisseau de lune

Bordée de vignes la rue saint-Vincent

Ta lampe est toujours là

Dont ta fenêtre, trou de lumière, brille étincelante dans l’ombre,

Comme dans son monocle brillait,

Lampe de pensée,

L’oeil de Max Jacob (en habit) écoutant chanter

Marcel Couté (en sabots) et Jehan Rictus (en godillots)

Tant que ta lampe brillera de tes veillées

L’âme de Montmartre vivra

Et tu sais bien,

que sans Montmartre,

PARIS se périrait

Sans Montmartre,

PARIS ne serait plus PARIS

Tu le sais bien

Lapin, mon vieux Lapin Agile.

« Paris vivant » – Jean-Louis Vallas